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Négation et englobement1

Massimo Leone
Université de Turin

publié en ligne le 19 avril 2011

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Texte intégral

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1. Sens de l’englobement

Le geste, l’acte, la pratique de couvrir sont omniprésents (Leone 2010a). On couvre les corps humains de vêtements, et même les mains, les bras, et les jambes peuvent être utilisés comme écran d’autres parties du corps. La Bible, significativement, fait coïncider le début du chemin damné mais autonome de l’humanité avec un recouvrir. Symétriquement, l’existence humaine, du moins selon Sloterdijk, commence par un découvrir, l’élimination du placenta (Sloterdijk 1998, excursus 3), et par un recouvrir successif : langer un nouveau-né, c’est l’introduire à la culture (Leone 2010b). Mais on couvre également les objets, depuis les revêtements microscopiques de molécules dans la nanotechnologie jusqu’aux enveloppements macroscopiques de monuments dans l’art contemporain.

L’une des manies de la sémiotique, qui est également sa meilleure qualité, c’est de regarder transversalement la réalité et son faire sens, y relevant des renvois obliques que d’autres disciplines emprisonnent par des barrières plus rigides. Cela vaut donc la peine de se demander si derrière tous ces gestes, actes et pratiques du couvrir et du recouvrir on ne peut pas saisir, par le regard sémiotique, un fil rouge commun. La femme qui se couvre le visage d’un voile ; le sculpteur qui, avec un drap, cache la statue avant l’inauguration ; la couverture d’un livre ; l’enveloppe de plastique subtil qui, sous le nom de packaging, renferme et en même temps masqueune poignée de biscuits (Volli 2005) : partagent-ils, peut-être, une analogue logique du sens ?

Couvrir, recouvrir, vêtir, revêtir, voiler, masquer, envelopper, etc. : toutes ces expressions, et beaucoup d’autres encore, du point de vue oblique de la sémiotique ne feraient qu’articuler, par des nuances multiples, une seule isotopie, ce micro-champ sémantique du couvrir dont Greimas et la sémiotique structurale ont pressenti l’existence et essayé de décrire la nature à travers l’opposition plastique englobant/englobé (Greimas 1984). La morphologie (plan de l’expression) et la sémantique (plan du contenu) du couvrir seraient donc une surdétermination de la catégorie topologique : à chaque fois que le regard de l’analyste interagit avec la réalité pour y tracer les contours d’un texte, elle y saisit non seulement des verticalités opposées à des horizontalités, des centralités opposés à des périphéricités, des positionnements à droite opposés à des positionnements à gauche, mais également des englobements qui opposent des éléments englobés et des éléments les englobant, des entités couvrantes et des entités couvertes, des objets qui revêtent et des objets revêtus.

Comme toutes les autres oppositions topologiques, celle entre englobant et englobé implique immédiatement la construction d’un actant observateur : la dynamique sémiotique par laquelle un texte présente une dialectique entre entités couvrantes et entités couvertes est entrelacée avec la dynamique sémiotique par laquelle le même texte instaure un point d’observation, un œil potentiel distinguant non seulement entre haut et bas, droite et gauche, centre et périphérie, mais également entre objets qui sont couverts et objets qui les couvrent.

Cependant, si le choix de Greimas de placer l’opposition englobant/englobé parmi les autres oppositions topologiques est sensée si l’on considère qu’elles dérivent toutes de l’instauration d’un actant observateur qui, construit avec et dans le texte, en oriente la lecture spatiale, il faut, en revanche, qualifier un tel choix en ce qui concerne une caractéristique différenciant l’opposition englobant/englobé de toutes les autres : par sa nature, elle coïncide avec un agencement modal précis. En d’autres termes, lorsque l’actant observateur distingue entre englobant et englobé, une telle distinction coïncide avec celle entre une entité qu’on ne peut pas ne pas percevoir et une entité qu’au contraire on ne peut pas percevoir, puisqu’ayant été englobée par la première.

Tandis que les autres oppositions topologiques se présentent toutes à l’actant observateur en régime de coprésence, et donc selon une disposition essentiellement syntagmatique (et – et), l’opposition englobant/englobé se présente à l’actant observateur en régime de co-absence, et donc selon une disposition essentiellement paradigmatique (ou – ou). Mais il s’agit, en réalité, d’une différence faite de nuances de gris plus que de blancs et de noirs. Dans l’instauration de l’actant observateur d’un texte visuel tel qu’une peinture, par exemple, plusieurs stratégies textuelles inviteront le regard à se poser d’abord plutôt à droite qu’à gauche, au centre plutôt que dans la périphérie, en haut plutôt qu’en bas, etc. Toutefois, tandis que dans tous ces cas le geste de l’actant observateur est de l’ordre de l’invitation, dans le cas de l’opposition topologique englobant/englobé le geste de l’actant observateur est essentiellement de l’ordre de l’interdiction. Non seulement on peut ne pas percevoir l’entité englobée (invitation du regard) mais de plus on ne peut pas la percevoir (interdiction du regard). Vice versa, non seulement on peut percevoir l’entité englobante mais de plus on ne peut pas ne pas la percevoir. Le simple carré sémiotique qui suit visualise une telle articulation :

Tandis que l’entité englobée est plutôt liée au terme contradictoire /on ne peut pas percevoir/, l’entité qui englobe est plutôt liée au terme subcontraire opposé /on ne peut pas ne pas percevoir/.

Toutefois, il faudrait remplacer ce carré sémiotique par un diagramme tensif considérant un aspect fondamental de l’opposition englobant/englobé : la manifestation textuelle d’une telle opposition, et en particulier sa substance expressive, conditionne de manière déterminante la dialectique entre /ne pas pouvoir ne pas percevoir/ et /ne pas pouvoir percevoir/. Selon la matérialité de l’entité qui englobe, et essentiellement selon son degré de transparence, la dialectique englobant/englobé impliquera un niveau plus ou moins élevé de perceptibilité à la fois de l’entité qui englobe et de celle englobée. Le diagramme tensif qui suit visualise la codétermination entre transparence et perceptibilité.

Ce diagramme tensif visualise deux parcours sémantiques fondamentaux : l’un qui, par une augmentation de la transparence de l’entité englobante et une augmentation conséquente de la perceptibilité de l’entité englobée, passe du couvrir au découvrir à travers des phases plus ou moins graduelles de dévoilement ; l’autre qui, par une diminution de la transparence de l’entité englobante et une diminution conséquente de la perceptibilité de l’entité englobée, passe du découvrir au couvrir à travers des phases plus ou moins graduelles de voilement.

Deux considérations s’imposent. La première : la dialectique entre transparence et perceptibilité, entités englobantes et englobées, ne concerne pas uniquement les substances expressives de la manifestation visuelle mais également des substances expressives dont la manifestation s’adresse principalement à d’autres sens. Que l’on pense, par exemple, à la façon dont, dans une symphonie, les sons de certains instruments musicaux peuvent englober ceux d’autres instruments, en en empêchant la perception, et à la façon dont, au contraire, au fur et à mesure que les premiers sons s’affaiblissent, les derniers sont peu à peu « dévoilés ». Mais que l’on pense également à la façon dont, dans un mets, les saveurs de certains ingrédients peuvent couvrir celles des autres ou, au contraire, en faciliter la perception. Et ainsi de même pour le toucher et l’odorat, ou pour les combinaisons synesthésiques.

