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Sémiotique et engagement

Publié en ligne le 31 janvier 2017

La sémiotique peut-elle — doit-elle ? devrait-elle ? — être une discipline politiquement  « engagée » ? Telle est la question ici en débat.

Fin 2015, j’ai été invité à contribuer à un volume en l’honneur de Pekka Sulkunen, ami sociologue finlandais proche de la sé­miotique et dont toute la vie universitaire s’est déroulée en étroite liaison avec un engagement social. Les organisateurs du Festschrift demandaient que les contributions soient aussi concises que possible. Le texte qui en est résulté en ce qui me concerne a pris la forme d’un petit « manifeste » en faveur d’une « certaine idée » de la (socio) sémiotique.

Dans un deuxième temps, j’ai soumis ces pages à une dizaine de collègues dont les travaux m’avaient semblé montrer qu’ils ne dissocient pas leur vie de chercheur en sémiotique de la vie tout court, en société. Sachant qu’il y a bien des manières de concevoir cette relation, je leur ai proposé de réagir, pour la présente rubrique « Dialogue » des Actes Sémiotiques, face aux positions défendues dans ce « manifeste ».

On trouvera ci-après le texte de départ suivi des réponses reçues, en commençant par celle de notre ami sociologue et « compagnon de route » de la sémiotique.

Eric Landowski

  • DOCUMENT I
    Eric Landowski,
    Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen
  • DOCUMENT II
    Pekka SULKUNEN,
    Semiotic theory in the social sciences — constructing and deconstructing agency
  • DOCUMENT III
    Maria Cristina ADDIS,
    Le programmazioni dello spazio : aggiustamento e critica semiotica
  • DOCUMENT IV
    Claude CALAME,
    Pour une sémiotique anthropo- et éco-poiétique
  • DOCUMENT V
    Pierluigi CERVELLI,
    Elogio dell'interazione : lo sguardo semiotico sulle micropolitiche del quotidiano
  • DOCUMENT VI
    Paolo DEMURU,
    Prendere posizione
  • DOCUMENT VII
    Jose Luiz FIORIN,
    Sémiotique et histoire
  • DOCUMENT VIII
    Jacques FONTANILLE,
    Le prix et la valeur de l’engagement
  • DOCUMENT IX
    Massimo LEONE,
    Socio-sémiotique des « livres à visages »
  • DOCUMENT X
    Roberto PELLEREY,
    Presenza in una scelta
  • DOCUMENT XI
    Jean-Paul PETITIMBERT,
    Anthropocenic Park : « humans and non-humans » in socio-semiotic interaction
  • DOCUMENT XII
    Luiza Helena Oliveira da SILVA,
    Manifestos políticos nas ruas e no Facebook

DOCUMENT I

Eric Landowski

Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen

L’un sociologue, l’autre sémioticien, nous nous sommes rejoints à mi-chemin. Ou peut-être contaminés car nous voici l’un et l’autre un peu hybrides, l’un « sémio-sociologue », l’autre « socio-sémioticien ». Et du même coup tous les deux un rien marginaux sur nos terrains respectifs. Voilà qui nous donne au moins droit à quelques libertés, sans doute !

La liberté par exemple, face à nos objets d’étude, de ne pas nous cantonner dans une démarche « neutre » où nous ne ferions que « décrire ». Entre la vie de chercheur (le « labo ») et la vie tout court (en société), pas de frontière étanche. A l’opposé, une sociologie critique de son objet — une sémiotique impliquée par le sien : de part et d’autre, un regard sur les pratiques du sens dominantes qui n’a rien de détaché. Et qui plus est, des contre-propositions qui nous engagent dans un travail de nature en dernier ressort politique visant, à travers la transformation des rapports de sens, la transformation des rapports sociaux et des formes de vie. Cette option n’est pas dictée par des arguments extérieurs à l’exercice du métier. Et elle n’est pas non plus une simple affaire de préférence personnelle. Elle découle, sauf illusion, de la théorie même, de ses principes de cohérence internes. En ce sens elle est sémiotiquement nécessaire — en tout cas pour ce qui concerne la « socio-sémiotique ».

1 :
 A titre de repères chronologiques, cf. A.J. Greimas, Sémiotique et sciences sociales, Paris, Seuil, 1976 ; E. Landowski, La société (...)
2 :
 Cf. J.-Cl. Coquet, La quête du sens, Paris, PUF, 1997 ; J. Fontanille et Cl. Zilberberg, Tension et signification, Liège, Mardaga, (...)

Cette étiquette couvre à vrai dire deux choses différentes. D’abord, et depuis longtemps, une des branches issues de la sémiotique générale telle que conçue par Greimas : celle qui, comme son nom l’indique, vise la dimension sociale des objets signifiants ; comprise selon cette acception, la socio-sémiotique s’est développée depuis les années 1970 sous la forme de recherches portant sur des domaines si variés qu’elle couvre à présent la plupart des pratiques de la quotidienneté1. Ensuite, plus ambitieusement, la même étiquette en est venue peu à peu, à partir des années 1990, à désigner l’un des corps de proposition théorique globaux qui s’offrent pour fonder l’analyse des faits de signification dans leur ensemble, autrement dit l’une des variantes de la sémiotique générale sous sa forme actuelle. Et sur ce plan, ce qui fait la spécificité de cette approche par rapport aux principaux autres courants post-greimassiens — sémiotique subjectale et sémiotique tensive2 — est une option théorique sémiotiquement originale bien que plutôt banale dans le cadre plus large des sciences sociales, à savoir l’idée d’une relation nécessaire, constitutive, entre sens et interaction. De cette option, il faut non seulement tirer toutes les implications théoriques mais aussi assumer toutes les conséquences dans la pratique. C’est ce dernier point qui justifie la présente réflexion en forme de « manifeste ».

Le but de l’entreprise a été en premier lieu de nous donner les moyens de rendre compte aussi exhaustivement que possible des mille manières dont nous construisons du sens tout au long de nosinteractionsaussi bien avec autrui qu’avec les autres éléments qui nous entourent. Le modèle proposé dans Les interactions risquées intègre pour ce faire, dans un cadre conceptuel unifié, quatre régimes de sens. Il permet ainsi d’articuler d’une part la sensibilité à l’intentionnalité, l’esthésique au cognitif, le « sensible » à l’« intelligible », dimensions complémentaires et entremêlées (et non pas mutuellement exclusives) de l’appréhension ou de la construction du sens, sur lesquelles reposent respectivement des dynamiques d’« ajustement » et des stratégies de « manipulation » ; d’autre part, directement greffés sur l’opposition entre continuité et discontinuité, un principe de régularité, condition de toute « programmation » de l’agir, et son contraire, le principe d’aléa, fondement du régime dit de l’« accident », ou de l’« assentiment » (éventuel) face à l’inévitable.

3 :
 Cf. E. Landowski, « Jonction versus Union », Passions sans nom, Paris, PUF, 2004, pp. 57-69.

Mais en second lieu, une fois ces distinctions posées, la logique du modèle conduit à faire un pas de plus, à prendre position face à ces quatre composantes plutôt que de les considérer comme de simples variantes typologiques qui se vaudraient les unes les autres. A cet égard, le choix crucial de notre part consiste à prendre parti en faveur d’une pratique du sens bien définie : celle qui relève du régime de l’ajustement et de la logique sous-jacente de l’« union » entre des interactants dotés de sensibilité3. Cela par opposition, tout d’abord, au régime de la programmation, qui, en tendant vers une éternelle répétition du même, exclut par construction toute dynamique de création de sens. Par opposition ensuite à la sorte de démission sémiotique que suppose le geste d’assentiment au dictum d’une instance transcendante à laquelle, croyant ou fataliste, le sujet peut être tenté de s’en remettre plutôt que de chercher à prendre en charge son propre destin. Et par opposition enfin au régime de la manipulation, vis-à-vis duquel s’imposent les plus grandes réserves. Car ce régime a beau avoir été le seul pleinement reconnu par la grammaire narrative standard (ce qui explique qu’elle n’en fasse pas un « régime » parmi d’autres), il ne saurait être considéré ni comme le seul concevable, ni comme de portée universelle, ni même comme le « meilleur » possible.

4 :
 Cf. V. Estay et R. Dorra, « Variations sémiotiques de l’accord ». En contrepoint, E. Landowski, « A quoi sert la construction de (...)
5 :
 Cf. « Logiques de la valeur », Passions sans nom, op. cit., pp. 69-76.
6 :
 Mais qui rend possible d’innombrables études sémiotiques appliquées à conforter la santé du système marchand par une (...)
7 :
 A propos du « bios », E. Landowski, « Entre Comunicação e Semiótica, a interação », in A. Primo et al. (éds.), (...)

Au contraire, par la conception contractuelle et statique du sens qu’il présuppose4, par la vision idéaliste du sujet et la philosophie utilitariste de la valeur qu’il met en œuvre5, et corrélativement par le style de vie foncièrement pragmatique qu’il tend à instaurer, il constitue l’expression d’une vision du monde très particulière, celle que véhicule l’idéologie dominante dans nos sociétés post-modernes à la fois indéfectiblement « démocratiques » dans leurs principes et de jour en jour plus mercantiles dans les faits. Contre l’alliance incongrue, et à nos yeux choquante6, entre cette idéologie et la théorie sémiotique dans sa version classique comme dans la plupart de ses développements actuels, nous prenons délibérément parti. Mieux, en procédant à la critique du soubassement qui leur est commun — une conception de l’existence qui, dans une perspective de domination et d’appropriation du monde, tend à réduire la valeur de toute signification à sa valeur économique, et la valeur même de l’autre à sa valeur d’usage —, nous militons pour ce qui en représente l’exact opposé : pour une pratique écologique du sens commandée par l’exigence d’un accomplissement mutuel dans des rapports de réciprocité entre soi et l’autre — que l’altérité en jeu soit celle de notre alter ego ou de tout autre élément composant notre environnement, notre « bios »7.

8 :
 Sur cette perspective, pour un exemple proche de la caricature, cf. B. Latour, « Where Are the Missing Masses ? The Sociology of (...)
9 :
 Cf. J. Lotman, « Deux modèles archétypes de culture : “conclure un pacte” et “s’en remettre à autrui” », in id. et B. (...)
10 :
 Landowski, La société réfléchie, op. cit., pp. 167-185 ; Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 219-244.
11 :
 Cf. J.-P. Petitimbert, « La précarité comme stratégie d’entreprise », art. cit. ; id., « Un autre regard sur le fait (...)

En termes plus concrets, à un régime technocratique qui, à force de régulation bureaucratique (ou, plus à la page aujourd’hui, de « pilotage managérial ») et de trompeuse sécurité, programme l’insignifiance (problème sociétal majeur) en cherchant à éliminer toute marge de choix et jusqu’à l’existence même de sujets susceptibles de décider de leur sort8, — à un régime fataliste où les sujets abandonnent la décision à une instance qui les transcende (le hasard, la figure révélée d’un Sauveur ou l’arbitraire de quelque puissance supérieure9), — enfin, à un régime démocratique qui, certes, postule l’égalité entre des sujets de volonté cognitivement compétents mais n’en délègue pas moins la gestion des affaires à une classe de décideurs sûrs de leurs intérêts face à une masse d’exécutants à manipuler « pour leur bien »10, l’optique socio-sémiotique oppose un régime interactionnel où l’acte — le faire ou le ne pas faire, le faire ceci ou cela — ne résulte plus à proprement parler de la décision de quiconque face à un monde objet regardé à distance mais découle d’ajustements sensibles entre la dynamique des situations vécues et ceux qui les vivent11.

12 :
 Cf. M.C. Addis, « Forme d’aggiustamento. Note semiotiche sulla pratica dell’aikido », in A.C. de Oliveira, op. cit. ; P. Demuru, (...)
13 :
 Sur les reprises caricaturales de l’esptit « zen », voir Fr. Jullien, Les transformations silencieuses, Paris, Grasset, 2009.

Que ce soit sur le plan des relations internationales, des politiques de l’environnement, de la sécurité, de l’éducation, ou sur quantité d’autres terrains « en crise », nous assistons chaque jour aux effets délétères et aux conséquences plus ou moins dramatiques de décisions individuelles ou collectives massivement orientées par l’application de principes de traitement de l’autre tantôt de type manipulatoire tantôt de type programmatique, ou le plus souvent les deux ensemble selon des dosages divers — le tout rythmé par d’« imprévisibles » accidents. Loin de nous l’idée de prendre l’ajustement pour un remède miracle qui serait facilement et partout applicable. Toute notre tradition de pensée en refuse l’esprit même, y compris chez les sémioticiens. Des civilisations et des modes de vie dont ce régime était l’un des grands moteurs, nous n’avons, il est vrai, sous les yeux que des vestiges dont le nom même n’évoque qu’exotisme ou archaïsme — zen, haïkido, malandragem, mètis, hésychasme par exemple12 — et dont aujourd’hui la transplantation hors contexte ne donne lieu, pratiquement, qu’à de vaines gesticulations, souvent teintées de mysticisme13. Ainsi, pris entre la dure résistance des esprits cartésiens et le risque d’une molle dérive « new age », notre projet a à l’évidence quelque chose d’utopique. D’autant plus que de par sa nature même, la forme d’interaction du type visé ne saurait d’aucune manière s’imposer du dehors mais requiert de la part des interactants une disponibilité et une ouverture qui ne peuvent venir que d’eux-mêmes, à travers l’expérience.

Et pourtant, il se trouve que nous ne sommes pas seuls. Au contraire, la définition précise de la logique interactionnelle que recouvre ce régime rejoint et conceptualise, en termes sémiotiques, les principes d’action et les visées qui se trouvent à la base de la plupart des recherches actuelles de réponses alternatives aux grands problèmes du temps. De François Jullien ou Augustin Berque à Edgar Morin ou Alain Badiou (abstraction faite, à ce niveau, des divergences évidentes entre les uns et les autres), la liste des contributeurs à cet ample mouvement de fond serait longue, même en se limitant à la France (et groupes « écologistes » mis à part). C’est à sa consolidation conceptuelle que la sémiotique doit à notre sens contribuer plutôt que de se déclarer politiquement neutre tout en se mettant, par les pratiques professionnelles de beaucoup de ses représentants, au service du système marchand. En ce sens, « faire de la sémiotique », c’est bien, dans tous les cas, faire de la politique, pour un camp ou pour l’autre. Œuvrer pour la consolidation d’une écologie du sens, c’est choisir le nôtre.

14 :
 Cf. Passions sans nom, op. cit., pp. 293-305.
15 :
 A côté notamment du courant « anthropopoïétique ». Cf. Cl. Calame et M. Kilani (éds.), La fabrication de l’humain dans les (...)

Que ce soit sous cette étiquette d’« écologie » (versus « économie ») ou une autre (sémiotique « existentielle », par exemple, pourrait ausssi, d’un autre point de vue, faire l’affaire14), une fois refondée et réorientée en ce sens, la sémiotique greimassienne, au lieu de rester la discipline académique qu’elle est devenue en se refermant sur ses obsessions d’« Ecole » (dite de Paris), pourrait non seulement retrouver une place dans le concert des sciences sociales15 mais aussi, au-delà du cercle académique, se faire entendre dans l’espace public en tant que réflexion critique, promotrice d’orientations sociétales différentes.

Ce choix en faveur d’une sémiotique dans le siècle, qui caractérise depuis le départ le « style » socio-sémiotique, peut certes passer pour un parti pris extra-sémiotique, d’ordre politique, ou inspiré par une éthique. Et il est vrai qu’une réflexion proprement sémiotique ne peut selon nous déboucher que sur une éthique du sens. Mais en même temps, dans la mesure où l’engagement politique dont il est ici question découle d’un choix raisonné entre des formes d’interaction dont la portée existentielle et politique diffère en fonction des régimes de sens qui leur sont sous-jacents, notre position ne nous semble pas déroger à la sphère de cohérence proprement sémiotique. Or, sauf à avoir par avance trouvé « le » sens de la vie dans quelque texte qui en donnerait la Révélation, c’est bien à nous, sémioticiens — de profession ou d’intention, ou sans le savoir (ou à demi) — qu’il revient de le construire. Cela n’est à proprement parler possible que dans des pratiques d’interaction guidées par la quête de rapports de réciprocité ajustés aux potentialités de l’autre et par là même créateurs de sens, que ce soit sous la forme d’œuvres de l’esprit ou d’actes nous mettant en accord avec autrui et à l’unisson du monde.

Références bibliographiques haut de la page

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Notes - document 1 haut de la page

1  A titre de repères chronologiques, cf. A.J. Greimas, Sémiotique et sciences sociales, Paris, Seuil, 1976 ; E. Landowski, La société réfléchie. Essais de sociosémiotique, Paris, Seuil, 1989 ; J.-M. Floch, Identités visuelles, Paris, P.U.F., 1995 ; A. Semprini, L’objet comme procès et comme action, Paris, L’Harmattan, 1995 ; Bernard Jackson, Making Sense in Law, id., Making Sense in Jurisprudence, Liverpool, Deborah Charles, 1995 et 1996 ; G. Marrone, Corpi sociali, Turin, Einaudi, 2001 ; M. Hammad, Lire l’espace, Limoges, Pulim, 2005 ; E. Landowski, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005 ; Fr. Marsciani, Tracciati di etnosemiotica, Milan, FrancoAngeli, 2007 ; P. Sulkunen, The Saturated Society, Londres, Sage, 2009 ; J.-P. Petitimbert, « La précarité comme stratégie d’entreprise », Actes Sémiotiques, 116, 2013 ; P. Demuru, Essere in gioco, Bologne, Bononia University Press, 2014.

2  Cf. J.-Cl. Coquet, La quête du sens, Paris, PUF, 1997 ; J. Fontanille et Cl. Zilberberg, Tension et signification, Liège, Mardaga, 1998 ; J. Fontanille, Formes de vie, Liège, Presses de l’université de Liège, 2015.

3  Cf. E. Landowski, « Jonction versus Union », Passions sans nom, Paris, PUF, 2004, pp. 57-69.

4  Cf. V. Estay et R. Dorra, « Variations sémiotiques de l’accord ». En contrepoint, E. Landowski, « A quoi sert la construction de concepts ? », Actes Sémiotiques, 117, 2014 (http://epublications.unilim.fr/revues/as/5054).

5  Cf. « Logiques de la valeur », Passions sans nom, op. cit., pp. 69-76.

6  Mais qui rend possible d’innombrables études sémiotiques appliquées à conforter la santé du système marchand par une rationalisation des approches empiriques régnantes en matière de technologies de l’information, d’organisation, de design, de marketing ou de publicité, le tout culminant désormais dans la grand-messe annuelle des communiquants dite « Semiofest ». Tout à l’opposé, voir R. Pellerey, « Fuori mercato », Actes Sémiotiques, 119, 2016.

7  A propos du « bios », E. Landowski, « Entre Comunicação e Semiótica, a interação », in A. Primo et al. (éds.), Comunicação e interações, Porto Alegre, Sulina-Compós, 2008 ; rééd., Parágrafo, 2016.

8  Sur cette perspective, pour un exemple proche de la caricature, cf. B. Latour, « Where Are the Missing Masses ? The Sociology of Mundane Artifacts », in W.E. Bijker (éd.). Shaping Technology / Building Society, Cambridge, MIT Press, 1992. A l’opposé, P. Cervelli, « Fallimenti della programmazione e dinamiche dell’aggiustamento. Sull’autoproduzione dello spazio pubblico in una periferia di Roma », in A.C. de Oliveira (éd.), As Interações sensíveis, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2013 ; M. Leone, « Semiótica de la burocracia », Lengua, Imagen, Sonido, 13, 2013.

9  Cf. J. Lotman, « Deux modèles archétypes de culture : “conclure un pacte” et “s’en remettre à autrui” », in id. et B. Uspenski, Sémiotique de la culture russe, Lausanne, L’âge d’homme, 1990. En réponse, E. Landowski, « Shikata ga nai ou Encore un pas pour devenir sémioticien ! », Lexia, 11-13, 2012.

10  Landowski, La société réfléchie, op. cit., pp. 167-185 ; Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 219-244.

11  Cf. J.-P. Petitimbert, « La précarité comme stratégie d’entreprise », art. cit. ; id., « Un autre regard sur le fait religieux », Actes Sémiotiques, 119, 2016 ; P. Demuru, Essere in gioco, op. cit. ; J. Ciaco, A inovação : semiótica e marketing, São Paulo, Estação das Letras e das Cores, 2013 ; E. Landowski, Passions sans nom, op. cit., pp. 153-158.

12  Cf. M.C. Addis, « Forme d’aggiustamento. Note semiotiche sulla pratica dell’aikido », in A.C. de Oliveira, op. cit. ; P. Demuru, « Malandragem vs Arte di arrangiarsi : Stili di vita e forme dell’aggiustamento tra Brasile e Italia », Actes Sémiotiques, 118, 2015 ;  M. Detienne et J.- P. Vernant, Les ruses de l’intelligence. La mètis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974 ; J.-P. Petitimbert, « Lecture d’une pratique et d’une interaction : l’hésychasme orthodoxe », Actes Sémiotiques, 118, 2015. Voir aussi les pages de Gilbert Simondon sur le vieil esprit paysan d’ajustement à la terre (Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1958).

13  Sur les reprises caricaturales de l’esptit « zen », voir Fr. Jullien, Les transformations silencieuses, Paris, Grasset, 2009.

14  Cf. Passions sans nom, op. cit., pp. 293-305.

15  A côté notamment du courant « anthropopoïétique ». Cf. Cl. Calame et M. Kilani (éds.), La fabrication de l’humain dans les cultures et en anthropologie, Lausanne, Payot, 1999 ; F. Remotti (éd.), Forme di umanità, Turin, Paravia, 1999 ; F. Affergan et al., Figures de l’humain, Paris, EHESS, 2003.

DOCUMENT II

Pekka Sulkunen

Semiotic theory in the social sciences — constructing and deconstructing agency

Negligence of semiotic theory in the social sciences has been baffling. The semiotic, cultural or linguistic turn, as it has been called, re-invented in the 1980s the idea — already established in the classics Weber, Simmel, Durkheim, Mauss, and many others — that social processes always involve meanings and interpretations. Yet theoretical attempts for divulging the sense underneath what often appears trivial, even nonsensical everyday talk and media material, have been few and mostly limited to very abstract notions bearing on language and cognition, not the concrete stuff that social scientists observe in their data. The word “narrative” became fashionable in text books of qualitative methods for a while, but narrative and discursive semiotics failed to arouse an interest despite its obvious potentialities in social analysis.

Instead, a lot of fruitless debates followed (1) between various types of “constructivisms” and “realisms” (whether the world is “only constructed” in discourses or exists “really out there”, to be represented objectively in social science), and (2) between theorists of structure and action (whether human behavior is determined by external exigencies — programmed / manipulated in Eric Landowski’s terms — or creative and contingent). Divisions concerning research strategies, moralities and even political passions were buried in these oppositions. Realists and structuralists made stronger truth claims than their opponents, accusing their adversaries for relativism and opportunism. Constructivists and action theorists in turn attacked the other side for fallacies of objectivism and hypocritical self-positioning above the society in which they in fact also participate.

1 :
 Luc Boltanski and Laurent Thévenot, De la justification, Paris, Gallimard, 1991.

These debates were largely side-tracked because social sciences — and this concerns sociology more than any other among them — turned away from their proper object, society, and attempted to compete or merge with behavioral sciences. Action itself became the explanandum rather than an ingredient in the constitution of social orders. The confusion is partly understandable. Modern societies in general, and Western societies in particular after the three golden decades after the Second World War, ground their legitimacy on the idea of voluntary co-operation, often transformed into what Landowski calls “l’idéologie dominante dans nos sociétés post-modernes à la fois indéfectiblement ‘démocratiques’ dans leurs principes et de jour en jour plus mercantiles dans les faits”. To be understood by ourselves and by others as actors invested with a will, governed by obligations, powered by abilities, and guided by competences, is a measure of human worth and a condition of participation in the social order, including its inequalities and differences. Agency, in short, is a principle of justification, to use the expression of Boltanski and Thévenot, of the modern and especially the “post-modern” social order1. Agency involves narrative elements, thus action and meaning. Hence the confusion.

On the other hand, reference to meaning also opens up the three critical and essential questions that are at the heart of Eric Landowski’s petit manifesto. First, if social life is meaningful it must be mutually constructed as such by participants, and social scientists participate in this construction. How grounded are their validity claims for this activity ? Secondly, participation inevitably involves taking a position in the meaning-making, a point of view. Is there a specific and theoretically defendable way that social scientists should position themselves in this web of interaction ? And thirdly, the hypothesis of meaningfulness inevitably leads to a critique of the dominant but absurdly reduced utilitarian understandings of human semiosis. Utilitarianism comes either in the form of calculative rationality or in the form of norms concerning what thoughts and actions are and are not acceptable in a given society. The calculative rationality conception may have some value in Friedmannian models of the monetary economy but even in those cases the fit with the actual functioning of markets is wanting. Meaningfulness reduced to norms goes off the road already at the start, as it does not account for the fact that a class of behavior — like drinking alcoholic beverages — is not necessarily the same social fact in two different contexts, even if all the apparent signifiers (beverages, flasks, glasses, gesticulation, psycho-physiological effects and even ritual framings) are similar. Permission or not “to drink” is a very impoverished way to interpret the situation if other dimensions of meaning are not included.

I fully agree with Landowski that responses to these three issues : grounds for the validity claims, positioning or engagement, and critique of “mercantile” (and normative) utilitarianism are not arbitrary and cannot be voluntarily chosen. They follow from the theory itself, and in this case I mean from semiotic, not social theory, in other words from what we mean by meaning. But before elaborating my position in this, let me first paint the background in the history of social thought with a few broad sweeps.

2 :
 Cf. Alain Touraine, The Self-Production of Society [Production de la Societé], Chicago, University of Chicago Press, 1973. Id., Le (...)
3 :
 Pierre Bourdieu and Loïc Wacquant, An Invitation to Reflexive Sociology, Oxford, Polity Press, 1992, pp. 121-122.
4 :
 Anthony Giddens, The Constitution of Society. Outline of the Theory of Structuration, Cambridge, Polity Press, 1984.
5 :
 Margaret Archer, Culture and Agency : The Place of Culture in Social Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

The semiotic etc. turn was coupled with the turn away from structural models, towards seeing society as action. Action and actors were put in the centre stage by prominent authors as different as Alain Touraine, Pierre Bourdieu, Michel de Certeau, Anthony Giddens, Margaret Archer, and many others. Touraine wrote about the self-production of society and proclaimed the Return of the Actor2. Bourdieu introduced the concept of the habitus to allow room for choice and individual variation in class reproduction through style and taste, thus wavering on a tightrope between a theoretical intention “to escape from under the philosophy of the subject without doing away with the agent, as well as from under the philosophy of the structure without forgetting to take into account the effects it wields upon and through the agent”3. Giddens, likewise, theorized about “structuration”, i.e. maintenance and gradual change of class structures through class action4. Archer argued that culture provides individuals the possibility of genuine choice, predetermined neither by cultural structures nor by objective circumstances, which, nevertheless, are outcomes and conditions of action5.

6 :
 Cf. Alain Touraine, The Self-Production of Society, op. cit., p. 35.

Authors were reacting to what they felt to be either structural or cultural determinism. Structural functionalism had, since the establishment of sociology as a discipline in the first part of the twentieth century, been keen on explaining practices, values, institutions and social hierarchies in terms of their functions in maintaining social order and feeding the process of modernization. Marxism had seen a renaissance in the 1970s in the form of new readings of Das Kapital, to connect Marx’s critique of political economy with his early humanistic critiques of alienation. The blind forces of capitalism were seen as causes of alienated mass consumption, ideological acquiescence, corrupted lifestyles and social problems. Cultural structuralisms, both the British cultural studies paradigm and the French orientation, with Pierre Bourdieu as its figurehead, purported to understand how cultural practices like youth culture and the media (Pau Willis, Dick Hebdige, Angela McRobbie, Stuart Hall) ; or visiting art museums, literature, photography and aesthetics of the everyday (Bourdieu) ; help to maintain class divisions, although on the surface they have little to do with social structure and much to do with personal taste. All of these structuralisms operated with models in which participants’ own understandings of what they are thinking and doing are marginal. What participants see as their own action is interpreted to be dictated — programmed or manipulated — by the system, which is smart enough to cover up its operations with the illusion of individual creativity, uniqueness and authenticity. The shift of focus to action as meaningful means that the actors and their accounts of what they think and do must be taken seriously. Actors are the producers not only of their own destinies but also of the society in which they live. As Alain Touraine stressed, it is not sufficient to place society in history ; sociologists must put historicity — auto-production of society — right in the heart of the concept of society itself6.

The theoretical positions of Archer, Bourdieu, Giddens and Touraine demonstrate a key issue in social theory after the action cum meaning turn. Taking the actors seriously leads the theorist into an unstable position ; or to prepare what Bruno Latour once called “a disgusting both-and-soup”. Social reality is both action and structure, both meaningful for the actors and making sense only beyond their immediate grasp. The soup is disgusting because it is composed of unrelated and incompatible elements. The logic of both-and is self-affirming : if one explanation does not work, the other does ; and vice versa.

7 :
 Eric Landowski, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005.
8 :
 P. Sulkunen, The Saturated Society. With a New Foreword, Helsinki, University of Helsinki, 2016 (London, Sage, 2009).

It is here that semiotic theory, both in its classic form and even more in its post-Greimassian state could have been of help. Landowski’s interactionist view of meaning (which seems to me to be intuitively accepted today by most social scientists, although they for the most part are not aware of the alternatives and unable to articulate their position) provides us with two important understandings of the dialectic between the actors’ and the academic interpreter’s points of view7. First, meanings and interpretations are a matter of struggle. Landowski is perfectly right when he thinks that interactions about meanings are always risky. We construct images of ourselves as agents, reasonably adapting to circumstances and to others’ intentions, but we always bear a risk to be interpreted as victims of manipulation or as programmed subjects. Sometimes the fear of this risk bursts into extreme forms of irrationality, rage and even violence, in circumstances where the actor feels unable to gain recognition and respect as an agent from co-participants. Secondly, the interactionist view establishes a link between the intellectual and the everyday mode of meaning production. The former in general, and social theory in particular, is an index of what Pitirim Sorokin called congeries of ideas : wider complexes of societal understandings of the world, including law, philosophy, scientific knowledge, art, music and literature, which also reflect common ideas and values understood and accepted in society. What I have elsewhere called consciousness of the podium and mundane consciousness of the everyday, are in an inevitable dialogue within a shared critical awareness of the present8. The reason why social sciences (re)turned their regard to the actor was not an accident but an index of a change in the intellectual climate that was also manifested in political ideologies and mundane everyday thought.

9 :
 P. Sulkunen, The European New Middle Class, Avebury, Aldershot, 1992.

The classical theory of narrative and discursive semiotics could have helped to settle the ambivalences between “reality” and “construction”, and between “structure” and “action”. Doing so, it could also have helped to explain why the critical awareness of the present turned its view on the subject, the “self”. The struggle over meaning is not a chaotic rain of bombs over helpless defenders of their subjectivity. There is structure and organization beneath the apparently contradictory and messy surface of meaning-making in the interactions within the social world. The distinction between figurative surface and thematic structure, elementary as it is, is indispensable for exposing the tacit meanings emitted from participants in social life, including their academic interpreters. A simple example from my own studies may illustrate the point. In the late 1980s I was doing research on the new middle class self-identity, recruiting my subjects from classy bars in the city of Helsinki9. Analysing their vernacular I long wondered what on earth could they mean when they kept repeating that they like to meet in their particular places because they always have company there, whereas they do not wish to visit bars “on the other side of the bridge” (working-class areas) because they cannot even read the afternoon paper without somebody intruding and wanting to start a conversation. On the other hand, they appreciated their habitual bars because they could be left alone if they so liked, whereas in the smoky working-class places they never find decent people to talk with. The key to an understanding of these contradictions was the modality of willing : whatever they were talking about was valued if it was described as wanted by them, be it work, family, cultural practices, food and drink, or any other aspect of their everyday life. The self-definition they cherished was to be willing agents ; they abhorred the idea that their thoughts and practices would be interpreted to result from manipulation or programming. The underlying thematic structure of the contradictory and messy figurative surface of their mundane speech was clear and consistent. They were manifesting autonomy and authenticity as the constitutive elements of their self-identity and view of the world. They asserted and defended their entitlement to participate and belong in society as agents constructed on the modality of willing.