Plus abstraitement, la dialectique entre entités englobantes et entités englobées ne fait que reproduire, au niveau de la manifestation, celles entre paradigme et syntagme, virtualités du système et réalisation du procès. Dans la réalisation du procès, l’entité réalisée englobe plus ou moins efficacement celles virtuelles, qui restent comme cachées derrière la première, c’est-à-dire derrière la substance expressive qui la manifeste. Toutefois, plus une telle substance se fait diaphane, et plus l’élément réalisé se délaye dans le fond des virtualités dont il avait émergé, permettant, au contraire, à d’autres virtualités d’accéder au seuil de la réalisation. En ce sens, tous les dispositifs de voilement sont des mécanismes de débrayage, tandis que tous les dispositifs de dévoilement sont des mécanismes d’embrayage. Les premiers cachent ce qui pourrait être mais ne semble pas, tandis que les derniers montrent ce qui ne semblait pas mais est.

On en déduit que le carré tensif de la perceptibilité et de la transparence de la manifestation textuelle est une surdétermination de celui épistémique de la véridiction. Le couvrir est l’énonciation textuelle conduisant de la vérité (ce qui est et paraît) au secret (ce qui est mais ne paraît pas), tandis que le découvrir est l’énonciation textuelle conduisant du secret (ce qui est mais ne paraît pas) à la vérité (ce qui est et paraît).

La deuxième considération qui s’impose est que la dialectique entre la transparence de l’entité englobante et la perceptibilité de l’entité englobée peut être ultérieurement articulée selon les catégories plastiques auxquelles elle s’applique. En termes abstraits, tandis que la diminution de la perceptibilité de l’entité englobée consiste dans sa défiguration plus ou moins progressive, l’augmentation de cette perceptibilité consiste dans sa re-figuration plus ou moins graduelle. Mais défiguration et re-figuration peuvent avoir lieu de manières différentes selon la façon dont l’entité englobante intervient sur le niveau plastique de l’entité englobée. Lorsque Christo et Jeanne-Claude emballent un monument, par exemple, ils le défigurent essentiellement dans sa composante chromatique, non pas tellement dans celle eidétique (la forme du monument est encore visible) ou topologique (sa structure proportionnelle et positionnelle reste inchangée). En revanche, le succès de l’installation dépend exactement du jeu entre les composantes plastiques que l’emballage défigure et celles qui, au contraire, demeurent comme éléments de la structure figurative de l’entité englobée. Voici un simple schéma qui visualise une proposition d’articulation de l’impact de l’englobement sur les composantes plastiques de l’entité englobée.

Composante plastique de l’entité englobée qui est soumise à englobement

et donc à défiguration

Type de défiguration

Chromatique

Eidétique

Topologique

Décoloration

X

Fragmentation

X

Déplacement

X

Lorsque l’entité englobante diminue la perceptibilité chromatique de l’entité englobée, elle produit une défiguration qui, tout en gardant la perceptibilité de la forme et du positionnement, donne lieu à un effet de décoloration. Par exemple, un pantalon moulant de cuir noir n’intervient pas sur la forme ou sur la topologie de l’entité englobée (les jambes), mais uniquement sur sa couleur.

Lorsque l’entité englobante diminue la perceptibilité eidétique de l’entité englobée, elle produit une défiguration qui, tout en gardant la perceptibilité de la couleur et du positionnement, donne lieu à un effet de fragmentation. Par exemple, une jupe transparente n’intervient pas sur la couleur ou sur la topologie de l’entité englobée (les jambes), mais uniquement sur sa forme.

Enfin, lorsque l’entité englobante diminue la perceptibilité topologique de l’entité englobée, elle produit une défiguration qui, tout en gardant la perceptibilité de la couleur et de la forme, donne lieu à un effet de déplacement. Par exemple, croiser les jambes n’intervient pas sur la couleur ou sur la topologie de l’entité englobée (les jambes), mais uniquement sur sa forme.

Cependant, ce schéma doit être compliqué en tenant compte du fait que rarement la défiguration ne touche qu’une des composantes plastiques de l’entité englobée sans aucunement altérer les autres. Le plus souvent on assiste au contraire à des combinaisons multiples de décoloration, fragmentation, et déplacement.

Une deuxième source de complication dérive du fait qu’à la décoloration, à la fragmentation, et au déplacement correspondent, symétriquement, des opérations de coloration, réunification, et re-positionnement qui, en augmentant la transparence de l’entité qui englobe, augmentent également la perceptibilité de l’entité englobée, la re-figurant, respectivement, selon la composante chromatique, eidétique, et topologique.

Une troisième source de complication dérive du fait que de telles opérations doivent être re-conceptualisées selon la substance expressive particulière à laquelle elles s’appliquent. On pourrait par exemple imaginer une défiguration musicale selon la hauteur, l’intensité et le timbre, et on devrait faire de même avec les caractéristiques plastiques des sensations gustatives, olfactives, tactiles, ou synesthésiques.

Enfin, une quatrième source de complication dérive du fait que ce système méréologique complexe devrait être non pas discret (du moins pas toujours) mais continu (du moins en théorie). Il devrait être combiné avec le diagramme tensif de transparence et perceptibilité décrit précédemment. Le diagramme tensif tridimensionnel suivant visualise la variation des valeurs de transparence et de perceptibilité chromatique, eidétique et topologique dans les parcours d’englobement et dés-englobement. En introduisant une quatrième composante plastique, telle que la texture, par exemple, la formalisation de la dialectique englobant/englobé pourrait être encore complexifiée.

Le fait que, comme on l’a observé, les oppositions topologiques telles que haut/bas, droite/gauche, centre/périphérie, superficie/fond, etc. sont plutôt syntagmatiques, tandis que l’opposition topologique englobant/englobé est plutôt paradigmatique donne lieu à une différence essentielle entre les premières et la seconde. Quant aux premières, consistant dans une réalisation de deux virtualités relevant du système qui se manifestent en régime de coprésence le long de l’axe du procès, les oppositions telles que haut/bas, droite/gauche, etc. sont douées d’un potentiel narratif extrinsèque qui dépendde la façon dont de telles positions sont remplies par le texte, par exemple dans ses différents systèmes semi-symboliques (Leone 2004).

Quant à la seconde, consistant dans une réalisation de deux virtualités qui se manifestent en régime de co-absence le long de l’axe du procès, l’opposition topologique englobant/englobé est douée, au contraire, d’un potentiel narratif intrinsèque, c’est-à-dire indépendant de la façon dont de telles positions sont remplies par le texte ; elles sont, en effet, déjà pleines d’agentivité, comme d’ailleurs on le déduit du simple fait que les termes de cette opposition sont lexicalisés comme des formes verbales : englobant/englobé.