10 :
 P. Sulkunen, “The Consumer Society and the Social Bond : the Neoliberal Turn in Norway”, in P. Strandbakken and J. Grownow (eds), (...)

This detail from a small study gained new relevance in a later study on political justifications of deregulating the monetary and financial market, which was under way in the 1980s, the period when the middle class study data were collected10. Surprisingly, very little economy — growth, equality, fiscal crisis of the state, national competitiveness — was involved in the arguments issued by political leaders at the time. Instead, the justifications were moral : with unregulated credit markets and stable currency, consumers, banks and enterprises can plan their strategies without asking permission from the Central Bank or support from politicians and fiscal authorities. The politicians’ arguments went like this : we provide the instruments (credit and stable currency) ; you decide what to do with them ! Autonomy and authenticity, centred on the modality of will, was again the heart of the discourse. The policy change can justly be considered epochal in that it transformed state-centred post-war capitalism into a neoliberal regime, with banking crises, economic instability and political and institutional changes that soon followed the financial deregulation. The change concerned not only the financial market but also other areas of the welfare state structures. The volte-face was easily adopted because the mundane consciousness of autonomy and authenticity of willing agents was already there, waiting for the change to come. The emerging consciousness of the academic podium, the action cum meaning turn in the social sciences, was an index of the same shift in the critical awareness of the present towards a new emphasis of agency as the foundation of the contemporary social order.

No contradiction here between “social construction” and “reality”. The rising new middle class in the 1980s was well adapted to the changing structures of global financial capitalism. Its disposition to see the ideal social world as a composition of autonomous and authentic agents welcomed deregulation, starting from the monetary and financial markets, continuing still today in a long series of neo-liberal reforms of welfare state structures, with wide-stretching consequences for peoples’ lives and experiences. This is very hard reality constructed in semiotic structures of the contemporary mind.

No contradiction between action and structure either. The rising European new middle class in the 1980s was dominated by the generation that went to colleges and universities in the years of the anti-authoritarian student movement. Many of the young protesters found themselves on the left side of the political map, but the neo-liberal creed with will as the constituent structure of agency was nevertheless more attractive for them in adult life than state-oriented socialist ideologies. The latter involve a stronger stress on other modalities like obligation (loyalty) and ability (solidarity in helping and getting helped). Today’s neo-populist revolt, again, manifests the frustration of will-based agency and reacts against feelings of being manipulated or programmed rather than commanding the controls over one’s own life. Agency as a principle of justification has become saturated. It is no longer an ideal to be attained, it is an assumption taken for granted, but alas ! so often denied by actual circumstances and so often challenged, if not by facts at least by a suspicion that “they”, the elites and their secret partners, usurp “us” as objects of exploitation.

11 :
 Cf. P. Sulkunen and J. Törrönen, “The production of values : The concept of modality in textual discourse analysis”, Semiotica, (...)
12 :
 Cf. Cf. P. Sulkunen and J. Törrönen, “Constructing speaker images. The problem of enunciation in discourse analysis”, Semiotica, (...)

What about the three issues raised by Landowski’s manifesto ? My answer to the first, concerning the grounds of our validity claims, is already implied in the example above. We have our instruments — concepts and research designs — that are inaccessible to participants, and cannot be adequately offered to them. Besides the theory of modalities11 the semiotic toolkit offers a rich selection of concepts that help to deconstruct how agency is constructed in mundane consciousness. The theory of utterance (enunciation) opens a particularly relevant path to its secrets. It enables us to uncover almost unobservable forms of positioning the subject of the utterance. These forms constitute what we have called the speaker (or writer) and addressee images, hidden in the messy surface of the text in everyday talk as well as in academic writing12. The construction of middle class agency, for example, involved an image of the speakers, “us”, as not only willing but also competent subjects (at least in comparison with the working-class “cap heads”) but nevertheless dominated by “them”, those in power. Their elitism from below was an ambivalent way of looking at the social world from a superior as well as inferior perspective. Not a long step towards aggressive neo-populism as we know it today.

13 :
 Cf. B. Latour, “Ethnography of hightec : about the Aramis case”, in P. Lemonnier (ed), Technological Choices : Transformation in (...)

The second issue, engagement, is a more complicated one. If meaning-making is conceived as a multi-layered knotted process with many nodes interacting simultaneously and in time, with a messy figurative surface and more organized thematic structures underneath, the answer is clear : we are always in the middle of it, never at the end. Bruno Latour’s notion of translation is an appealing metaphor13. Technological ideas, objects and practices are translations of participants’ interests, knowledges and resources. Translations are not perfect, like translations from one language to another cannot be exact, but they are not arbitrary either. In the same way, the messy surfaces of mundane consciousness as well as the more organized surfaces of the consciousness of the podium, are translations of underlying interests, knowledges and resources that the participants have at their disposal to construct themselves as agents. What we as social scientists do is to translate these surfaces back, uncovering the ingredients of which they are constructed. The operation, again, is not perfect ; there is always a residue, a difference that results from the interpreter’s point of view. The distance is important : translating back is never only description. It constitutes an intervention to social processes, not commitment to points of view already existing. It is especially important in conditions like ours today, where underlying interests tend to get translated into symbolic forms that are disconnected from their source, like hate speech articulated in purely imaginary figurative surfaces of race, religion, gender and other similar distinctions.

The third issue raised in Landowski’s manifesto, that of taking a position in defence of the regime of adjustment as opposed to regimes of accidents, programmation and manipulation, should be seen in the context of justification of the modern social order. Here semiotic theory alone, although necessary, might not be sufficient. Since the Enlightenment critiques of Hobbesian utilitarianism, every generation of social scientists have attacked the model of calculative rationality that governs the regimes of programmation and manipulation. The meaning cum action turn in social theory and intellectual life in general in the 1980s was an index of a crisis in the critical awareness of the present in that period. Agency based on willing had ceased to be only a justifying ideal of the social order. Decades over the two hundred years since the French Revolution had been spent driving towards a social order based on voluntary co-operation between willing subjects. The state with its political structures and institutions, which had especially in Western Europe been an instrument in this process, now came to be seen as a constraint to it. Claims for agency based on will — its autonomy and authenticity — turned easily into neo-liberal political projects, of which we today see the consequences.

The question now is, do these claims need our support ? Are they not in themselves strong enough to resist programmation and manipulation by the system, or by whoever has the resources to control the regimes of action and the semiosis governing them ?

My answer is that Eric Landowski is right more than ever. Agency needs defence, but not against external threats. It needs to be defended against itself, against turning away from its emancipatory mission to a frustrated call for an Actor on behalf of “us”, a symbolized figurative surface constituted by imaginary oppositions, conspiracies and secret alliances, seducing actors with illusionary promises of defending their autonomy and authenticity as willing agents. In these interventions, neither semiotic theory nor social science can be efficient without each other.

Bibliography haut de la page

Archer, Margaret, Culture and Agency: The Place of Culture in Social Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

Boltanski, Luc and Laurent Thévenot, De la justification, Paris, Gallimard, 1991.

Bourdieu, Pierre and Loïc Wacquant, An Invitation to Reflexive Sociology, Oxford, Polity Press, 1992.

Giddens, Anthony, The Constitution of Society. Outline of the Theory of Structuration, Cambridge, Polity Press, 1984.

Greimas, Algirdas J. and E. Landowski (eds.), Introduction à l’analyse du discours en sciences sociales, Paris, Hachette, 1979.

Jackson, Bernard S., Making Sense in Jurisprudence, Liverpool, Deborah Charles Publications, 1996.

Landowski, Eric, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005.

Latour, Bruno, “Ethnography of hightec : about the Aramis case”, in P. Lemonnier (ed.), Technological choices : transformation in material cultures since the neolithic, New York, Routledge, 1993.

Sulkunen, Pekka, The European New Middle Class, Avebury, Aldershot, 1992.
— “The Consumer Society and the Social Bond: the Neoliberal Turn in Norway”, in P. Strandbakken and J. Grownow (eds.), Consumer Culture. Festrschrift to Eivind Sto, Oslo, Akker Publications, 2015.
The Saturated Society. With a New Foreword, University of Helsinki, 2016 (London, Sage, 2009).
— and J. Törrönen, “The production of values: The concept of modality in textual discourse analysis”, Semiotica, 113, 1/2,1997.
— and J. Törrönen, “Constructing speaker images. The problem of enunciation in discourse analysis”, Semiotica, 115, 1/2,1997.

Touraine, Alain, The Self-Production of Society [Production de la Societé]. Transl. by Derek Coltman, Chicago, University of Chicago Press, 1973.
Le retour de l’acteur, Paris, Fayard, 1984.

Notes - document 2 haut de la page

1  Luc Boltanski and Laurent Thévenot, De la justification, Paris, Gallimard, 1991.

2  Cf. Alain Touraine, The Self-Production of Society [Production de la Societé], Chicago, University of Chicago Press, 1973. Id., Le retour de l’acteur, Paris, Fayard, 1984.

3  Pierre Bourdieu and Loïc Wacquant, An Invitation to Reflexive Sociology, Oxford, Polity Press, 1992, pp. 121-122.

4  Anthony Giddens, The Constitution of Society. Outline of the Theory of Structuration, Cambridge, Polity Press, 1984.

5  Margaret Archer, Culture and Agency : The Place of Culture in Social Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

6  Cf. Alain Touraine, The Self-Production of Society, op. cit., p. 35.

7  Eric Landowski, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005.

8  P. Sulkunen, The Saturated Society. With a New Foreword, Helsinki, University of Helsinki, 2016 (London, Sage, 2009).

9  P. Sulkunen, The European New Middle Class, Avebury, Aldershot, 1992.

10  P. Sulkunen, “The Consumer Society and the Social Bond : the Neoliberal Turn in Norway”, in P. Strandbakken and J. Grownow (eds), Consumer Culture. Festrschrift to Eivind Sto, Oslo, Akker Publications, 2015. This study was based on auto-biographies written by key politicians and civil servants who had participated in political decisions to deregulate the financial markets in Norway and Finland.

11  Cf. P. Sulkunen and J. Törrönen, “The production of values : The concept of modality in textual discourse analysis”, Semiotica, 113, 1/2,1997.

12  Cf. Cf. P. Sulkunen and J. Törrönen, “Constructing speaker images. The problem of enunciation in discourse analysis”, Semiotica, 115, 1/2,1997, pp. 121-146. The key concept introduced in this article is that of “projection”. It refers to the positioning of the speaker / writer, and addressee of the narrative, within the narrative itself. The discourse is strategically constructed in such a way as to let its enunciator appear as a truth-seeking hero, opposed to anti-subjects responsible for errors or deceit. Such a discursive strategy is to be found both in the media and academic literature. See A.J Greimas and E. Landowski (eds.), Introduction à l’analyse du discours en sciences sociales, Paris, Hachette, 1979. It has also been analysed in the domain of forensic discourse : cf. B.S. Jackson, Making Sense in Jurisprudence, Liverpool, Deborah Charles Publications, 1996.

13  Cf. B. Latour, “Ethnography of hightec : about the Aramis case”, in P. Lemonnier (ed), Technological Choices : Transformation in Material Cultures since the Neolithic, New York, Routledge, 1993.

DOCUMENT III

Maria Cristina Addis
Université de Sienne

Le programmazioni dello spazio : aggiustamento e critica semiotica

1 :
 E. Landowski, « Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne », in M.C. Addis, G. Tagliani (eds.), Le immagini del controllo. (...)
2 :
Come osserva lo stesso Landowski nel saggio sopracitato, la celebre Actor Network Theory, che ha conosciuto una grande fortuna (...)

Il focus sulle « procedure di governo dei corpi » operato dalla prospettiva socio-semiotica di Eric Landowski riempie a mio avviso un grande vuoto nello spazio di contributo semiotico al dibattito culturale sulle forme di controllo e governo dell’individuo caratteristiche della contemporaneità1. Mentre l’interesse verso i meccanismi di enunciazione, secondo termini diversi e spessi impliciti, è pervasivo delle scienze umane e sociali a vocazione critica, il potenziale analitico della teoria attanziale è rimasto molto meno sfruttato. L’attenzione ai dispositivi discorsivi che regolano il rapporto fra sguardo e immagine è centrale all’interno della teoria dell’arte e del cinema, e l’obiettivo di mettere in luce le ideologie e assiologie espresse dai punti di vista previsti dalle rappresentazioni e auto-rappresentazioni e dalle pratiche culturali accomuna studi storiografici e antropologici, filosofici e psicanalitici. Viceversa, lo studio delle diverse funzioni attanziali che medesimi « soggetti » e « oggetti » sono suscettibili di assumere raramente sollecita attenzione al di fuori degli stretti confini della semiotica2.

3 :
 Abbiamo iniziato a lavorare su tale plesso teorico nel quadro dei lavori del seminario interdisciplinare di teoria e critica della (...)

Vorrei pertanto tentare di mettere a frutto il potenziale analitico del concetto di aggiustamento sul terreno delle relazioni fra spazialità e potere, nell’ipotesi che la teoria dell’interazione profilata da Landowski possa nutrire proficuamente un’analisi discorsiva della spazialità interessata a calare nella densità ed eterogeneità del vissuto l’interrogazione sulla dialettica fra « soggettività costituita » e « soggettività costituente » al centro degli studi foucauldiani sul rapporto fra individui e meccanismi di controllo3.

1. I posti del soggetto: spazio e soggettività

4 :
 M. Foucault, « Des espaces autres », in Architecture, Mouvement, Continuité,5, 1984 (tr. it. Spazi Altri. I luoghi delle eterotopie, (...)

Nel saggio Des espaces autres, Michel Foucault sottolinea il potere modellizzante della spazialità : anche nelle società in via di « liquefazione » come quelle contemporanee, definite da « relazioni di dislocazione » che assumono la forma di punti di snodo fra serie e flussi di « elementi umani », permangono secondo il filosofo alcune opposizioni percepite come date e intoccabili4. Spazio privato e spazio pubblico, spazio familiare e spazio sociale, spazio del lavoro e spazio del tempo libero, lungi dal ridursi a « quadrettare » un’estensione vuota e liscia, articolano e stratificano la densità dello spazio storico in cui quotidianamente prendiamo posto. La differenziazione spaziale non si limita a riflettere, riprodurre e trasmettere le categorie e i valori che rendono il mondo pensabile e praticabile nel quadro di una società storicamente situata, ma ognuno dei campi descritti dallo spazio richiede al soggetto diversi tipi di comportamento, dispone distinti sistemi di conferme e aspettative che modellano diversamente il nostro agire.

5 :
 « Des espaces autres », art. cit.

In particolare, le riflessioni foucauldiane portano l’attenzione sul fatto che l’efficacia modellizzante delle categorie spaziali non sarebbe possibile senza una funzione più generale, e logicamente anteriore, di passaggio e raccordo fra modelli di universo gli uni agli altri irriducibili. Treni, strade, cinema, spiagge, costituiscono di certo ambienti molto diversi fra loro, anch’essi regolati da norme specifiche o quanto meno da una generica etichetta, ma ciò non toglie che, rispetto alla società nel suo complesso, essi svolgano una funzione di « sosta provvisoria » « con cui si passa da un punto all’altro », e non solo, e non tanto, a livello di spostamento o stasi fisicamente intesi (non avrebbe senso, in questo caso, omologare la strada al caffè, il treno alla spiaggia), ma in termini propriamente discorsivi, come luoghi che neutralizzano provvisoriamente i campi valoriali dispiegati dai luoghi topici che scandiscono l’esistenza quotidiana — la casa e l’ufficio, il negozio e la fabbrica, la scuola e il circolo — e sospendono i ruoli attanziali ad essi associati, punteggiando il passaggio fra un « prender posto » e un altro5.

6 :
 Abbiamo tentato di analizzare in tali termini la meta vacanziera d’élite Costa Smeralda. Cfr. M.C. Addis, L’isola che non c’è. (...)