Plus simplement : à chaque fois que, dans un texte donné, une entité englobante couvre de sa matérialité plus ou moins opaque une entité englobée, en en entravant en quelque mesure la perceptibilité, une telle dialectique est déjà en soi un mécanisme narratif. L’englobement, bref, dans toutes ses formes, est une manifestation topologique de la narrativité. Il exprime la dialectique entre une agentivité englobante, laquelle poursuit une disjonction entre l’actant observateur et la perception de l’entité englobée, et une agentivité englobée, laquelle, au contraire, poursuit une re-conjonction entre l’actant observateur et la perception de l’entité englobée. L’entité englobante et celle englobée ne sont donc que des figurativisations de deux modalités opposées, l’une selon le ne pas pouvoir percevoir (l’englobé), l’autre selon le ne pas pouvoir ne pas percevoir (l’englobant).

Décrire la dialectique topologique englobant/englobé comme une dialectique narrative entre modalités permet d’expliquer la façon dont elle construit l’actant observateur en tant que sujet de désir (Volli 2004). Le ne pas pouvoir percevoir de l’englobé instaure, en effet, le vouloir percevoir de l’actant observateur. C’est là le mécanisme narratif abstrait qui opère derrière le fait que, par exemple, face à un corps voilé, à un cadeau empaqueté, à un produit emballé, à une image presque invisible, à un son presque inaudible, à une saveur presque impalpable non seulement on constate l’impossibilité de la perception, mais on désire également le passage de cette imperceptibilité à son contraire.

D’où l’effet pragmatique de la dialectique englobant/englobé : à la constatation de l’imperceptibilité et au désir de perception succède l’élimination, ou du moins l’atténuation, de l’entité englobante, et donc la re-conjonction entre l’actant observateur et la perception de l’entité englobée. Selon les cas, l’élimination pourra être réelle ou imaginaire. D’un côté, on aura le geste physique qui dévoile un corps, dépaquette un cadeau, ouvre l’emballage d’un produit, enlève la patine d’une peinture lors d’une restauration, baisse le volume d’une radio pendant une conversation, rince la bouche entre les dégustations de deux vins, etc. De l’autre, on aura au contraire le geste conceptuel qui imagine la silhouette d’un corps derrière un vêtement, devine la nature d’un cadeau dans un paquet, préfigure la qualité d’un produit au-delà de son emballage, complète une image demi-cachée, un son ouaté, une saveur fuyante, etc.

En d’autres termes, les figures de l’englobement se transforment souvent, du point de vue de l’actant observateur, en figures de l’aposiopèse (Leone sous presse b) : en entravant la perception de l’entité englobée, l’entité englobante invite à sa propre élimination réelle (par un geste d’enlèvement physique) ou conceptuelle (à travers une pratique de complémentationimaginaire). Des communications persuasives de toute sorte peuvent donc exploiter le lien entre le ne pas pouvoir percevoir (qui résulte de l’englobement) et le vouloir percevoir (duquel résulte l’élimination ou l’atténuation de l’englobement) en construisant des entités englobantes dont le but principal n’est, en réalité, que celui d’augmenter la désidérabilité des entités englobées. Il y a, peut-être, une sorte de désir mimétique à la Girard derrière ce mécanisme sémiotique abstrait (Girard 2007).

L’érotisme intrinsèque des vêtements, des paquets-cadeau, des emballages, etc. consiste justement dans cette dialectique entre l’occultation et la monstration, dans cette façon d’aviver le désir de perceptibilité en l’entravant. En outre, le fétichisme intrinsèque du désir effréné de vêtements, paquets, emballages, etc. réside précisément dans le fait de ne pas savoir attribuer leur désirabilité à celle des corps, dons, produits, etc. qu’ils englobent. Face à l’englobant, c’est, « normalement », l’englobé qu’on désire. Face à l’englobant, le fétichiste désire, en revanche, l’englobant, comme oubliant l’entité englobée à laquelle celle qui l’englobe essaie de conférer une désirabilité (Volli 1997).

2. Le péritexte comme entité englobante

Le cadre théorique exposé jusqu’ici démontre que le concept de péritexte, élaboré par Gérard Genette et par d’autres afin d’expliquer les dynamiques à travers lesquelles les textes qui en englobent d’autres en orientent la fruition, ne saisit qu’un aspect de cette dynamique sémiotique (Genette 1987). Que l’on considère, en tant que cas exemplaire, la couverture d’un livre, d’un roman. Selon les études sur le péritexte, elle essaie de prédéterminer la lecture et donc l’interprétation du texte littéraire proprement dit par toute une série d’éléments à la fois formels et sémantiques : une certaine organisation typographique et éventuellement iconographique, le choix d’un titre, l’option éventuelle d’un sous-titre, la résonance du nom de l’auteur ou de son pseudonyme éventuel, plus toutes les multiples interactions entre éléments formels et sémantiques. Ainsi conçu, le péritexte n’est autre chose qu’un ensemble « d’instructions pour l’usage » précédant celles que le lecteur trouvera dans le texte littéraire stricto sensu.

Toutefois, cette perspective narratologique ne prend pas en compte un aspect essentiel des couvertures de livres : elles fonctionnent comme des péritextes non seulement en positif, en déployant des signes liés de différentes manières aux textes littéraires qu’elles renferment, mais également en négatif, en occultant lesdits textes littéraires. Si, historiquement, les couvertures de livres ne cachent les pages que pour en protéger la valeur, sémiotiquement elles signalent la valeur des pages en les protégeant, c’est-à-dire en les cachant.

En d’autres mots, le concept narratologique de péritexte n’explique que partiellement le fonctionnement sémiotique des couvertures de livres ou d’autres englobements analogues car il se réfère uniquement à leur fonction de monstration, laquelle coïncide souvent également avec une fonction cognitive. A côté d’une telle fonction, toutefois, il en existe une négative, laquelle coïncide souvent avec une fonction émotive : les couvertures des livres font désirer les textes littéraires qu’elles renferment précisément parce qu’elles les cachent, souvent à travers un subtil jeu érotique entre voir et ne pas voir.

Le lecteur potentiel est invité non seulement à l’élimination physique de la couverture d’un livre, c’est-à-dire à l’ouverture du livre même, mais également à l’intégration conceptuelle des signes qu’elle déploie : un titre, un blurb, un synopsis ne doivent pas seulement, et peut-être même pas principalement leur efficacité pragmatique à ce qu’ils dévoilent d’un texte littéraire, mais aussi et peut-être surtout à ce qu’ils en cachent. C’est également par l’occultation, en effet, que la couverture d’un livre invite le lecteur potentiel à le saisir, à l’ouvrir, à le feuilleter, à l’acheter, à le lire, à le donner en cadeau. De même pour les autres englobements. Le trailer d’un film attire-t-il le spectateur par ce qu’il permet de voir, comme en avant-première ? Pas du tout. Le trailer stimule le désir de la vision à travers l’occultation, en invitant le spectateur potentiel à combler les lacunes du paratexte d’abord par l’imagination et ensuite par la vision (Pezzini 2006).

Par rapport à d’autres dispositifs sémiotiques d’englobement, la couverture d’un livre est particulièrement efficace parce qu’elle n’est pas complètement amovible. Tandis que l’acte du dépaquetage élimine le potentiel érotique d’un paquet cadeau, celui d’une couverture de livre se recrée à chaque nouvelle fermeture. Et que l’on pense à combien doublement érotique est un livre doué d’une jaquette, ou un qui, à ces deux enveloppes, dont l’une amovible, en ajoute une troisième, pareillement amovible, celle d’un paquet-cadeau. Un livre empaqueté, c’est une tentation irrésistible.

Et que l’on considère, au contraire, à quel point les livres dépourvus de couverture apparaissent nus. Un livre sans couverture est comme un corps sans voiles. Saisir un livre qui, mutilé, au lieu de la couverture montre la première ou la dernière page, transmet le sentiment d’une diminution de la valeur et de l’une et de l’autre. Quant aux livres électroniques, où la matérialité de la couverture disparaît, il n’est pas à exclure que la résistance de beaucoup de lecteurs face à cette nouvelle technologie résulte justement de la disparition du frétillement érotique intrinsèque dans le fonctionnement sémiotique des couvertures.

Enfin, que l’on considère le fétichisme de certains bibliophiles pour les couvertures : ne s’agirait-il pas d’un symptôme de l’incapacité de transférer la désirabilité suscitée par l’entité qui englobe (la couverture) à l’entité englobée (le texte même) ? D’un certain point de vue, le collectionneur de couvertures et le sémioticien accomplissent des opérations parallèles : tandis que le second, par un geste métalinguistique, démonte le mécanisme de la couverture en tant qu’instauration d’un sujet désirant, le premier, par un geste poétique, révèle le même mécanisme en en subvertissant la dynamique, en arrêtant son propre désir en deçà du seuil textuel. Et il y a quelque chose de poétique, en effet, chez celui qui tombe amoureux d’une couverture, parce qu’il dilue à l’infini le désir de possession en en différant continuellement l’accomplissement, comme dans le récit de Shéhérazade ou dans la danse des sept voiles.

3. Reliquaires

Cependant, la tâche de la sémiotique n’est pas uniquement d’identifier l’effet pragmatique général de la dialectique englobant/englobé, mais également d’en élaborer une typologie détaillée. Les entités englobantes ne suscitent pas toutes le même effet cognitif, émotif, et pragmatique par rapport aux entités englobées. La réalisation spécifique du mécanisme abstrait qu’on vient de décrire dépend aussi du dispositif englobant et de l’entité englobée qui l’incarnent, de leur histoire, de leur matérialité, de leur contexte d’utilisation. En d’autres mots, tandis que, d’un certain point de vue très abstrait, la couverture d’un livre fonctionne exactement comme un vêtement, d’un autre point de vue plus concret elle s’en différencie par les particularités sémantiques, syntaxiques, et pragmatiques auxquelles elle soumet un tel fonctionnement. Dans la deuxième partie de cet exposé, on testera par conséquent le cadre théorique construit dans la première à travers son articulation par rapport à une dialectique englobant/englobé particulière : celle qui s’incarne dans la relation entre reliques et reliquaires.

Du point de vue sémiotique, parmi les entités englobantes, les reliquaires présentent un grand intérêt. En effet, si en ce qui concerne leur fonctionnement général ils re-proposent la même dialectique sémiotique qu’on trouve par exemple dans les couvertures de livres, en ce qui concerne, en revanche, leur fonctionnement spécifique, ils présentent une dynamique sémiotique entièrement opposée. Cette différence se doit essentiellement à la nature sémiotique de l’entité particulière englobée dans les reliquaires.

Dans la typologie de signes de la vulgate peircienne, alors que la couverture d’un livre renferme essentiellement des signes symboliques, voire iconiques dans le cas des livres illustrés, ou même des indices, comme dans le cas de la couverture d’un manuscrit, le reliquaire est tel uniquement en vertu du fait qu’il englobe un signe indiciel par excellence : la relique.

L’histoire des reliques et des reliquaires traverse plusieurs millénaires et intéresse diverses cultures religieuses. Elle touche également des cultures non-religieuses, si on adopte une acception large du terme « relique ». Ce n’est pas ici le lieu d’essayer de viser une synthèse, même rapide, de cette histoire, d’ailleurs déjà largement explorée par les historiens et les anthropologues des religions (Braun 1940 ; Grimme 1972 ; Gauthier 1983 ; Legner 1995 ; Diedrichs 2001 ; Deuffic 2006 ; Walsham 2010). Il faut par contre souligner qu’en dépit d’une extraordinaire variété historico-culturelle, le principe sémiotique de la relique est très simple et demeure essentiellement inchangé du mandylion d’Edesse jusqu’aux guitares d’Elvis Presley : la relique est identifiée, vénérée, exposée, célébrée, protégée, vendue, volée, désirée, etc. parce qu’elle n’est autre chose que signe indiciel du corps du saint (ou du sacré). Sa valeur sémiotique dépend entièrement du fait d’avoir joui, pendant un temps plus ou moins long, d’une relation de contiguïté physique avec un tel corps.

Naturellement, il arrive que certaines reliques puissent induire également une dynamique sémiotique symbolique, comme par exemple lorsque le sang de Saint Janvier signifie non seulement la contiguïté physique avec le corps du saint mais également sa permanence au sein de la communauté chrétienne parthénopéenne ; voire une dynamique iconique, par exemple lorsque le doigt de Sainte Catherine est reconnu non seulement en tant qu’indice du corps de la sainte mais aussi en tant qu’image d’une partie de son corps. Toutefois, ces dynamiques sémiotiques symboliques et iconiques, quoique présentes, sont secondaires, en ce sens qu’elles se greffent sur la dynamique sémiotique fondamentale des reliques, qui est toujours indicielle.

C’est la raison pour laquelle les iconoclastes de tout temps et lieu qui se sont opposés à l’adoration des images se sont battus, à fortiori, contre celle des reliques (Leone 2010c). Si dans le cas des images le risque de l’idolâtrie est lié au rapport iconique entre le sacré et son image, et au risque conséquent de vénérer la seconde non pas comme truchement sémiotique du premier mais comme sa manifestation, un tel risque est encore plus sérieux dans le cas des reliques, où il résulte du rapport indiciel entre le sacré et un morceau de son « corps », à savoir entre le sacré et un objet quelconque avec qui, dans son aventure terrestre, s’est créé un lien de contiguïté physique.

Si je ne suis pas capable de distinguer entre l’image et son prototype sacré, a fortiori je ne serai pas capable de le faire dans le cas des reliques, où souvent le representamen du sacré et son objet sont faits littéralement de la même substance, en sorte que s’ils se différencient ce n’est pas par la qualité du premier par rapport au second (comme c’est le cas pour les images, qui signifient une idée de corps par le truchement de pigments ou autres substances) mais par la quantité : la relique est un corps aussi bien que celui du saint auquel il renvoie. Le clivage entre l’un et l’autre est un fait simplement quantitatif : l’un est un fragment de l’autre.