Benché le riflessioni foucauldiane sulle eterotopie non affrontino direttamente il problema biopolitico, esse dischiudono indicazioni centrali per un’analisi discorsiva della spazialità interessata al nesso fra le regole di distribuzione dei corpi che informano gli spazi sociali e le forme di soggettività e assoggettamento che vi si inscrivono. In primo luogo, lo spazio d’esistenza storica non è uno. Di per sé denso, eterogeneo e stratificato, lo spazio non si limita a dispiegare campi diversi in relazione paratattica fra loro, ma presuppone inoltre scarti, vuoti, luoghi all’apparenza alieni alla continuità in cui pur si inscrivono, che rispondono a funzioni strutturali che devono essere riconosciute e posizionate rispetto all’insieme. In secondo luogo, il soggetto non è uno. Non solo io si costituisce di volta in volta all’interno di relazioni inter-soggettive distinte e non necessariamente compatibili o congruenti, ma l’emergenza stessa di un ego presuppone la possibilità di assentarsi da sé6.

A quali condizioni un soggetto può non essere io ? A quali uno spazio conserva lo statuto di altro, e rispetto a cosa è altro ? Sulla scia degli interrogativi mossi dai « contro-luoghi » della società, una buona domanda da porsi in sede di ricerca socio ed etnosemiotica concerne il grado di « gioco » fra e all’interno degli spazi sociali, la possibilità, esibita, concessa o negata, di sposare valori e generi di interazione distinti ed eventualmente incompatibili, di « assentarsi » a dati ruoli tematici e attanziali e occupare, per quanto provvisoriamente, posizioni soggettive e spaziali più blande, sfrangiate e reversibili.

Il concetto di aggiustamento, a questo proposito, mi pare affinare su due fronti la presa analitica della teoria attanziale, consentendo di annodare insieme l’interrogazione estetica sulle forme della sensibilità e quella socio-antropologica sulle forme di gestione e governo degli individui. Il primo riguarda l’integrazione, operata dal modello landowskiano, della dimensione estesica e politica dell’esperienza nei termini di una più generale interrogazione sul valore assunto dall’altro e dall’alterità nell’esperienza di sé e del mondo. Il secondo, strettamente correlato al precedente, concerne la funzione del « Destinante », o in termini più astratti il rapporto fra l’azione e l’interazione fra soggetti e i valori perseguiti e istituiti attraverso simili agire e interagire.

Com’è noto, la teoria narrativa classica distingue due generi di relazioni fra attanti immanenti, quelle fra soggetto e oggetto di valore e quelle « comunicative » fra soggetti che si contendono, scambiano o « partecipano » un oggetto di valore, a loro volta sovra-determinate da quella fra un soggetto Destinatario e un soggetto Destinante, istanza trascendente garante del sistema di valori entro il quale azioni e interazioni assumono il loro senso. In tale quadro teorico, il modello landowskiano introduce alcune fondamentali distinzioni. In primo luogo, esso accoglie le funzioni attanziali individuate dalla teoria non come « tipologie » di relazioni intrinsecamente diverse, ma come modi distinti che qualunque rapporto fra persone o fra persone e cose è suscettibile di assumere. Una stessa azione — viaggiare in automobile, confezionare un artefatto, praticare una danza o uno sport — può essere vissuta come programmazione, mera esecuzione di una sequenza di operazioni miranti a raggiungere un obiettivo dato, o aggiustamento, valorizzazione dell’interazione stessa e dei suoi effetti trasformatori sulle parti in gioco, che trovano così « mutuo compimento ». Allo stesso modo, una stessa interazione affettiva, lavorativa o occasionale fra esseri umani può declinarsi come manipolazione, strategia per far sì che l’altro adotti una certa condotta che soddisfa un valore per me, o come occasione di reciproca trasformazione dei valori perseguiti e dei « punti di vista » assunti in funzione delle sollecitazioni dell’altro. Una simile differenza ricade nel rapporto fra soggetti immanenti che perseguono il valore e lo statuto dello stesso. Nel primo caso, i soggetti perseguono valori e ricoprono posizioni attanziali dati a priori, nel secondo viceversa essi emergono e si trasformano mediante l’interazione stessa.

In secondo luogo, per ognuno di tali rapporti il modello interazionale contempla i punti di vista di entrambi i poli, a prescindere dal fatto che essi coincidano o meno. Possono darsi relazioni in cui si fronteggiano opposti regimi di senso, fra colui che dota di senso l’altro quale oggetto di una programmazione (come ad esempio l’esecuzione di un piano bellico da parte di una cordata internazionale) e colui che reagisce risemantizzando l’agire dell’altro e integrandolo in un diverso regime di senso (come l’Armata Russa che profitta dello sfinimento dell’esercito napoleonico dovuto alla sua stessa avanzata). A livello più astratto, sul piano logicamente anteriore del sistema di valori a monte dell’azione, esso distingue di conseguenza fra un rapporto « supino » verso i valori dati e l’operazione di negarne la « datità ».

Il principale portato politico dell’interrogazione sulle forme di interazione messa a punto attraverso la nozione di aggiustamento ci sembra risieda in una simile capacità di sondare le linee di forza di un determinato campo discorsivo, ponendo l’attenzione sui modi e le operazioni attraverso cui determinati valori e determinate posizioni soggettive si istituiscono, conservano o rovesciano. In particolare, esso trae fino in fondo profitto dalla capacità discriminante del « minimum differenziale » articolato dalla cosiddetta « struttura elementare della significazione », elaborando ulteriormente i rapporti fra la « grammatica narrativa di superficie » e la « grammatica profonda », livello al quale si situano le ideologie e le assiologie di un determinato « universo di senso ». In virtù del privilegio accordato ai percorsi sintattici e alle operazioni di trasformazione e conversione di una posizione nell’altra, il modello consente di chiedersi non solo, e non tanto, quali sono le « forme della soggettività » caratteristiche di una data epoca o cultura, ma soprattutto quali sono le « condizioni discorsive » alle quali i soggetti si costituiscono a vicenda e quali i rapporti fra i valori che essi perseguono e il « campo di legalità » entro cui si inscrivono. In altri termini, l’aggiustamento consente di pensare alla trascendenza del valore come effetto di discorso, prevedendo per sua stessa costruzione le linee virtuali di trasformazione e disattesa di un ordine dato, e rendendo di conseguenza descrivibile il « margine di gioco » fra tecnologie di controllo e pratiche di emancipazione dalle stesse, o nei termini foucauldiani fra strategie di assoggettamento e pratiche di liberazione e di auto-costituzione soggettiva.

2. La società senza un fuori. Programmazione e individuazione

7 :
 M. Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Parigi, Gallimard, 1975 (tr. it. Sorvegliare e punire. Nascita della prigione, (...)

Com’è noto, nel celebre Sorvegliare e Punire. Nascita della prigione, Michel Foucault tenta di ricostruire la nascita di una tecnologia politica, la disciplina, in cui l’esercizio del controllo sociale è sempre meno ancorato a soggetti, luoghi e ruoli sociali specifici e circoscritti e sempre più affidato a un regime continuo e capillare di sorveglianza che dipende dalla capacità dello spazio di ripartire, discriminare e individuare univocamente i corpi e normarne le condotte7. Una figura architettonica, in particolare, è accolta da Foucault quale diagramma per eccellenza dello spazio disciplinare : il Panopticon, carcere criminale ideato dal giurista Jeremy Bentham alla fine del XVIII secolo.

Alla periferia una costruzione anulare ripartita in celle di uguali dimensioni, separate da spesse mura e dotate ognuna di due finestre, una ampia volta verso l’interno della costruzione e una più piccola esposta verso l’esterno, che permette alla luce di attraversare da parte a parte l’abitacolo ; al centro una torre tagliata da larghe finestre oscurate che si aprono sull’interno dell’anello, tali per cui chiunque si trovi al suo interno vede senza essere visto. La disposizione delle celle, ognuna di fronte alla torre centrale, impone al detenuto una visibilità assiale, e le mura che le separano nettamente le une dalle altre implicano una invisibilità laterale.

La « macchina per dissociare la coppia vedere / essere visti » allestita dal Panopticon mira a istituire e conservare una duplice dissimmetria attanziale, che interessa i due ordini di relazioni inter-soggettive individuati dalla teoria narrativa classica : quelle fra attanti-soggetto « simmetrici », che per quanto investiti di competenze diverse e animati da valori distinti ed eventualmente opposti partecipano di un medesimo spazio d’azione, e quelle, logicamente anteriori, fra un Destinatario e un Destinante del valore. Sul primo versante, la struttura di detenzione ideata da Bentham opera per evitare l’interazione fra soggetti e l’istituirsi stesso di un altro : il corpo recluso è altrettanto isolato percettivamente, cognitivamente e pragmaticamente dagli altri reclusi e che dall’eventuale controllore, laddove il campo di visione ritagliato dalla finestra assiale rifrange ogni tensione scopica e conoscitiva sul vetro scuro della torre, il cui sguardo cieco non è suscettibile di istituirsi in un tu.

8 :
 Sorvegliare e punire, op. cit., p. 209.
9 :
 Tale scarto è approfonditamente esplicitato in termini attanziali in E. Landowski, « Avoir prise, donner prise », Actes (...)

Sul secondo, il recluso così impossibilitato a costituirsi come soggetto di una comunicazione è sottomesso a un’interazione costante e senza interruzioni che lo istituisce come oggetto di sapere, corpo suo malgrado continuamente comunicante ma senza possibilità di negoziare il senso della propria azione o di misconoscere le categorie che inibiscono l’emergere di un senso diverso dalla conformità o meno del comportamento alla norma. Alla negazione di qualunque relazione con altri soggetti, corrisponde il rapporto continuo fra un attante ridotto a oggetto di visione e informazione, e un attante soggetto ridotto a capacità scopica e conoscitiva. La metafora teatrale adottata da Foucault — che paragona le celle a « tanti piccoli teatri in cui ogni attore è solo, perfettamente individualizzato e costantemente visibile »8 — mette efficacemente in luce il nodo fra due tecniche di assoggettamento correlate ma distinte : la programmazione transitiva che si esercita direttamente sui corpi, fondata sulla coercizione e la reclusione, che opera per isolamento e limitazione forzata della libertà d’azione del corpo, la manipolazione riflessiva indotta nel recluso dalla coscienza di essere costantemente suscettibile di visione e giudizio9. L’unico altro che si profila nel campo discorsivo disegnato dal Panopticon non è un soggetto ma il Destinante trascendente garante del valore e giudice dell’azione, che l’individuo dalla « solitudine forzata e scrutata » riproduce riflessivamente al suo interno, assumendo a un tempo il ruolo di destinante e destinatario di un’ingiunzione.

10 :
 Una proficua analisi attanziale delle dinamiche del « potere pastorale » è avanzata da Giacomo Tagliani in « Todo modo : la (...)

Il « governo dei corpi » e il « governo dell’anima » di cui il Panopticon costituisce la sintesi ideale manifesta un genere di potere che non è meno « trascendente » di quello ancorato al Re, al Capo o alla Divinità, ma che al contrario lavora contemporaneamente a sventare l’esperienza di interazione con l’altro e a differire in un altrove inaccessibile all’esperienza diretta lo spazio di istituzione e negoziazione inter-soggettiva del valore10.

11 :
  Cfr. a tale proposito E. Landowski, « Rischio e sicurezza nel mondo contemporaneo », Equilibri. Rivista di Geopolitica e Relazioni (...)
12 :
 Il modello landowskiano è messo efficacemente a frutto nelle ricerche di Francesco Galofaro dedicate ai nuovi spazi della psichiatria. (...)

Quest’ultimo aspetto caratterizza, com’è noto, quelle che Foucault designa come tecnologie « governamentali », ovvero quelle forme di controllo, caratteristiche delle società democratiche, che mirano alla normalizzazione dei valori sociali piuttosto che alla loro imposizione forzata11. Rimanendo sul terreno delle congiunture fra psichiatria e ordine sociale, prendiamo ad esempio la chiusura e dismissione dell’istituzione manicomiale sancita, nel quadro della giurisprudenza italiana, dalla storica legge 180 voluta da Franco Basaglia. Per quanto costituisca indubbiamente una vittoria del diritto, la chiusura dei manicomi non rimuove il plesso fondante della contenzione, ovvero il fatto che a certe condizioni un individuo può e deve essere considerato « non soggetto », non responsabile delle proprie azioni e non libero di scegliere la propria condotta12.

13 :
Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, manuale diagnostico e statistico dei disturbi mentali che vanta basi a-teoriche e (...)

A quali condizioni qualcosa di talmente complesso e stratificato come il comportamento umano smette di essere considerato l’espressione di un’intenzionalità, di un progetto eventualmente diverso dal quadro di aspettative entro cui viene accolto e giudicato, per divenire oggetto di diagnosi clinica ? Si tratta di domande tanto più impellenti nella misura in cui il redivivo scientismo conosciuto dall’odierno assetto dei saperi medico-psichiatrici tende ad escludere ulteriormente tali condizioni dal controllo inter-soggettivo e dal terreno di negoziazione del senso comune. In Storia della follia nell’età classica, Foucault riporta alcuni stralci dei registri del manicomio di Bicêtre datati 1650, ben prima che la follia divenisse a tutti gli effetti una malattia : dissoluto, imbecille, prodigo, infermo, cervello alterato, libertino, figlio ingrato, padre dissipatore, prostituta, insensato, sono alcune delle categorie alle quali vengono ascritti i diversi internati. Se scorriamo le voci delle diverse edizioni conosciute dal D.S.M., non molto è cambiato a livello di eterogeneità e commistione di criteri pragmatici, scientifici, morali13. Il fatto che solo nel 1972, alla settima ristampa della sua seconda edizione, l’omosessualità sia stata espulsa dalla classificazione psicopatologica, offre un indice più che significativo del grado di implicitazione delle più diverse norme sociali sotto l’egida della scienza esatta. Chi è legittimato a stabilire i criteri di osservazione e diagnosi ? Quale genere di saperi convocano o dovrebbero convocare ? Quali pericoli di prevaricazione e sopraffazione dell’alterità si celano nel giudizio di conformità alla norma, in un quadro che espunge dall’orizzonte scientifico, come non pertinente, la possibilità di discutere e valutare quelle stesse norme che fungono da criterio ? Queste domande, che scaturiscono direttamente dalla posizione limite del reo-folle, affettano più in generale le forme contemporanee di normalizzazione e conservazione dello status quo.

3. L’individuo senza un fuori. Sensibilità e controllo

14 :
 Com’è noto, il modello attanziale landowskiano inter-definisce i regimi della programmazione, l’incidente, la manipolazione e (...)

A questo proposito, il modello dell’interazione fondato sull’opposizione fra programmazione e aggiustamento offre un prezioso strumento di messa a fuoco dei punti di continuità e discontinuità fra le tecnologie di « costrizione dei corpi » e quelle di « governo dell’anima ». Nel quadro degli esempi e delle analisi che hanno nutrito la progressiva messa a fuoco dei rispettivi regimi di senso, l’opposizione fra i valori della regolarità e della sensibilità, della sicurezza e dell’insicurezza, fra i regimi dell’insignificante e del fare-senso ci sembrano riconducibili a un’opposizione più generale fra predeterminazione e apertura al possibile, fra senso dato e senso prodotto, e soprattutto all’operazione di trasformazione di un polo nell’altro14.

15 :
 Cfr. in particolare Rischiare…, op. cit.

La relazione fra due ballerini o judoka, quella adottata dai guerriglieri iracheni nei confronti del programma di distruzione messo in atto dalla Seconda Gerra del Golfo nel 2003 e quella profilata dalla filosofia politica di Mao-Tze Tung manifestano una medesima operazione di « arresto dell’incontrovertibile », di misconoscimento di qualunque sistema di valori estrinseco al potenziale di situazione espresso dall’hic et nunc dell’incontro15. Di fatto si tratta di due contraddittori, di una relazione privativa che oppone un valore positivo a un valore che manca di quella proprietà : l’aggiustamento nega una programmazione che lo precede, un ordine e una regola logicamente precedenti, di cui misconosce il tratto di ineluttabilità e necessità. Tale « memoria sintattica » del diagramma è particolarmente pertinente nei casi in cui la valorizzazione della contingenza, dell’imprevisto e della « sensibilità reattiva » all’ambiente è funzionale a strategie di normalizzazione dei valori di efficacia e prestanza produttiva.

16 :
 Cfr. M.C. Addis, « Forme d’aggiustamento : note semiotiche sulla pratica dell’Aikido », in A.C. de Oliveira (ed.), As (...)