Il en résulte que, depuis toujours, la relique a été considérée comme source dangereuse de fétichisme. Il est très facile que, en m’agenouillant devant le Suaire de Turin, par exemple, je finisse par l’adorer en tant que tel et non pas en tant qu’indice de l’incarnation du Christ. Il est pareillement facile que, béant devant une veste de Michael Jackson, je termine par la vénérer en soi, et non pas come indice de l’histoire d’un artiste qui, selon certains, aurait changé l’histoire de la musique et de la performance contemporaines. De ce point de vue, le fétichisme n’est que cela : la manière dont, selon l’orthodoxie sémiotique d’une culture religieuse (y compris celle qui vénère les mythes du spectacle), on tombe dans l’erreur de transférer au representamen la sacralité de l’objet, avec, pour conséquence, la désacralisation de ce dernier.

C’est justement pour empêcher une telle hétérodoxie que le reliquaire intervient, un reliquaire qui de ce point de vue, comme on l’a souligné plus haut, traduit un fonctionnement sémiotique opposé par rapport à celui de la couverture d’un livre. Alors que celle-ci est une entité iconico-symbolique englobante qui érotise une entité englobée, elle aussi symbolico-iconique, le reliquaire est une entité englobante d’ordre iconico-symbolique qui dés-érotise une entité englobée, quant à elle systématiquement indicielle.

La fonction pratique des couvertures et des reliquaires est foncièrement la même : protéger l’entité englobée et en faciliter le transport, ce qui est essentiel à la fois dans le cas des mots renfermés dans les livres et dans celui des reliques contenues dans les reliquaires. Toutefois, la fonction sémiotique de ces deux entités englobantes est diamétralement opposée. La couverture érotise le contenu symbolique ou iconique du livre en le cachant, tandis que le reliquaire dés-érotise le contenu indiciel de la relique en le montrant, notamment dans le cas des reliquaires connus comme « monstrances ».

Une telle disparité de fonctions sémiotiques est le fruit de procès historico-culturels complexes, mais également et surtout d’une différence sémiotique essentielle entre les entités englobées par les couvertures et celles englobées par les reliquaires : les premières, à savoir les mots et les images renfermées dans les livres, sont, du moins depuis l’invention de la presse, reproductibles à l’infini. Les secondes, en revanche, à savoir les reliques renfermées dans les reliquaires, sont par définition non-reproductibles, uniques. Dès lors, si l’érotisation suscitée par les couvertures essaie de restituer aux livres l’aura d’unicité qu’ils ont perdue à l’époque de la reproductibilité technique, la dés-érotisation suscitée par les reliquaires essaie de soustraire les reliques à cette même aura, de diminuer le potentiel fétichiste qui leur est intrinsèque.

Voilà la raison pour laquelle autant on imagine facilement un fétichiste de couvertures de livres, qui, se désintéressant de ce qu’elles englobent, les désire en tant que pures entités englobantes, autant on a du mal à concevoir un fétichiste de reliquaires qui, se désintéressant des reliques, désirerait uniquement les entités qui les englobent. Les reliques, au contraire des mots, sont déjà un fétiche. Mais le fétichisme pour ce qui englobe un fétiche n’est pas du fétichisme au carré. C’est, au contraire, un affaiblissement du fétichisme, une dés-érotisation du fétiche. Du point de vue sémiotique, un fétichiste de reliquaires serait aussi concevable qu’un fétichiste de boîtes à chaussures.

En effet, il y a une similarité forte entre le fonctionnement d’une boîte à chaussures et celui d’un reliquaire. C’est comme si la boîte à chaussures répétait continuellement au fétichiste : fais attention, il y en a des milliers comme moi, chacune avec sa froide indication de pointure, couleur, matériel, prix, tout pour te rappeler que la chaussure que je renferme n’a pas de la valeur en soi, comme tu t’obstines, toi fétichiste, à le croire, mais en tant qu’enveloppe du pied, en tant qu’instrument de la marche. Similairement, c’est comme si le reliquaire répétait continuellement au fétichiste de reliques : fais attention, ce que je contiens n’est pas important en soi, mais en tant que signe indiciel du sacré ; vénère donc la relique si tu le souhaites, mais suis mes instructions afin de référer ton adoration envers elle à la vénération du tout dont la relique n’est qu’un fragment.

En parcourant les nombreux musées diocésains d’Europe, on pourrait éprouver une impression nettement contraire, à savoir que la pléthore de formes extravagantes et le faste des matériaux précieux caractérisant la plupart des reliquaires aurait plutôt tendance à augmenter la vénération du fidèle vis-à-vis de la relique, avec un danger conséquent d’idolâtrie. Bien entendu, dans certains cas cela est certainement vrai, et spécialement dans les périodes et contextes culturels et religieux dans lesquels le christianisme des reliques se montre confiant dans l’orthodoxie de ses pratiques dévotes.

Toutefois, dans la majorité des cas, cette première impression est en réalité due à notre manque, désormais presque total, de familiarité avec les codes sémiotiques composant les reliquaires. En revanche, si on en revient à de tels codes et les applique au déchiffrement du discours des reliquaires, on comprend alors que, surtout dans les périodes historiques et dans les contextes culturels et religieux où la confiance du christianisme dans l’orthodoxie des reliques était secouée par des attaques internes et externes, tout ce faste de formes et matériaux ne visait pas simplement à exalter le culte des reliques mais à le qualifier, à canaliser l’adoration des fidèles dans les voies de la doctrine et par là, à l’empêcher de dévier vers un fétichisme idolâtre.

Plusieurs arguments pourraient soutenir cette lecture. Dans les limites de cet exposé, on ne pourra présenter que certains d’entre eux, les plus significatifs.

En premier lieu, l’isotopie de l’englobement est constante non seulement dans la phénoménologie des reliquaires, mais également dans la littérature qui en accompagne et qualifie le fonctionnement sémiotique. Le Liber Pontificalis, par exemple, relate que déjà l’empereur Constantin recouvrit (recondit) de bronze les corps des Saints Pierre et Paul (Liber Pontificalis 1955-7 : I, 176 et sq. ; cf. Grabar 1972 : 204-313 et Krautheimer, Corbett, et Frazer 1937-80, V), renferma un fragment du bois de la croix dans un réceptacle en or constellé de pierres précieuses (ibid. : I, 179 et sq. ; cf. Frolow 1961 : 177 n. 27 et 1965), et protégea le Tombeau du Seigneur par une rotonde (Anastasis) (ibid., cf. Biddle 1999 : 65).

Plus tard, dans les Gesta de Dagobert (fin du troisième tiers du IXe siècle), on lit que non seulement il fit transporter les restes de Denis, Rustique et Dagobert dans l’église de Saint-Denis, nouvellement construite, mais qu’il renferma aussi ces reliques par une triomphale mise en abyme d’englobements :

Il fabriqua le mausolée du saint martyr [Denis] et, en dessous, un tugurium de marbre, une œuvre merveilleuse en or et pierres précieuses, tout comme la crête et le fronton ; et il couvrit d’or la balustrade de bois située autour du trône de l’autel et, sur elle, fixa des pommeaux d’or arrondis et ornés de gemmes. Par le même soin, il recouvrit de métal d’argent le lectorium et les portes et couvrit aussi de morceaux de bois revêtus d’argent le toit séparant le trône de l’autel. Et il fit aussi une repa sur le lieu de l’ancien tombeau et fabriqua un autel au dehors, aux pieds du saint martyr.
(Vita s. Eligii, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Merovingicarum, 4 : 688)

Revêtir, englober, construire couche sur couche, re-couvrir de formes, matériaux, couleurs, et textures qui séparent le fidèle de la relique, qui interposent le discours somptueux d’un reliquaire-mausolée entre l’indice du sacré et sa fruition dévote : d’un côté chaque nouvelle couche d’une telle interposition semble magnifier le rôle du souverain en tant que médiateur entre le sacré et le fidèle ; de l’autre, chaque nouvelle entité englobante paraît éloigner le risque d’idolâtrie, déplaçant le désir érotique non pas de l’englobé à l’englobant, comme dans le cas des couvertures de livres, mais de l’englobant à l’englobé.

En deuxième lieu, cependant, il faut souligner qu’un tel englobement n’est pas seulement une « différance » (au sens derridien) de l’érotisme intrinsèque de la relique. Il en est aussi une qualification. D’une part le reliquaire empêche que la relique soit perçue en tant que simple morceau de corps, assouvissant un goût pour le macabre et le morbide. On le comprend parfaitement en lisant le traité sur les reliques de Thiofrid d’Echternach :

Dieu, ayant prévu que l’homme ne peut pas voir et toucher sans nausée et dégoût la putréfaction d’un corps humain qui pourrit, de la même façon dont il a voilé son corps et son sang sacré avec le voile du pain et du vin, […] ainsi il a persuadé les enfants de l’Église d’envelopper et de renfermer les reliques de la chair heureuse des saints dans l’or et dans les matériaux les plus précieux.
(Thiofrid d’Echternach, Flores epytaphii sanctorum, II, 3, PL 157, col. 347)

D’autre part, le reliquaire oriente la dévotion en un sens anagogique, comme l’abbé Suger l’a dit par des mots très suggestifs :

Lorsque, dans mon amour pour la beauté de la maison de Dieu, la splendeur multicolore des gemmes me distrait parfois de mes préoccupations extérieures et qu’une digne méditation me pousse à réfléchir sur la diversité des vertus saintes, me transportant des choses matérielles à celles immatérielles, j’ai l’impression de me trouver dans une région lointaine de la sphère terrestre, qui ne résiderait ni tout entière dans la fange de la terre ni tout entière dans la pureté du ciel et de pouvoir être transporté, par la grâce de Dieu, de ce monde inférieur vers le monde supérieur suivant la modalité anagogique.
(Gesta Suggeri abbatis 1996 : 134-9)

Le faste de l’entité englobante vise donc à attribuer à l’actant observateur une modalité extatique, selon laquelle, loin de s’attarder sur l’adoration de la relique, on passe de la vénération du fragment à celle du tout dont elle est à la fois partie et indice. Le reliquaire signifie donc un renvoi symbolique à la Jérusalem céleste dont la relique est un renvoi indiciel.

4. Conclusions

L’hypothèse formulée par le présent exposé, selon laquelle le reliquaire fonctionne essentiellement comme un dispositif de discours complexe qui essaie de guider la vénération du fidèle de façon à le détourner du fétichisme idolâtre et à l’orienter, au contraire, vers l’adoration anagogique, est encore assez grossière. Il faudrait l’articuler en explorant plusieurs pistes.

En premier lieu, il faudrait prendre en compte les spécificités des différents types de reliquaires. Même en se bornant à la seule sémiosphère chrétienne, il faudrait considérer que des types de reliquaires tels que les châsses, les lipsanothèques, les monstrances, les topiques (comme les bustes-reliquaires, les têtes-reliquaires, les bras-reliquaires, etc.), les staurothèques, les regalia, les écrins, les filatoria, le feretra, etc. ne se différencient pas seulement en vertu de leurs forme, dimension, couleur, époque historique, contexte culturel et religieux, etc. mais aussi en raison du rapport sémiotique qu’ils instaurent avec la relique (en en imitant la forme, en en rappelant la fonction, en en occultant ou bien en en montrant les traits, etc.).

En deuxième lieu, il faudrait étendre une telle exploration non seulement aux reliquaires non-chrétiens, qui sont pourtant abondants et de types différents, mais également aux reliquaires non étroitement religieux, à commencer par ceux qui renferment des memorabilia de plusieurs types dans les musées et dans les collections du monde entier.

Cependant, le but de cette digression sur les reliquaires n’était pas d’en développer une sémiotique approfondie — tâche d’ailleurs intéressante et qui fera l’objet d’un projet de recherche détaillé — mais d’analyser la dialectique concrète et spécifique entre reliques et reliquaires en tant qu’exemple particulièrement significatif de la dialectique plus abstraite et générale liant entre elles entités englobantes et entités englobées.

En conclusion, on essaiera donc de montrer en quoi la recherche concernant une sémiotique de l’englobement peut jeter une lumière nouvelle sur la sémiotique de la négation.

L’hypothèse animant tout le présent exposé se ramène à considérer la négation comme un reliquaire du sens. En des termes moins métaphoriques, cette hypothèse consiste à regarder la négation en tant que modalité d’englobement.

Par exemple, lorsque, dans le langage verbal, on produit un énoncé contenant un ou plusieurs opérateurs linguistiques de négation, la perspective logique et ontologique suggère que le sens de cet énoncé consiste dans sa capacité d’exprimer, par des moyens symboliques, l’idée qu’un certain état de choses n’existe pas dans la réalité, du moins dans la réalité telle qu’elle est évoquée par la représentation linguistique.

Ainsi, le sens d’un énoncé comme « Massimo n’est pas riche » consisterait dans sa capacité d’exprimer, par les moyens symboliques de la langue française, l’idée qu’il n’existe pas un état de la réalité dans lequel un individu s’appelant « Massimo » aurait beaucoup d’argent.

Toutefois, si cette interprétation du sens de la négation est parfaitement cohérente selon les présupposés épistémologiques de la logique et de l’ontologie, elle est inacceptable selon les présupposés épistémologiques de la sémiotique. En termes sémiotiques, le sens de la négation d’un énoncé verbal ne peut pas être expliqué par référence à un état de choses réel qui serait extérieur à l’énoncé, car cet état de choses est lui-même, selon la perspective sémiotique, le résultat d’une construction langagière.

Dans ces conditions, afin de respecter la distinction entre les présupposés de la sémiotique et ceux de la logique et de l’ontologie, peut-être conviendrait-il de passer à une conception topologique de la négation.