In altra sede abbiamo tentato di leggere l’arte marziale giapponese Aikido quale modello pratico-teorico di un’interazione per aggiustamento16. Di fatto, la principale peculiarità di tale tecnica di difesa è quella di mirare a sospendere qualunque tipo di a-priori dell’azione, di addestrare il praticante a rinunciare a ogni sapere, volere e sentire che non derivi direttamente dall’interazione stessa. A fronte di un regime di programmazione in cui egli si trova suo malgrado coinvolto (niente è più emblematico in questo senso dell’attacco fisico), l’aikidoka reagisce integrando a suo volta l’aggressore in un nuovo regime di senso, che partecipa dei tratti dell’aggiustamento nella misura in cui la reazione consiste esclusivamente nell’aderire senza riserve alle potenzialità della situazione.

La lotta, per lo meno nella sua accezione comune, è evidentemente la figura per eccellenza di confronto polemico : essa prevede almeno due soggetti distinti i cui percorsi narrativi siano contrari (nel caso in cui entrambi aspirino allo stesso oggetto di valore) o contraddittori (nel caso in cui per uno dei due il valore in gioco consista nell’impedire la realizzazione del programma dell’altro). Altrettanto evidentemente, perché si possa parlare di polemica, la definizione modale del primo si definisce come contraddittoria rispetto a quella del secondo : il poter-fare dell’aggressore corrisponde al non-poter-fare dell’aggredito, e viceversa. In altri termini, noi siamo abituati a considerare la forza un valore esclusivo : dal punto di vista dell’attacco, è ciò che consente di operare una trasformazione (danneggiare l’altro) e congiungersi con un valore euforico ; dal punto di vista della difesa, è ciò che permette di conservarlo. In entrambi i casi, i due partner concordano con il fatto che alla mia forza corrisponde una non forza dell’altro, che più intenso è il mio poter-fare meno lo sarà il suo.

L’aikido mira a scardinare tale abitudine narrativa, integrata tanto al nostro immaginario che al nostro schema corporeo : sia che si adoperi per innescare una trasformazione, sia che tenti di conservare uno stato, il soggetto si sta opponendo allo « stato delle cose », ed è questa iniziativa unilaterale in quanto tale, che corrisponde a una visione ego-centrica del valore in gioco, a venire riconfigurata. L’interazione violenta viene infatti ridefinita attraverso una diversa distribuzione del valore modale : all’interno del nuovo « racconto » la forza che non è più un valore esclusivo ma partecipabile ; una volta liberata, essa non appartiene a nessuno, è un valore a disposizione di chi è in grado di sposarne le determinazioni. Di conseguenza, la competenza adeguata non sarà più un saper fare, ma un saper sentire, ovvero la capacità di mettersi in condizioni di « sposare la situazione ». La forza, in quanto figura di un poter-fare esclusivo in antagonismo con un poter-fare contrario, attiva un percorso somatico di « preparazione all’azione » ; al contrario l’energia, cui è sottesa una concezione del poter-fare partecipabile, pone l’accento sullo stato presupposto all’attualizzazione di qualsiasi programma, lo stato virtuale, valorizzato come la condizione ottimale per congiungersi con un poter-fare che si offrirà come esito dell’interazione stessa.

17 :
 G. Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », Pourparlers (1972-1990), Parigi, Minuit, 1990, pp. 240-247.

I percorsi narrativi e valoriali tracciati dall’aikido mostrano un esempio emblematico di aggiustamento, e allo stesso tempo una simile valorizzazione della contingenza e della sensibilità reattiva avvicina pericolosamente l’aggiustatore-aikidoka al soggetto plastico indotto secondo Gilles Deleuze dalle « società del controllo »17. Nel celebre saggio, esplicita chiosa alle ricerche foucauldiane, il filosofo teorizza un’ulteriore evoluzione del governo biopolitico imperniata sulla « fluidificazione » degli spazi e dei ruoli che scandiscono lo spazio sociale, che consumerebbe l’assoggettamento delle « potenzialità e abilità » dei corpi, comprese quelle irriflesse del piacere e della propriocezione, ai fini della produzione. Laddove le società disciplinari procedono per reclusione e individuazione e trovano nella fabbrica il proprio dispositivo esemplare, le seconde, di cui l’impresa costituisce l’apparato paradigmatico, procedono per differimento illimitato fra l’io e il qui attuali e l’io e il qui simulacrali prefigurati dagli obiettivi incrementali di una produttività generalizzata, che investe pervasivamente l’insieme dei domini dell’esperienza. Salario al merito, gerarchia piramidale fondata su obiettivi e traguardi incrementali, sollecitazione costante e continua all’ottimizzazione delle proprie prestazioni, predispongono una forma di assoggettamento di cui è emblema, secondo Deleuze, la pratica del surf, nei termini del rapporto al mondo di un individuo preso in un circuito riflessivo di adattamento continuo e in procinto di riconfigurarsi costantemente alle determinazioni aleatorie e in perenne variazione di un ambiente liscio e amorfo, che non consente di capitalizzare diritti o lasciare tracce. Che rapporti si danno fra il surfista deleuziano che perde la possibilità di progettazione e di distanza riflessiva da sé e dal mondo, e l’aikidoka o sciatore, danzatore, automobilista landowskiano, che proprio nell’adesione alle potenzialità sensibili del qui e ora trova nella simmetria e reversibilità di ruoli fra agito e agente il proprio compimento e la propria realizzazione in quanto soggetto ?

18 :
 Abbiamo tentato di riflettere più in generale sulla dimensione biopolitica delle tecniche di costruzione del « corpo (...)

Una simile interrogazione è convocata dal costume, diffusosi fra le grandi società multinazionali di servizi almeno a partire dalla metà degli anni Novanta, di destinare a dipendenti e quadri dirigenziali corsi e seminari « anti-stress » e di « team-building » che si avvalgono di pratiche psico-corporee — yoga, tai-chi, lo stesso aikido, più spesso pratiche olistiche esito dell’incrocio di più filosofie e pratiche orientali — al fine di contrastare gli effetti negativi dell’alienazione e di dissolvere conflitti e contrasti fra colleghi e fra subordinati e superiori all’interno di un comune e generale « spirito di squadra » attorno ai valori e gli obiettivi dell’impresa18.

A prescindere dalle (grandi) differenze fra ognuna di tali pratiche, l’intera vulgata new age muove da una generica condanna alla « ragione occidentale ». « Noi siamo sempre stati abituati a… », « noi utilizziamo solo il 10 % della nostra energia… », « il nostro corpo è molto più intelligente di noi… », i leitmotiv degli insegnanti occidentali di pratiche orientali puntano a ricondurre ogni genere di valore disforico a un « errore semiotico » dovuto alla « cattiva programmazione » esercitata sul soggetto contemporaneo da millenni di cultura occidentale. Di fatto, gli effetti ricercati attraverso sedute di bio-danza o body-mind centering, di meditazione dinamica o catarsi collettiva non sono apparentemente diversi da quelli filosofico-esistenziali perseguiti dalle pratiche originarie da cui prendono spunto gli esercizi e i giochi che i dipendenti sono invitati a condividere : sospensione dell’io giudicante, come definiscono i maestri di yoga la coscienza riflessiva, coltivazione di uno stato di « ascolto » sensibile, neutralizzazione dell’antagonismo a favore di un comune potenziale energetico.

19 :
 Sulle procedure di condizionamento sociale sottese alle tecniche contemporanee di « cura del corpo », cfr. Maria Pia Pozzato, « Le (...)

Evidentemente, a un certo livello, ogni pratica e ogni tesi filosofica istituiscono i propri soggetti e oggetti, e non si possono paragonare direttamente l’esperienza sportiva e il valore che essa assume nell’economia esistenziale del praticante19. Ciò non esclude, tuttavia, la legittimità di interrogarne la funzione in rapporto all’insieme degli spazi sociali, e in particolare a partire dall’opposizione fra spazi supposti contrari. Al netto dello scarto, evidente, fra una pratica sportiva e una metafora filosofica attinta al mondo dello sport, la differenza risiede nella valenza mitico-estetica delle pratiche analizzate da Landowski, valenza che non è semplicemente un dato sociologico ma una posizione discorsiva di arresto e sospensione dei determinismi che informano e affettano l’esistenza storica.

Come abbiamo introdotto nel paragrafo precedente, l’attenzione alla dimensione sintattica del modello landowskiano porta a riconoscere nell’opposizione fra programmazione e aggiustamento il rapporto fra un valore « dato » e « certo » e l’operazione di negarne la « datità » e la « certezza » : da questo punto di vista, la sola valorizzazione della contingenza e della sensibilità nel quadro dell’interazione non è garanzia di rinnovo del valore e del senso, ma può sinistramente convertirsi in strategia di conformazione.

20 :
 Ci riferiamo alla celebre opposizione fra strategie e tattiche elaborata in particolare in M. de Certeau,  L’invention du quotidien 1. (...)

Le azioni e i ruoli ludici, a differenza di quelli afferenti alla « vita vera », godono di un generale statuto di inefficacia, sono inter-soggettivamente riconosciuti come privi di conseguenze dirette su ciò che siamo, sui nostri rapporti con gli altri, col mondo e con le cose. Come messo in evidenza dagli studi foucauldiani sugli spazi altri, una tale interruzione « delle cause e degli effetti » assolve a una funzione esistenziale costitutiva degli esseri culturali, che in forme e modi molto eterogenei informa ogni società. Da questo punto di vista, l’integrazione di pratiche psico-motorie di riconfigurazione propriocettiva all’interno dei programmi di risorse umane dell’impresa dissolve l’opposizione stessa fra agire economico e agire estetico, fra spazio del dovere e spazio del volere, fra calcolo razionale e sensibilità irriflessa all’interno di una medesima « macchina » di ottimizzazione delle prestazioni produttive. Il dipendente che esperisce gli effetti eventualmente piacevoli o benefici della riconfigurazione propriocettiva (e che è sempre suscettibile, come insegna Michel de Certeau20, di rispondere alle strategie di assoggettamento con tattiche di risemantizzazione e subordinazione della « proposta » dell’impresa ai propri fini) rimane il bersaglio, seppur virtuale, di una programmazione. L’agire ludico-estesico, piuttosto che disattendere le logiche dell’agire economico, le sovra-determina. I partecipanti che la pratica psico-motoria pone tutti sullo stesso piano, partner simmetrici di un’esperienza sensibile di conversione del senso di conflitto e resistenza agli eventi in « energia » e partecipazione collettiva al qui e ora della nuda presenza, sono gli stessi soggetti legati da rapporti sociali gerarchici e definiti da strette norme economiche. Il « gioco » è supposto istituire continuità, piuttosto che discontinuità, fra spazio delle relazioni dovute e dei valori dati a monte e spazio delle relazioni scelte e dei valori prodotti durante l’interazione : il Destinante defigurativizzato, ridotto a mera funzione, di cui la torre del Panopticon è figura discorsiva, è definitivamente espulso dal campo inter-attanziale e dissolto in un unico e onnicomprensivo orizzonte valoriale che elimina la pertinenza stessa di una posizione soggettiva fuori campo, di disattesa e misconoscimento dello status quo.

A una prima lettura, la nostra succinta analisi sembrerebbe rilevare un’ambiguità del concetto di aggiustamento. Di fatto, al contrario, tale concetto è estremamente preciso, tanto da consentire di cogliere che l’ambiguità risiede nella traduzione occidentale delle pratiche orientali operata dal « new age ». Fra i dipendenti cinesi che a un certo punto della giornata sospendono le mansioni lavorative e praticano, insieme o individualmente, il tai-chi, e i dipendenti occidentali invitati dall’azienda a « occuparsi del proprio equilibrio psico-fisico », c’è un abisso : nel primo caso i praticanti partecipano da sempre di una comune « filosofia di vita », nel secondo sono invitati a sposare una comune « filosofia aziendale ». Nel quadro del rapporto fra « spazio del lavoro » e « spazio della cura », tutto dipende dal « taglio » dell’analisi e del livello a cui essa si situa : uno stesso genere di interazione per « unione » può manifestare un’operazione di programmazione o di aggiustamento a seconda che vi sia continuità o discontinuità fra il Destinante dei valori previsti dall’azione di produrre e il Destinante dei valori previsti dall’azione di sospendere le « programmazioni sociali » ed esperire un’interazione regolata dalla simmetria e reversibilità delle posizioni dei soggetti coinvolti.

Da questo punto di vista, il fenomeno di integrazione di tali pratiche all’interno dei programmi di risorse umane delle grandi imprese multinazionali sembra particolarmente interessante, perché obbliga a mettere in rapporto due questioni che in linea di principio sono indipendenti e autonome, la prima riguardante le forme della sensibilità e la seconda le forme del controllo. Il modello interazionale, in virtù soprattutto della valorizzazione della dimensione sintattica della semiosi e dei percorsi che convertono un polo valoriale nell'altro, risulta particolarmente efficace al fine di « disimplicare » un simile nodo e pensare insieme l’interazione fra attanti « immanenti » e l’interazione fra ognuno degli attanti e il sistema di valori sotteso all’azione e all’interazione.

21 :
 E. Landowski, « Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen », in M. Hellman (...)
22 :
 A. Badiou, A la recherche du réel perdu, Parigi, Fayard, 2015 (tr. it. Alla ricerca del reale perduto, Milano, Mimesis, 2016).
23 :
 M. Foucault, L’archéologie du savoir, Parigi, Gallimard, 1969 (tr. it. L’archeologia del sapere, Milano, Rizzoli, 1971).

Come ben sottolineato da Landowski21, il rilancio di una finalità etica e politica delle scienze umane e sociali accomuna studiosi tanto diversi come Edgar Morin e Alain Badiou, il quale arriva a sostenere l’inaudito di una filosofia votata alla « felicità dell’uomo », la cui funzione ultima sia rendere pensabile l’impensabile e ricondurre l’ineluttabile al possibile22. Concordo appieno sul fatto che lo sguardo semiotico possa contribuire a questo stesso fine senza tradire, ma anzi compiendo fino in fondo la sua vocazione all’intelligibilità. Di fronte alla dichiarata « liquidità » delle società contemporanee, del collasso di ordini sociali condivisi e categorie e valori univoci, è forse utile una ratio di grana più fine, che sospenda il giudizio a favore della comprensione, che installi il dubbio che anche i concetti di liquidità, flusso, continuum non siano che meta-termini, categorie da misurarsi sulla base dell’intelligibilità che introducono nei fenomeni su cui vertono piuttosto che sulla bontà filosofica, o dossologica, delle loro formulazioni. E per pensare la complessità è parimenti necessaria una teoria del soggetto anch’essa libera dalla dicotomia che oppone l’individuo condizionato e succube di modelli imposti che ne anestetizzano coscienza e capacità di giudizio a colui che abbraccia entusiasta la condizione di perpetua reversibilità io-mondo cantata dai fautori della vulgata post-moderna. Da questo punto di vista, la semiotica è forse la disciplina che meglio è in grado di rispondere al richiamo foucauldiano a « mettere fuori gioco le continuità irriflesse con cui si organizza in anticipo il discorso che si vuole analizzare »23, ovvero a sollecitare in immanenza l’eterogeneità dei fatti di cultura, e ritengo che avveri il suo fine più alto quando riesce a contribuire al progetto collettivo di rendere la complessità culturale pensabile affinché sia trasformabile.

Riferimenti bibliografici haut de la page

AA.VV., Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders: DSM-IV-TR, American Psychiatric Publications, 1ª ed: 1952.

Addis, Maria Cristina, « Forme d’aggiustamento : note semiotiche sulla pratica dell’Aikido », in A.C. de Oliveira (ed.), As Interações Sensíveis. Ensaios de sociossemiótica a partir da obra de Eric Landowski, San Paolo, Estação das Letras e Cores, 2013.
L’isola che non c’è. Sulla Costa Smeralda, o di un’u-topia capitalista, Bologna, Esculapio, 2016.
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— « Rischio e sicurezza nel mondo contemporaneo », Equilibri. Rivista di Geopolitica e Relazioni Internazionali, 3, 2013.
— « Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen », in M. Hellman et al. (eds.), Beyond the sociological imagination : A Festschrift in Honour of Professor Pekka Sulkunen, Helsinki, University of Helsinki, 2016.
— « Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne », in M.C. Addis, G. Tagliani (eds), Le immagini del controllo. Visibilità e governo dei corpi, Carte Semiotiche Annali,4, 2016.

Petitimbert, Jean-Paul, « Entre l’ordre et le chaos : la précarité comme stratégie d’entreprise », Actes Sémiotiques, 116, 2013.

Pozzato, Maria Pia, « Le gymnase paléolithique. Machines et corps dans le fitness contemporain », Actes Sémiotiques, 118, 2015.

Tagliani, Giacomo, « Todo modo : la pastorale del potere », in M. Serra (ed.), En torno a la semiotica de la cultura, Madrid, Fragua, 2012.

Notes - document 3 haut de la page

1  E. Landowski, « Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne », in M.C. Addis, G. Tagliani (eds.), Le immagini del controllo. Visibilità e governo dei corpi, Carte Semiotiche Annali, 4, 2016.

2 Come osserva lo stesso Landowski nel saggio sopracitato, la celebre Actor Network Theory, che ha conosciuto una grande fortuna nell’ambito della sociologia delle scienze, si impernia di fatto su alcuni principi elementari della teoria narrativa, senza che tale perno teorico venga esplicitato e messo del tutto a frutto. Simili osservazioni possono farsi a proposito dell’altrettanto fortunato concetto di agency elaborato da Alfred Gell, che riconosce agli « oggetti tecnici » la capacità di costituirsi in soggetto e di agire cognitivamente e patemicamente sul fruitore. Cfr. A. Gell, Art and Agency : An Anthropological Theory, Oxford, Clarendon, 1998.

3  Abbiamo iniziato a lavorare su tale plesso teorico nel quadro dei lavori del seminario interdisciplinare di teoria e critica della cultura Siena e il suo doppio. Percorsi nel passato e letture del presente al San Niccolò città dei matti, organizzato nel 2015 dal Centro di Semiotica e Teoria dell’Immagine Omar Calabrese in occasione del quarantennale della prima edizione di Sorvegliare e punire. Nascita della prigione di Michel Foucault. Il progetto, che ha coinvolto una rete di soggetti accademici, gruppi di ricerca e associazioni culturali cittadine, ha tentato di calare gli interrogativi filosofici inaugurati dalla prospettiva disciplinare foucauldiana nel quadro dei dati e dei materiali d’archivio conservati dall’ex cittadella manicomiale senese, il San Niccolò, con l’obiettivo di sviluppare una riflessione collettiva attorno ai concetti di normalità e devianza. Parte di tali ricerche sono confluite in M.C. Addis, G. Tagliani (eds.), Le immagini del controllo, op. cit.

4  M. Foucault, « Des espaces autres », in Architecture, Mouvement, Continuité,5, 1984 (tr. it. Spazi Altri. I luoghi delle eterotopie, Milano, Mimesis, 2001).

5  « Des espaces autres », art. cit.

6  Abbiamo tentato di analizzare in tali termini la meta vacanziera d’élite Costa Smeralda. Cfr. M.C. Addis, L’isola che non c’è. Sulla Costa Smeralda, o di un’u-topia capitalista, Bologna, Esclulapio, 2016.

7  M. Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Parigi, Gallimard, 1975 (tr. it. Sorvegliare e punire. Nascita della prigione, Torino, Einaudi, 1976 e 1993).

8  Sorvegliare e punire, op. cit., p. 209.

9  Tale scarto è approfonditamente esplicitato in termini attanziali in E. Landowski, « Avoir prise, donner prise », Actes Sémiotiques, 112 , 2009 (tr. it. « Avere presa, dare presa », Lexia, 3, 2009) e in E. Landowski, « Pièges… », art. cit.

10  Una proficua analisi attanziale delle dinamiche del « potere pastorale » è avanzata da Giacomo Tagliani in « Todo modo : la pastorale del potere », in M. Serra (ed.), En torno a la semiotica de la cultura, Madrid, Fragua, 2012.

11   Cfr. a tale proposito E. Landowski, « Rischio e sicurezza nel mondo contemporaneo », Equilibri. Rivista di Geopolitica e Relazioni Internazionali, 3, 2013.

12  Il modello landowskiano è messo efficacemente a frutto nelle ricerche di Francesco Galofaro dedicate ai nuovi spazi della psichiatria. Cfr. in particolare F. Galofaro, Dopo Gerico. I nuovi spazi della psichiatria, Esculapio, Bologna, 2015, e id., « Estraniamento e de-programmazione. Analisi etnosemiotica di un servizio psichiatrico autogestito », in M.C. Addis, G. Tagliani (eds.), Le immagini del controllo, op. cit., 2016.

13 Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, manuale diagnostico e statistico dei disturbi mentali che vanta basi a-teoriche e meramente nosologiche. Il manuale, oggi adottato internazionalmente, redatto per la prima volta nel 1952 dall'American Psychiatric Associatione arrivato nel 2013 alla V edizione.

14  Com’è noto, il modello attanziale landowskiano inter-definisce i regimi della programmazione, l’incidente, la manipolazione e l’aggiustamento rispettivamente fondati sulle meta-valorizzazioni, nella relazione con l’Altro, della regolarità, il caso, l’intenzionalità, la sensibilità. Cfr. in particolare E. Landowski, Passions sans nom. Essais de socio-sémiotique III, Parigi, PUF, 2004, e id., Les interactions risquées, Limoges, Pulim (tr. it. Rischiare nelle interazioni, Milano, FrancoAngeli, 2010). In questa sede ci riferiremo in particolare al « diagramma del rischio » elaborato in Rischiare nelle interazioni, p. 85.

15  Cfr. in particolare Rischiare…, op. cit.

16  Cfr. M.C. Addis, « Forme d’aggiustamento : note semiotiche sulla pratica dell’Aikido », in A.C. de Oliveira (ed.), As Interações Sensíveis. Ensaios de Sociossemiótica a partir da obra de Eric Landowski, San Paolo, Estação das Letras e Cores, 2013.

17  G. Deleuze, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », Pourparlers (1972-1990), Parigi, Minuit, 1990, pp. 240-247.

18  Abbiamo tentato di riflettere più in generale sulla dimensione biopolitica delle tecniche di costruzione del « corpo dell’impresa » in M.C. Addis, G. Tagliani, « The Wolf of Wall Street : Sopravvivere nello stato di natura », Eu-topías. Rivista di interculturalità, communicazione e studi europei, 9, 2015. Sui rapporti fra strategie d’impresa e il regime interazionale dell’aggiustamento, cfr. J.-P. Petitimbert, « Entre l’ordre et le chaos :  la précarité comme stratégie d’entreprise », Actes Sémiotiques, 116, 2013.

19  Sulle procedure di condizionamento sociale sottese alle tecniche contemporanee di « cura del corpo », cfr. Maria Pia Pozzato, « Le gymnase paléolithique. Machines et corps dans le fitness contemporain », Actes Sémiotiques, 118, 2015.

20  Ci riferiamo alla celebre opposizione fra strategie e tattiche elaborata in particolare in M. de Certeau,  L’invention du quotidien 1. Arts de faire, Parigi, UGE, 1980 (tr. it. L’invenzione del quotidiano, Roma, Edizioni Lavoro, 2001).

21  E. Landowski, « Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen », in M. Hellman et al. (eds), Beyond the sociological imagination : A Festschrift in Honour of Professor Pekka Sulkunen, Helsinki, University of Helsinki, 2016.

22  A. Badiou, A la recherche du réel perdu, Parigi, Fayard, 2015 (tr. it. Alla ricerca del reale perduto, Milano, Mimesis, 2016).

23  M. Foucault, L’archéologie du savoir, Parigi, Gallimard, 1969 (tr. it. L’archeologia del sapere, Milano, Rizzoli, 1971).

DOCUMENT IV

Claude Calame
Paris, EHESS

Pour une sémiotique anthropo- et éco-poiétique

1 :
 https://www.iom.int/fr/news/725-deces-de-migrants-en-plus-dans-la-mediterranee-par-rapport-lannee-derniere.

Selon la triste statistique tenue par l’Organisation Internationale pour les Migrations, 3771 exilés et exilées sont morts ou portés disparus en Méditerranée durant la seule année 2015. En 2014, on avait recensé 3270 décès et pour 2016 ce sinistre chiffre s’élève déjà à 3151 à la date du 4 novembre1. Les causes de cette hécatombe sont connues : la fermeture disciminatoire des frontières de l’Union européenne aussi bien aux « réfugiés » (qui, dans un premier temps, sont des demandeurs d’asile suceptibles d’être expulsés) qu’aux « migrants » (d’un terme dont on a détourné le sens pour classer sous cette étiquette péjorative toutes celles et ceux que l’on identifie globalement comme « migrants économiques »).

1. « Ressources naturelles », « ressources humaines »?

Après des parcours incertains et chaotiques jusqu’aux rives orientales ou méridionales de la Méditerranée, après les violences subies (en particulier par les enfants et les femmes) dans des trajets où ils sont soumis à chantages et rackets, après le recours contraint aux improbables embarcations des passeurs pour une (coûteuse) traversée maritime à haut risque, les exilés provenant en majorité d’Erythrée, du Soudan et d’Afrique de l’Ouest sont contraints à l’enregistrement en Italie. Quant à celles et ceux qui d’Afghanistan, d’Irak et désormais de Syrie parviennent finalement en Grèce, elles et ils sont confrontés aux « hotspots » imposés dès la fin de l’été 2015 (par la volonté d’Angela Merkel et de François Hollande) à un pays économiquement et socialement lui-même fortement précarisé ; il subit de plein fouet les effets des trois plans d’austérité successifs imposés par la Commission européenne, la Banque centrale européeenne et le Fonds Monétaire International, accusant les conséquences destructrices d’une dette souveraine en partie illégitime et insoutenable. C’est ainsi que les centres d’accueil des îles grecques de Lesbos et de Chios ont été transformés en centres de rétention fermés ; dans des conditions de promiscuité et d’insalubrité avancées ce sont de fait des camps de concentration, mais qu’on refuse de donner comme tels. Et cela pour ne pas parler des Africains qui sont confrontés aux barrières sécurisées de Ceuta et de Melillla ; devenues infranchissables, elles soumettent les migrants et les migrantes qui s’y confrontent à la féroce répression de la police marocaine.

Et pour celles et ceux qui, au prix des violences physiques et psychiques que l’on sait, sont parvenus en Espagne, en Italie ou en Grèce, la course d’obstacles au péril de leur vie n’est pas terminée. Si les pays de l’est de l’Europe, de la Macédoine à l’Autriche en passant par la Bulgarie, la Hongrie et la Slovénie ont barricadé leurs frontières en fermant ainsi la « route des Balkans », des pays comme la France ou la Suisse acceptent des externalisations internes de la frontière de pays tiers. La France retient, réprime, frappe d’Obligation de quitter le territoire français (OQTF), isole en Centres d’accueil et d’orientation (CAO), puis enferme en Centres de rétention administrative (CRA) et expulse les exilées et les exilés qui, hommes, femmes et enfants, tentent de rejoindre l’Angleterre depuis le Pas-de-Calais ou depuis Paris ; la Suisse quant à elle refuse d’être un « pays de transit » et refoule en Italie les réfugiés et migrants désireux de rejoindre des membres de leur famille en Allemagne, pour les mineurs au mépris du droit international de l’enfant. Les uns et les autres sont condamnés à des campements précaires, « jungles » bientôt renaissantes à Calais, ponts du métro aérien à Paris, abords de la gare à Côme, dans une promiscuité, des conditions d’hygiène et une précarité matérielle et psychique indignes de tout être considéré comme humain.

Il ne s’agit plus de racisme, ni au sens racial et traditionnel du terme, ni au sens « culturel » incarné par exemple dans l’islamophobie ou dans l’antisémitisme. Mais on affronte une discrimination radicale. Par la réduction à la plus entière des précarités, par évacuations, expulsions et renvois en « vols spéciaux », c’est la qualité d’humain qui est niée — la qualité d’humain d’hommes, de femmes et d’enfants qui, pour seul tort, cherchent à fuir les destructions entraînées par des guerres en général soutenues, sinon menées par les pays occidentaux, quand ce ne sont pas des conditions de misère extrême. S’il ne peuvent pas les exploiter au titre de « ressources humaines » comme ils le font des « ressources naturelles », le néo-capitalisme mondialisé et le national-libéralisme rejettent au rang de sous-humains celles et ceux qu’ils ont contribué à appauvrir et à exclure.

2. Sémiotique, analyse des discours, anthropologie culturelle

2 :
 F. de Saussure, Cours de linguistique générale (1915), Paris, Payot, 1972, p. 33.

Et la sémiotique, sinon la socio-sémiotique dans tout cela ? La sémiotique entendue par exemple au sens où Ferdinand de Saussure proposait de définir la sémiologie : « On peut donc concevoir une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale ; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale ; nous la nommerons sémiologie (du grec semeîon, “signe”) (…) »2. Et c’est bien de cela que, fondamentalement, il s’agit.

2.1. Une pragmatique des discours

D’un côté, la langue ou plutôt une capacité langagière, une compétence verbale partagée par les hommes, réalisée en paroles, en des langues comme systèmes sémiotiques très différenciés, réalisés en paroles, en énoncés ; de l’autre, les pratiques sociales et culturelles parmi lesquelles les pratiques discursives dans des conjonctures historiques, institutionnelles et sociales singulières. Ainsi donc, de la manière la plus schématique qui soit, l’équation « discours = texte + contexte », en remarquant que « texte » ne peut être pris ici que dans son sens étymologique de tissu verbal oral correspondant à une pratique langagière dans un contexte sociale et culturel particulier ; par le recours à un système de signes spécifique, cet entrelacs langagier peut recevoir une expression écrite.

Les relations entre les manifestations langagières comme pratiques et les communautés des hommes où elles déploient leurs effets sont à l’évidence complexes. Pour les approches critiques, d’un côté il y a donc la linguistique, entendue non pas comme une linguistique de la phrase mais en tant qu’analyse des discours : des formes discursives approchées non seulement dans leur développement syntaxique et sémantique, mais aussi dans leurs effets de sens et par conséquent dans leur pragmatique. Par ailleurs, les conséquences pratiques de la pragmatique des discours impliquent des sociologies et, en ce qui me concerne, des anthropologies ; elle sont susceptibles d’en déployer les insertions institutionnelles, les fonctions politiques (au sens large du terme) et les actions sociales et culturelles.

2.2. La Grèce classique en ses formes poétiques : un culture autre

Mais si d’un côté sémiotique il y a, pourquoi l’anthropologie de l’autre ? C’est que, aux yeux de l’helléniste stimulé par ses lectues des compositions de poètes tels Pindare, Sappho ou Alcman, la Grèce des poèmes et chants méliques et tragiques est rapidement apparue comme une culture autre, à la fois distante et proche — non pas d’une altérité radicale, mais à l’écart des dichotomies structuralistes telles que « le même vs l’autre » (un autre parfois honoré d’une majuscule…), dans des différences qui stimulent la réflexion critique sur le présent.

3 :
 Cf. A.J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette,1979, pp. 244-247.
4 :
 Ibid., pp. 197-199.

Pour la Grèce antique, la confrontation de sciences humaines est essentiellement avec des textes, assortis de quelques images. Les « mythes » d’abord, abordés dans un premier temps comme récits, dans leur syntaxe narrative articulée selon un schéma « canonique » qui de la manipulation à la sanction en passant par la compétence et la performance conduit à en identifier les positions actantielles (Sujet – Objet, Destinateur – Destinataire)3. Or, dans leur articulation syntaxique, dans une progression narrative désormais identifiée comme tension, ces positions actantielles correspondent pour chaque récit (encore considéré comme mythique) à différentes figures ; ces figures renvoient à des éléments de sens et plus généralement à des valeurs, culturellement marquées : la figure d’Achille, celle d’Œdipe, la belle Hélène ou l’indomptable Antigone en relation avec des dieux tels Apollon, Athéna ou Zeus, avec leurs profils propres et leurs motivations respectives, s’insérant dans une anthropologie indigène, d’ordre poétique et d’ordre culturel. Dans le développement narratif se dessinent ainsi ces lignes de déploiement d’une matière sémantique, ces registres sémantiques que sont les isotopies, dans l’entrelacs que tisse souvent un poète par le biais de jeux métaphoriques4. Comme représentations opératoires de la densité poétique et culturelle du sens, les isotopies peuvent se substituer à des structures profondes qui articuleraient le sens en « carrés sémiotiques » dans la combinaison entre couples de contraires et couples de contradictoires : laissons à une pensée structuraliste très spéculative la logique binaire qui les sous-tend.