Comment expliquer, selon cette conception topologique, le sens d’un énoncé verbal comme « Massimo n’est pas riche » ? Le sens de cet énoncé dériverait non pas de la dialectique entre l’énoncé et un état de choses extérieur, mais de la dialectique entre une entité englobée, l’énoncé « Massimo est riche », et une entité qui en englobe le sens, les operateurs de négation de la langue française « ne » et « pas ». En d’autres mots, selon cette perspective topologique, les opérateurs de négation ne nient pas le sens de l’énoncé affirmatif mais ils essaient de le cacher, en l’englobant.

Cette perspective présente plusieurs avantages.

2 :
 C’est dans ce sens que semble aller également le passage suivant de Cassirer sur la négation : « Au lieu d’exprimer une (...)

1. Elle indique que le sens est toujours positif. Un énoncé verbal peut évoquer l’idée qu’un état de choses n’a pas lieu dans la réalité, mais uniquement à partir de la négation d’un énoncé verbal évoquant l’idée que cet état de choses a lieu dans la réalité. Ainsi, un énoncé comme « Massimo n’est pas riche » ne se limite pas à nier la richesse de Massimo. Cette lecture serait acceptable du point de vue logique et ontologique, mais non pas du point de vue sémiotique. Du point de vue sémiotique, l’énoncé affirme d’abord que Massimo est riche, puis il englobe le sens de cette affirmation par le voile de la négation. Adopter une telle perspective permet d’expliquer pourquoi un énoncé négatif contient tout de même une ombre de sa contrepartie positive. Un énoncé comme « Massimo n’est pas riche », par exemple, évoque tout de même la richesse de Massimo, tout en la niant ;2

2. Cette perspective permet de considérer la négation, par exemple dans le langage verbal, comme l’effet d’une tension entre la perceptibilité du sens de l’énoncé nié, c’est-à-dire englobé, et la transparence de l’opérateur de négation, à savoir d’englobement. Cela donne la possibilité d’articuler, dans le langage verbal, un continuum de formes de négation, selon le degré de transparence de l’opérateur de négation/englobement et la perceptibilité conséquente du sens de l’énoncé nié/englobé. Des énoncés tels que « Massimo n’est pas riche » ; « Massimo n’est point riche » ; « Massimo n’est aucunement riche », etc., qui ont le même sens du point de vue logique et ontologique, se différencient, en revanche, du point de vue sémiotique en raison de l’épaisseur du voile d’englobement par lequel les différents opérateurs de négation/englobement essayent de cacher le sens de l’énoncé nié/englobé, ainsi qu’en raison de la perceptibilité conséquente de ce sens ;

3. Cette perspective permet de constater que la théorie selon laquelle le langage verbal serait pourvu, à la différence des autres langages, d’opérateurs de négation, est une théorie peut-être trop simpliste. En effet, si on considère la négation comme une forme d’englobement, les opérateurs de négation du langage verbal doivent être considérés comme manifestations, dans la structure sémiotique de ce langage, d’un principe plus général, celui selon lequel la négation du sens s’exprime toujours comme englobement à partir d’un sens positif. Selon cette perspective, ce qui est en jeu dans le passage d’un énoncé positif tel que « Massimo est riche » à un énoncé négatif tel que « Massimo n’est pas riche », c’est l’intervention de deux opérateurs de négation, « ne » et « pas », qui englobent le sens du mot « est » en dressant une sorte de voile syntaxique entre le sujet de l’énoncé et le verbe ainsi qu’entre le verbe et l’adjectif se référant au sujet. Autrement dit, dans le langage verbal les opérateurs de négation fonctionnent en altérant la structure topologique de l’énoncé. Cette perspective permet également d’apprécier les nuances par lesquelles cette opération de négation/englobement topologique a lieu dans les différentes langues. Toutes les langues adoptent ce même mécanisme, mais elles donnent lieu à la négation/englobement topologique du sens de façons différentes. En italien par exemple, un énoncé tel que « Massimo non è ricco » est nié par un englobement moins enveloppant qu’en français, par l’intervention d’un opérateur de négation/voile topologique entre le sujet et le verbe, mais non pas entre le verbe et l’adjectif se référant au sujet. Cette perspective permet de comprendre, en outre, que d’autres formes de négation/englobement sont possibles, à partir des autres composantes plastiques qui manifestent le sens dans tel ou tel langage. Même à l’intérieur du langage verbal, par exemple, on peut produire non seulement une négation/englobement topologique mise en place par les opérateurs linguistiques de négation, mais aussi des englobements non-topologiques, comme par exemple lorsqu’après avoir écrit l’énoncé « Massimo est riche » on le nie en le rayant, c’est-à-dire en englobant l’énoncé par un opérateur qui en altère la structure eidétique ;

4. Si la négation est une forme d’englobement, et si l’englobement est une forme d’énonciation, alors on doit considérer la négation comme une forme d’énonciation, mais dans un sens différent par rapport à celui des théories logiques et ontologiques de la négation. Il faudrait peut-être partir d’une reformulation de la théorie de l’énonciation comme théorie des mondes possibles. Lorsque, par exemple, un énoncé comme « Massimo est riche » est énoncé, la manifestation de son sens résulte de l’émergence de cet énoncé à partir d’un système d’énoncés virtuels évoquant des états de choses différents, par exemple que Massimo n’est pas riche, ou que Massimo est pauvre, ou que Denis est riche, etc. Ce qui opère dans la négation de cet énoncé dans l’énoncé « Massimo n’est pas riche » est donc l’intervention d’un voile d’englobement qui, en modifiant la structure topologique de l’énoncé, le repousse vers le système de virtualités d’où il est issu. En d’autres mots, la négation, en tant qu’englobement, coïncide toujours avec un embrayage. Cependant, comme tout embrayage, celui de l’englobement négatif ne peut pas être total. Nier le sens n’est pas le défaire, mais simplement le repousser vers le non-sens d’où il est issu, sans que cela puisse jamais être définitif. On peut ne pas dire que Massimo est riche, mais ce fait de ne pas dire ne coïncide pas avec le fait de dire que Massimo n’est pas riche. Lorsqu’on dit que Massimo n’est pas riche, on repousse, en l’englobant, le sens d’un énoncé disant que Massimo est riche, mais sans tout de même le réintégrer dans la pure virtualité du système d’où il était issu. En d’autres mots, le langage nous permet de ne pas dire le sens, mais non pas de dire le non-sens. Un corollaire de cette perspective est que les différentes formes d’englobement/négation peuvent être rangées le long d’un continuum tensif, selon la force par laquelle elles repoussent le sens vers le non-sens. De même, cette perspective permet également de saisir les mécanismes langagiers par lesquels un débrayage positif se produit à partir d’un embrayage négatif, par exemple dans un énoncé tel que « Ce n’est pas que Massimo n’est pas riche », où le sens de l’énoncé « Massimo est riche » émerge d’abord de l’indistinction de son système de virtualités, puis y est repoussé par un premier embrayage d’englobement négatif, et enfin récupéré à nouveau par un deuxième embrayage d’englobement négatif qui, en englobant le sens de la négation, de fait dés-englobe celui de l’énoncé qu’elle englobe et nie, en l’affirmant. Saisir un énoncé tel que « ce n’est pas que Massimo n’est pas riche », c’est un peu comme dépaqueter un paquet cadeau. Et l’accumulation de plusieurs couches d’englobement négatif produit le même vertige qu’une mise en abyme d’emballages ;