Mais en Grèce antique le développement de l’intrigue du récit héroïque débouche souvent sur l’institution d’un rite ; ainsi en va-t-il par exemple du destin d’Hippolyte qui, tué par la volonté d’Aphrodite en raison de sa dévotion exclusive à Artémis, sera honoré par la dédicace prématrimoniale de chœurs de jeunes filles dans une tragédie se développant, dans le croisement des rôles sociaux de sexe, selon l’isotopie du désir érotique de la jeune fille et de la femme adulte. Dans le jeu de l’aitiologie, le développement narratif débouche donc sur la pratique rituelle. De l’ordre du discours et par le discours en acte on passe à l’ordre de la pratique sociale et culturelle.

5 :
 Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale 2, Paris, Gallimard, 1974, pp. 67-78 et 79-88.
6 :
 Cl. Calame, Qu’est-ce que la mythologie grecque ?, Paris, Gallimard, 2015, pp. 77-107.

Et c’est ce mouvement que l’on retrouve quand on passe de l’ordre du « récit », avec sa narration à la troisème personne pour une action située dans le passé et située en un lieu éloigné, à celui du « discours » marqué par le recours à l’« appareil formel de l’énonciation » : première et deuxième personnes, ici et maintenant — pour reprendre les deux catégories opératoires distinguées par Emile Benveniste5. Aussi instrumentale qu’elle puisse être, la distinction est essentielle pour des récits héroïques, des « mythes » qui n’existent et qui ne nous sont connus que par les formes poétiques dans et par lesquelles ils sont constamment réorientés, resémantisés, recréés : récits homériques, tragédies, formes historiographiques et surtout ces formes d’une poésie mélique que l’on a longtemps et abusivement assimilée à la poésie lyrique — des formes poétiques linguistiquement marquées par une forte présence des formes du je et du nous, d’actes de langage d’ordre performatif (tels que « je chante », « nous louons », « je t’invoque »), et de gestes de deixis verbale renvoyant à l’hic et nunc de la performance du poème, dans des circonstances d’énonciation rituelle, sinon cultuelle particulières. Dans sa performance musicale ritualisée, le poème correspond à un acte de chant qui s’insère souvent dans une séquence rituelle en l’honneur d’une divinité. Ainsi, considérés par les Grecs non pas comme des fables, mais comme « les choses du début », « les actions du temps passé » ou « les actions des ancêtres » (archaîa, palaiá ou patrôia), les mythes animent une mémoire culturelle dynamique6.

De là, pour des récits héroïques mis en discours dans des formes poétiques, la pragmatique impliquée par les marques et stratégies énonciatives renvoyant à des actes de chant ; de là, dans leur dimension de syntaxe narrative et de sémantique poétique, et par la pragmatique, un passage, du point de vue de l’approche, de la linguistique et de l’analyse des discours à une anthropologie culturelle et sociale qui, en l’occurrence, se définit plus spécifiquement comme une ethnopoétique. En effet, les cités grecques des époques archaïque et classique connaissant un développement institutionnel et religieux (en un régime polythéiste fondé non pas sur une théologie, mais sur la pratique cultuelle) qui est animé par des formes de communication collective et ritualisée. Dans leurs performances rythmées et collectives, ces formes chantées contribuent à la réalisation d’identités sociales de genre, d’identités politiques et religeuses, et de fabrication culturelle de l’humain, dans la communication des hommes et des femmes avec les dieux et les héros. Sémiotique anthropopoiétique de discours ritualisés, sémiotique des pratiques civiques et sociales à forte composante symbolique et culturelle.

3. Retours sémiotiques et critiques sur le présent

7 :
 Pour le détail, voir Cl. Calame, « Interprétation et traduction des cultures. Les catégories de la pensée et du discours (...)

Exigée par l’approche d’une culture différente, la démarche anthropologique implique donc un effort et des procédures de traduction transculturelle, dans la transformation des représentations « émiques » (et de leurs conceptualisations indigènes) en représentations « étiques » par des mises en discours et des stratégies énonciatives particulières7.

C’est ainsi que les tentatives de rapatriement ethnopoétique des formes poétiques grecques restituées aussi bien dans leurs procédures narratives et leur épaisseur sémantique que dans leur pragmatique et leurs conditions rituelles d’énonciation ont conduit, en particulier, à poser trois questions enchaînées quant aux composantes de la postmodernité néo-libérale : par le processus d’une mondialisation purement économiste et financière et par des technologies sous-tendant des réseaux de communication numérique largement dominés par les États-Unis, elle traverse désormais toutes les cultures des hommes.

3.1. Instance d’énonciation et pragmatique

Une première obsession de la postmodernité est celle du « self », un moi autocentré qui, assis sur la propriété privée, est appelé à se développer de manière autonome dans la concurrence avec d’autres « selfs » animés par les mêmes valeurs de la mobilité et de la compétitivité pour la performance et la satisfaction individuelles.

8 :
 Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, pp. 9-27.
9 :
 E. Landowski, « Simulacres en construction », La société réfléchie, Paris, Seuil, 1989, pp. 218-229.
10 :
 Cl. Calame, Masques d’autorité. Fiction et pragmatique dans la poétique grecque antique, Paris, Les Belles Lettres, 2005, pp. 13-40.

Or les cultures traditionnelles telle celle de la Grèce antique nous rendent attentifs à des formes poétiques qui correspondent à des formes de chant choral impliquant une exécution musicale et publique. Du point de vue linguistique ces actes rythmiques chantés sont portés non seulement par les formes d’un je énonciatif singulier, mais aussi par celles d’un nous collectif. Dans le déroulement de l’expression langagière cadencée, ce je/nous verbal est le lieu d’une double forme d’autoréférentalité : référence, d’une part, au soi (extra-discursif) au sens où l’entend par exemple Paul Ricœur entre ipse et idem8 ; mais référence, d’autre part, au je ou au nous qui se dit et se construit (de manière intra-discursive) dans le discours. Avant d’être sujet au sens cartésien du terme, le moi se révèle être sujet de discours ; il est, de manière plus précise, une simple instance d’énonciation, non substantielle. Et c’est bien là la double dimension de l’acte d’énonciation : d’une part, dans l’acte verbal d’ordre performatif, le je construit en se disant sa propre posture, qui est d’ordre discursif9 ; d’autre part le je en s’énonçant dans une forme cadencée intervient avec son corps propre dans son environnement social et culturel ne serait-ce que par l’expressivité verbale et rythmique de sa voix10 : insertion physique, pratique, sociale et culturelle à l’écart de toute autonomie égocentrée du « self ».

Point focal de l’énonciation comme acte langagier, l’instance d’énonciation acquiert dans l’énoncé même une consistance sémantique et une figure spatio-temporelle d’ordre discursif ; c’est par cette médiation verbale qu’elle renvoie au soi avec son identité personnelle sans doute, mais à un soi qui, par la performance discursive, agit dans et sur un environnement social et culturel. Si la mise en discours peut être considérée comme un processus de subjectivation dans l’affirmation de l’autorité énonciative, elle renvoie par l’acte d’énonciation à sa réception interprétative et efficace, dans une situation de communication et une conjoncture historique et culturelle données. Pour être efficace, le discours énoncé doit être interprété, accepté, assimilé.

3.2. Individualisme contemporain et personne humaine

Or le sujet de discours impliqué dans des interventions qui ont la tournure d’actes de parole s’adressant forcément à d’autres renvoie à la question de la conception contemporaine de l’individu : l’individu censé développer seul des capacités considérées comme propres, l’individu centré sur l’épanouissement de son self, l’individu de la réussite entrepreneuriale, l’individu assis sur la propriété privée et sur l’accumulation de biens matériels, l’individu du selfie autoréférentiel, détourné de l’individu libéral émancipé, doué de libre-arbitre et pourvu des droits de la personne qui est né de la réflexion des Lumières.

De fait, le sujet de discours s’offre en somme à nous comme une séquence de positions énonciatives renvoyant non seulement à une diction et un « style » discursifs et énonciatifs, mais aussi à des attitudes corporelles et gestuelles. Ce sont celles d’un individu correspondant à un corps propre, un psychisme, une capacité langagière et une insertion sociale et culturelle sans laquelle l’acte de communication qui le définit comme sujet de discours serait impossible. Si identité individuelle il y a, c’est une identité psychosociale qui se construit notamment dans l’échange verbal à partir d’une constitution biologique et neuronale apparaissant, pour l’être humain, comme partiulièrement plastique. Sans préséance de l’individu sur la société comme le voudrait l’individualisme méthodologique, mais aussi en dehors de toute position holiste, les identités individuelles ne peuvent se construire qu’en réciprocité interactionnelle.

Complexe, relationnelle et dynamique, l’identité individuelle est donc le résultat plus ou moins stable d’un processus anthropopoiétique de fabrication sociale et culturelle de l’humain, un processus dont dépend l’existence même de l’homme en tant qu’être humain. Les actions de l’individu aussi bien que ses discours sont donc largement dépendants d’une anthropopoiésis d’ordre sémiotique ; à l’écart de toute naturalisation de type cognitiviste, c’est ce processus de construction individuelle, sociale et symbolique en réciprocité qui confère à nos discours et à nos actes autant leur sens que leur efficacité dans une conjoncture donnée — en bien ou en mal suivant les motivations qui les animent et suivant les contextes dans lesquels ils s’insèrent.

3.3. Interactions avec l’environnement social et matériel

Noyés que nous sommes dans le paradigme néolibéral de l’individu concurrentiel, on oublie que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme elle-même ne manque pas d’assortir les droits individuels de la personne de droits sociaux, parmi lesquels des droits matériels. De l’être humain constitué en personne juridique, en individu autonome et en homme libre de disposer de lui-même et de ses biens propres, la survie ne saurait être assurée sans un « niveau de vie suffisant » ; son existence même dépend en effet de la satisfaction de besoins de base dans les domaines de l’alimentation, de l’habillement, du logement, de la santé, de la famille, mais aussi de l’éducation : reconnaissance implicite du processus d’anthropopoiésis ! Or les moyens de sa survie, l’homme les tire d’un environnement qu’à partir de Descartes on a objectivé en « nature » pour mieux en exploiter les « ressources ». Seuls les arts techniques et désormais les technologies peuvent assurer la transformation indispensable de ce donné « naturel » pour assurer l’existence de l’homme et de ses communautés : des arts techniques d’ordre à la fois interprétatif et pratique. De même que l’individu se fait en son identité psychique et sociale avec et par les autres, de même se maintient-il physiquement et biologiquement dans une interaction constante avec un milieu qu’il modèle dans des interventions et des pratiques d’ordre interprétatif et culturel : des arts agricoles et culinaires et de l’ingéniérie architecturale aux techniques du transport et de la mobilité et aux technologies de la communication en passant par la chimie et la biologie médicales.

11 :
 Cl. Calame, Avenir de la planète et urgence climatique. Au-delà de l’opposition nature/culture, Fécamp, Lignes, 2015, pp. 83-110.

La crise climatique est là pour nous le rappeler. Contribuant à assurer l’indispensable base matérielle et biologique de l’émancipation sociale et culturelle de l’homme, les techniques et les technologies développées à la faveur de l’industrialisation l’ont été dans la seule perspective de la productivité marchande, de la création de nouveaux besoins et de la maximisation des profits en bonne logique capitaliste. Face à l’urgence du tournant écologique et de la rupture écosocialiste avec un capitalisme destructeur des communautés des hommes et de leurs milieux, techniques et technologies doivent être entièrement repensées, réorientées, recréées. La perspective sera celle d’un anthropopoiétique et d’une écopoiétique sémiotiques de l’homme en interaction avec son environnement : de même que les discours qu’il profère, les arts techniques inventés par l’homme ont un impact pratique sur les communautés humaines et sur leur milieu par le fait même qu’ils relèvent d’une création d’ordre sémiotique ; ils donnent sens à l’environnement pour le transformer au profit de l’homme en société. Il n’y pas d’une part un « monde naturel » et d’autre part des pratiques humaines qui lui donnent sens, en l’occurrence pour mieux en exploiter les ressources pour un profit devenu purement financier11. Fondement de toute identité humaine et par conséquent de toute communauté sociale et culturelle, l’anthropopoéisis serait à développer en « sémio-écopoiésis » pour intégrer l’inévitable interaction signifiante avec le milieu.

4. Retour à Calais: sémio-écopoiésis

12 :
 E. Landowski, « Quêtes d’identité, crises d’altérité », Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 15-44.

Avec Eric Landowski on plaidera donc ardemment pour une « pratique écologique du sens », et ceci non seulement par « une exigence d’accomplissement mutuel dans les rapports de réciprocité entre soi et l’autre », mais encore par une construction identitaire, d’ordre social et culturel, dans les indispensables rapports d’interaction sémiotique, symbolique et pratique avec les autres, dans le proche et le lointain12, et avec un environnement qu’il sagit de soustraire à la marchandisation la plus brute.

C’est dans cette mesure même que l’hécatombe d’exilés et exilées en Méditerranée (plus de 30 000 morts depuis le début des années 2000) doit être considérée et traitée comme un crime contre l’humanité — cela au sens de l’article 7 du « Statut de Rome » de la Cour pénale internationale (17 juillet 1998) qui désigne comme crime contre l’humanité en particulier les « actes inhumains (…) causant de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale ». Car c’est bien d’intégrité physique et mentale qu’il s’agit : d’une part pour les victimes des naufrages dans les fragiles embarcations affrétées par des passeurs auxquels réfugiés et migrants sont forcés de recourir en raison de la fermeture des frontières de l’Union européenne par barrières sécurisées et patrouilles militarisées ; d’autre part pour celles et ceux qui, en particulier à Calais ou sous les ponts du métro aérien de Paris, voient leurs abris précaires constamment évacués et détruits, avec leurs quelques rares effets personnels, par les forces de police. Négation de l’humanité par la réduction au dénuement matériel, psychique et social le plus total, quant ce n’est pas la mort.

Or à Calais même, après l’opération d’évacuation et de destruction des squats de juin 2015, migrants et migrantes cherchant à passer en Angleterre se sont regroupés sur un terrain insalubre autour d’un « centre de jour », puis d’un camp de concentration ouvert, fait de conteneurs empilés. Avec l’aide d’associations de soutien françaises et anglaises, les tentes et baraques de fortune se sont organisées en une esquisse de tissu urbain dessinant d’improbales rues ; dans un fragile et délicat bricolage quelques boutiques sont apparues, un premier dispensaire, des lieux de scolarisation, un centre de rencontres pour des manifestations culturelles, une église, une mosquée. Logement, alimentation, santé, formation, culture, on retrouve les assises des droits sociaux tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour assurer le développement et la dignité de la personne. En l’occurrence, la recréation précaire d’un tissu anthropopoiétique s’est opérée autant par les relations (parfois conflictuelles) entre les membres des communautés concernées (Afghans, Soudanais, Erythréens, Syriens, etc.) que par la collaboration des bénévoles dans la tentative de transformer et de configurer à l’usage d’un groupe humain un espace et un milieu aussi insalubres qu’hostiles. C’est le résultat de cette double interaction sémio- et éco-poiétique que le gouvernement français a détruit en deux étapes, en mars et octobre 2016, engageant CRS et bulldozers.

De même que dans une opération analogue, à l’automne 2009, la destruction des campements-jungles de Calais a non seulement atteint les personnes dans leur humanité en niant leur aspiration à reconstruire en Angleterre, dans l’interaction anthropopoiétique avec parents et amis proches, une identité physique et psychique destinée à la destruction dans leurs pays d’origine ; mais elle a aussi eu pour effet d’anéantir le milieu écopoiétique propre à assurer, de manière aussi fragile que passagère, leur survie comme sujets de discours, comme sujets psychiques et comme sujets agissant socialement et culturellement, dans un régime affectif et émotionnel apaisé.