5. Du point de vue spécifique de la sémiotique structurale et générative, cette perspective a peut-être le mérite de souligner que, chez les sémioticiens, la négation ne doit pas être considérée au sein de la dialectique entre vérité et fausseté, entre ce qui est et ce qui n’est pas, mais plutôt au sein de la dialectique entre opacité et transparence, entre occultation et monstration. Selon cette perspective, la négation d’un énoncé verbal, par exemple, n’affirme pas la fausseté de son sens mais diminue la force de sa monstration ;

6. Considérer la négation comme englobement permet d’investiguer les processus sémiotiques par lesquels l’embrayage négatif du sens l’enveloppe d’une aura de désirabilité érotique. Un énoncé tel que « Massimo n’est pas riche » contient déjà, en forme très embryonnaire, le frétillement que l’on associe aux voiles, aux paquets, aux emballages. De même, nier une négation, libérant son contenu englobé et le reconduisant à l’affirmation dés-englobée, entraîne déjà un acte de dévoilement. En français, par exemple, le « si » par lequel on nie la négation d’un énoncé constitue un geste en tout similaire à celui qui découvre une statue voilée. « Massimo n’est pas riche ? » ; « si ! Massimo est riche ».

7. Cette perspective permet de commencer à explorer une hypothèse selon laquelle le mécanisme langagier de la négation serait lié à la fois à l’évolution phylogénétique de l’espèce humaine et à celle ontogénétique de ses membres. En ce qui concerne la phylogenèse, il n’est pas à exclure que le mécanisme langagier de la négation se soit développé comme mimétisme symbolique d’autres formes d’englobement, liées à la perception humaine. De ce point de vue, nier un énoncé serait reproduire, dans la topologie du théâtre langagier, celle qui permet à l’être humain d’envelopper une certaine perception de la réalité, en la niant. L’hypothèse, certainement très hardie, qu’il faudrait explorer à ce propos est peut-être celle que la négation ne serait que le résultat sémiotique de l’évolution d’une série de dispositifs physiologiques permettant aux êtres humains de se séparer d’une certaine perception. La mobilité volontaire est sans doute un facteur décisif de ce processus, car elle a attribué aux êtres humaines la possibilité, du moins virtuelle, de se séparer d’une certaine perception. Cependant, c’est peut-être un dispositif physiologique humain de mobilité volontaire qu’il faudrait analyser tout particulièrement afin de comprendre les racines phylogénétiques de la négation : les paupières, appendice corporel nous permettant d’insérer volontairement un voile entre notre conscience et la perception de la réalité. Il y a sans doute des raisons précises, liées à l’évolution et à l’adaptation de l’espèce humaine dans l’environnement, pour lesquelles la présence des paupières a été sélectionnée comme plus adaptée queson absence, et leur mobilité volontaire comme plus adaptée que leur mobilité spontanée.

Il y a sans doute des raisons précises, liées à l’évolution et à l’adaptation de l’espèce humaine dans l’environnement, pour lesquelles la présence des paupières a été sélectionnée plutôt que son absence, et leur mobilité volontaire plutôt que leur mobilité spontanée.

Toutefois, du point de vue sémiotique, il faudrait peut-être étudier l’impact sur la formation de la structure du langage d’un dispositif permettant de simuler à notre gré une disparition de la perception dans une virtualité absolue, ainsi que sa réapparition comme actualisation de cette virtualité. De ce point de vue, les opérateurs de négation qui enveloppent un énoncé dans le langage verbal, en en repoussant le sens vers le système de virtualités d’où il est issu, ne seraient qu’une forme symbolique essayant de mimer, dans la topologie du théâtre langagier, la fermeture des paupières.

Plusieurs pistes pourraient être suivies afin de corroborer cette hypothèse très hardie. D’un côté, étudier l’évolution de l’espèce humaine, sa physiologie de la perception, et en particulier les dispositifs de mobilité volontaire liés à la perception, en se concentrant particulièrement sur les paupières. De l’autre, analyser la façon dont le développement des opérateurs linguistiques de négation chez les enfants est lié à la fois à leur capacité de percevoir des dynamiques d’englobement dans l’environnement, à partir de la disparition des parents hors du champ sensoriel, et à celle de mettre en place de telles dynamiques par la mobilité volontaire et en particulier par l’usage des paupières.

La sémiotique ne devrait pas se méfier, par préjugé, des nouvelles technologies d’imagerie cérébrale, et essayer au contraire de les transformer en instruments pour tester ses hypothèses sur le sens et sur le lien entre la structure sémiotique du langage et l’évolution à la fois phylogénétique de l’espèce humaine et ontogénétique de ses membres. Combler le clivage entre la connaissance du langage en tant que dynamique sociale synchronique et la connaissance du langage en tant que dispositif évolutif diachronique est un défi que les sémioticiens ne peuvent plus ignorer. En ce sens, la négation, ainsi que les autres dimensions du langage, devraient faire l’objet d’une investigation concernant non seulement la question : « quelle est la forme sémiotique de la négation dans le langage humain ? » mais aussi la question parallèle : « pourquoi et comment cette forme sémiotique a-t-elle été sélectionnée dans l’interaction entre l’espèce humaine et son environnement ? » ; « pourquoi — en d’autres mots —la négation est-elle un reliquaire du sens ? »

Références bibliographiques haut de la page

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Notes haut de la page

1  Je remercie Denis Bertrand de m’avoir invité à présenter une première version de ce texte dans le Séminaire Intersémiotique de Paris (9 mars 2011). Je remercie également tous les participants pour les questions très intéressantes qu’ils m’ont posées. Enfin, je remercie très vivement Eric Landowski d’avoir édité le texte avec élégance et rigueur.

2  C’est dans ce sens que semble aller également le passage suivant de Cassirer sur la négation : « Au lieu d’exprimer une connexion entre sujet et prédicat, on accentue et on expose la présence ou l’absence du sujet ou du prédicat. (…) Ce phénomène apparaît de la façon la plus nette dans la tournure négative, dans laquelle le non-être lui-même est appréhendé de façon quasiment substantielle. La négation d’une activité est exprimée par la constatation positive de son non-être : il n’y a pas de “ne pas venir” au sens où nous l’entendons, mais un non-être, un non-être présent du “venir”. L’expression du non-être est alors agencée de telle sorte qu’elle signifie en fait “l’être du ne-pas” » (Cassirer 1986, 2 : 239-40). Je remercie Claude Zilberberg de m’avoir signalé ce passage.

Pour citer ce document haut de la page

Massimo Leone «Négation et englobement», Actes Sémiotiques [En ligne]. 2011, n° 114. Disponible sur : <http://epublications.unilim.fr/revues/as/2581> (consulté le 23/01/2019)