D’une part donc une culture grecque éloignée qui s’offre à nous modernes dans des créations poétiques qui sont réalisées collectivement et politiquement dans la performance musicale ritualisée ; d’autre part des groupes d’exilées et d’exilés auxquels on refuse au contraire tout moyen de (re)contruction anthropopoiétique et écopoiétique d’une identité sociale et culturelle chargée de sens : dans les deux cas c’est l’émotion qui, dans la sympathie ou la révolte, pousse à l’engagement pédagogique ou militant. Dans les deux cas, ce sont les autres qui nous sollicitent par leurs pratiques de construction collective et symbolique, nous invitant à porter en retour un regard critique sur le paradigme oligarchique, discriminatoire et sécuritaire qui est nôtre, axé sur le seul profit financier et en conséquence destructeur des sociétés des hommes et de leur environnement respectif.

Références bibliographiques haut de la page

Benveniste, Émile, Problèmes de linguistique générale 2, Paris, Gallimard, 1974.

Calame, Claude, Le récit en Grèce ancienne. Énonciations et représentations de poètes, Paris, Belin, 2000 (2e éd.).
— « Interprétation et traduction des cultures. Les catégories de la pensée et du discours anthropologiques », L’Homme,163, 2002.
Masques d’autorité. Fiction et pragmatique dans la poétique grecque antique, Paris, Les Belles Lettres, 2005.
Avenir de la planète et urgence climatique. Au-delà de l’opposition nature/culture, Fécamp, Lignes, 2015.
Qu’est-ce que la mythologie grecque ? Paris, Gallimard, 2015.

Greimas, Algirdas J. et Joseph Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 2009.

Landowski, Eric, « Simulacres en construction », La société réfléchie, Paris, Seuil, 1989.
— « Quêtes d’identité, crises d’altérité », Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997.

Ricœur, Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.

Saussure, Ferdinand de, Cours de linguistique générale (1915), Paris, Payot, 1972.

Notes - document 4 haut de la page

1  https://www.iom.int/fr/news/725-deces-de-migrants-en-plus-dans-la-mediterranee-par-rapport-lannee-derniere.

2  F. de Saussure, Cours de linguistique générale (1915), Paris, Payot, 1972, p. 33.

3  Cf. A.J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette,1979, pp. 244-247.

4  Ibid., pp. 197-199.

5  Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale 2, Paris, Gallimard, 1974, pp. 67-78 et 79-88.

6  Cl. Calame, Qu’est-ce que la mythologie grecque ?, Paris, Gallimard, 2015, pp. 77-107.

7  Pour le détail, voir Cl. Calame, « Interprétation et traduction des cultures. Les catégories de la pensée et du discours anthropologiques », L’Homme,163, 2002, pp. 51-78.

8  Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, pp. 9-27.

9  E. Landowski, « Simulacres en construction », La société réfléchie, Paris, Seuil, 1989, pp. 218-229.

10  Cl. Calame, Masques d’autorité. Fiction et pragmatique dans la poétique grecque antique, Paris, Les Belles Lettres, 2005, pp. 13-40.

11  Cl. Calame, Avenir de la planète et urgence climatique. Au-delà de l’opposition nature/culture, Fécamp, Lignes, 2015, pp. 83-110.

12  E. Landowski, « Quêtes d’identité, crises d’altérité », Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 15-44.

DOCUMENT V

Pierluigi Cervelli
Università di Roma La Sapienza

Elogio dell'interazione : lo sguardo semiotico sulle micropolitiche del quotidiano

Oltre a rifiutare l'idea che esistano ancora una cultura alta e una cultura bassa (distinzione già discussa criticamente da Eco), mettere al centro di un percorso di ricerca il tema della quotidianità e dell'ordinario — come fa Eric Landowski nelle pagine che danno origine a questo contributo — assume di per sé un valore politico perché contesta l'idea di una gerarchia degli oggetti di ricerca, che riemerge, spesso surrettiziamente, non appena le discipline cercano di costruirsi uno statuto di scienza. A questo fine esse generalmente espungono dal loro campo di indagine tutti gli oggetti sociali ibridi, spuri ed effimeri che potrebbero inficiare la costruzione del luogo proprio da cui poter esercitare — acquisendo una credibilità — un dire vero.

1 :
 Michel de Certeau, L'invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1980.

Riflettere sul valore politico della ricerca implica interrogarsi allo stesso modo sulla propria collocazione all'interno della società contemporanea e riflettere sullo spazio che resta fra i due ruoli ben definiti che essa riserva allo « specialista » : la riduzione della prossimità con la realtà vissuta ogni giorno, implicata dalla formalità stessa dell'attività scientifica ; o la presa di posizione personale, una messa in evidenza del ricercatore rispetto alla sua stessa ricerca. Un'alternativa potrebbe situarsi nella preminenza della ricerca stessa, il cui valore politico potrebbe scaturire, quasi per forza propria, dalla profondità dei fenomeni sociali significativi che essa indaga. Più che restituire centralità al ruolo del ricercatore allora, in semiotica, come in tutte le scienze umane e sociali, sembra necessario interrogarsi su quali pratiche politiche, collocate a quale livello sociale, gli sguardi disciplinari possano aiutarci a cogliere. Da questo punto di vista occorre notare uno spostamento importante, caratteristico delle società occidentali (e forse non solo) degli ultimi anni, che sembrano saper produrre una politica nuova e diversa a livello microscopico, quasi impercettibile, ma diffuso capillarmente. Si tratta forse della realizzazione di una delle intuizioni che Michel de Certeau indicava come una sorta di « rivoluzione silenziosa » : quella proliferazione di pratiche minute e invisibili che ha sostituito la centralità delle ideologie politiche e dei soggetti che ne sono stati per decenni i detentori, ormai privi di credibilità, e che sembra costituire l'unica alternativa — ma con quanta efficacia ? — alle tecnocrazie oggi dominanti1. La semiotica sembra avere gli strumenti per descrivere oggi queste pratiche micropolitiche, che sono radicate nel quotidiano e, senza un’impronta politica esplicita, si caratterizzano come modi di fare : una pratica della relazione con gli altri.

1. Semiotica e politica

Non si può che constatare come siano stati storicamente profondamente diversi i modi di praticare o meno l'impegno politico nell'ambito della disciplina semiotica, ma allo stesso modo si più notare come la politicità di certi sguardi abbia messo l'accento su alcuni oggetti particolari attraverso strumenti teorici influenzati dagli stessi oggetti indagati. In Lotman (con l'eccezione importante di Cercare la strada) e Greimas la riflessione politica resta visibile solo in filigrana, in una ricerca che non la evoca apertamente. Per Umberto Eco e Roland Barthes invece l'intervento politico, pur non rappresentandone la premessa o l'obiettivo, è nato insieme alla riflessione semiotica, grazie a cui ha trovato gli strumenti per leggere la dimensione della cultura di massa con profondità.

2 :
 Roland Barthes, Nota alla seconda edizione francese di Mythologies, in R. Barthes, Miti d'oggi, Milano, Einaudi, 1970.
3 :
 Cfr. Umberto Eco, « La maestria di Barthes », prefazione all'edizione italiana di Miti d'oggi, Milano, Einaudi, 1974.
4 :
 A.J. Greimas, « Barthes, una biografia da costruire », in Paolo Fabbri e Isabella Pezzini (a cura), Intervista a François Wahl, ed. (...)

Per Barthes la semiotica era il « sottile strumento di analisi » capace di « rendere conto in dettaglio della mistificazione che trasforma la cultura piccolo-borghese in natura universale »2. Questa impostazione ha dato forma al concetto di connotazione, riletto in modo molto più esteso e radicale rispetto a Hielmslev (come nota Eco3), con cui Barthes si afferma come « il semiotico che elabora i metodi della lettura dell'implicito »4.

5 :
 U. Eco, Sei passeggiate nei boschi narrativi, Milano, Bompiani, 1994.
6 :
 U. Eco, « Eugène Sue : il socialismo e la consolazione », introduzione a I misteri di Parigi, Milano, Sugarco, 1965.

Nel lavoro di Eco l'analisi critica delle comunicazioni di massa e la semiotica si intrecceranno indissolubilmente all'inizio della carriera, nella critica radicale del romanzo d'appendice (Les Mystères de Paris di Eugène Sue), tesa a mostrare l'ideologia conservatrice di un romanzo amato dal « popolo » e pensato dal suo stesso autore come gesto rivoluzionario. In questa occasione Eco ipotizzerà forse per la prima volta quello che in seguito chiamerà intentio operis5, ipotesi di fondo dell'autonomia del testo rispetto alla volontà del suo autore, quando afferma — in una formula perfetta per un romanzo d'appendice — che il romanzo ad un certo punto « comincia a scriversi da solo, con l'aiuto dei lettori »6.

7 :
 Juri Lotman, Cercare la strada, Venezia, Marsilio, 1994.

Per quasi tutta la vitainveceLotman non ha potuto rendere esplicita la sua riflessione sul regime comunista e sulla Russia a lui contemporanea, fino a Cercare la strada, in cui la riflessione sulle dinamiche esplosive del cambiamento storico del 1989 è uno dei temi dominanti7. Tuttavia la riflessione che Lotman elabora a partire dalla storia della cultura russa sembra in alcuni momenti una lucida, efficacissima descrizione del potere che l'ha confinato a Tartu per antisemitismo.

Da un lato perché l'intera rilettura della teoria dell'informazione dei semiotici della scuola russa, e di Lotman in particolare, si è articolata attorno all'idea di una funzione « autoriflessiva » dei linguaggi : strumenti di passaggio di informazione ma allo stesso tempo di autodescrizione culturale, tanto da averli definiti « sistemi modellizzanti ». Ma non si può non ricordare la centralità accordata da Lotman al concetto di confine semiotico col suo dinamismo (che definisce la variabilità del rapporto fra centri e periferie semiotiche), legato al concetto di autodescrizione modellizzante, ossia di « ristrutturazione identitaria » attraverso la selezione della memoria culturale.

8 :
 Cfr. Paolo Fabbri e Isabella Pezzini (a cura), Intervista a François Wahl, op. cit.

Greimas ha invece generalmente diffidato — almeno nei suoi testi — di prese di posizione apertamente politiche, sottolineando spietatamente la distanza fra Barthes e i partecipanti alla presa di parola studentesca del 1968 francese8. La sua scelta politica si legge negli accenni : dall'appello contro la desemantizzazione del sociale in Dell'imperfezione alla critica della concezione staliniana del linguaggio nel Maupassant e ancora di più fra le righe che descrivono il coraggio del silenzio dei « Deux amis » : una semantica dell'azione silenziosa, contro il binarismo implacabile della violenza.

2. Aggiustamento e periferia urbana

9 :
 Cfr. Juri Lotman, La semiosfera. L’asimmetria e il dialogo nelle strutture pensanti, Venezia, Marsilio, 1985.

La mia ricerca è nata come un'interrogazione intorno alla possibile definizione semiotica della periferia, e in particolare della periferia urbana all'interno di una ricerca più generale sulle trasformazioni storiche di ciò che una cultura considera marginale, reietto (nel quadro teorico della semiotica della cultura9). Essa si va definendo, nel tempo e in maniera a volte incerta, come una storia del rapporto fra spazio, potere e marginalità, che abbraccia circa un secolo di storia italiana, e della città di Roma in particolare, dal periodo fascista ai campi rom, con qualche interesse per il ghetto ebraico della città, nel periodo della sua costruzione e successiva regolamentazione, al momento della rifondazione della città rinascimentale e barocca.

All'inizio e per alcuni anni (fra il 2002 ed il 2009 in particolare ) la ricerca si è soffermata sui quartieri periferici della città di Roma e su alcuni casi di re-interpretazione (o ri-semantizzazione) dello spazio abitato da parte dei suoi stessi abitanti.

Consideravo all'epoca come casi di studio alcune « autoproduzioni » di spazi comuni : interventi, in genere minuti, di cura o trasformazioni di spazi residuali (non pianificati o abbandonati) praticate autonomamente da parte degli abitanti di quartieri HLM dell'estrema periferia della città. Si trattava di microtrasformazioni urbane (a scala di condominio e di isolato), realizzate a un costo infinitamente più ridotto dei precedenti tentativi di riqualificazione. Un po' sorprendentemente, erano le uniche trasformazioni durevoli ed efficaci in quei quartieri.

Pur essendo infatti spazi molto semplici e molto umili, costruiti con materiali di recupero, realizzati senza supporto dalle istituzioni, essi, e solo essi, risultavano adeguati ad una pratica della socialità, avendo paradossalmente gli effetti positivi che progetti precedenti di « rigenerazione urbana » avevano tentato di ottenere senza successo. Più in particolare era la particolare efficacia di questi luoghi a colpirmi : in un ambiente generalmente degradato si trattava di luoghi che esprimevano un senso di rispetto che impediva di ridurli a discariche o vandalizzarli.

10 :
 Manar Hammad, Leggere lo spazio, comprendere l’architettura, Roma, Meltemi, 2003. Francesco Marsciani, Tracciati di etnosemiotica, (...)

Di fronte agli interrogativi che poneva questa situazione — in cui si intrecciavano inefficacia, risemantizzazione, pratiche dello spazio — ho cercato degli strumenti teorici nella semiotica dello spazio di ispirazione generativa, riferendomi in particolare alle ricerche di Manar Hammad e Francesco Marsciani che mi permettessero di formulare delle domande in forma operativa dal punto di vista dell'analisi testuale10.

11 :
 Cfr. A.J. Greimas, Sémantique structurale, Paris, Larousse, 1966 ; id., Maupassant. La sémiotique du texte : exercices pratiques, (...)

Per concettualizzare lo scarto di senso fra questi spazi autoprodotti e quelli definiti progettualmente su cui insistevano non ci si poteva basare — neanche in prima istanza ed in via ipotetica — su una definizione tipologica (e funzionale) dello spazio costruito, cercando poi trasformazioni puntuali di significato. Le modalità di autoproduzione dello spazio da parte degli abitanti non si basavano su una segmentazione preordinata dello spazio o sul suo rovesciamento, ma producevano nuove segmentazioni, arbitrarie, inaspettate, in spazi vuoti o desemantizzati. Più in profondità, era impossibile definire il significato dei « segni » architettonici (definiti su base storica) sulla base di un modello codificatorio ipotetico. Per cogliere il senso, come notava Greimas, occorreva cogliere globalmente come delle estensioni (materia amorfa) venivano articolate in spazi (formati, ossia definiti differenzialmente rispetto ad altri spazi)11. Occorreva considerare, accanto alla spazialità definita dalla dimensione urbanistica, quello « spazio antropologico » definito da pratiche di interazione produttrici di spazio.

12 :
 U. Eco, La struttura assente, Milano, Bompiani, 1968. R. De Fusco, Segni, storia e progetto dell’architettura, Bari, Laterza, 1973.

Non si poteva dunque riprodurre il procedimento analitico della semiologia architettonica sviluppata in Italia negli anni 70 (e molto diverso da quanto teorizzato da Eco12) : associare una selezione fra significanti rilevati sulla base di una tipologia storica dell'architettura e significati definiti sulla base di intuizioni del ricercatore (ma principalmente funzionali).

Questo tipo di procedimento assumeva come ipotesi di base che l'architettura potesse essere assimilata ad un linguaggio (solo perché era significante) e come obiettivo l'elaborazione di un modello simil o quasi linguistico. L'efficacia e l'inefficacia degli interventi di recupero sarebbero state forse spiegate ipotizzando un'aderenza o un eccessivo scostamento rispetto a forme codificate (identificate con motivi tradizionali, architettonici e di arredo), concentrandosi solo su un livello figurativo della significazione e senza considerare realmente gli agenti produttori dei segni, tutt'al più essenzializzandone i « gusti » a partire da una distinzione riferibile in linea generale a quella fra cultura alta e cultura bassa.

Ma una motivazione semantica dell'efficacia di quei luoghi non sarebbe stata definibile a partire dallo « stile » con cui gli abitanti intervenivano nei luoghi, popolandoli di oggetti riferibili ad un'estetica commerciale-televisiva.

13 :
 F. Marsciani, Tracciati di etnosemiotica, op. cit.

Osservando lentamente — nel corso di alcuni anni — il divenire di questi luoghi mi sono mano a mano reso conto che la persistenza del significato che essi esprimevano — ragione stessa della loro tenuta e durata — non si esauriva in un livello di significazione figurativa o tematica (riconducibile agli oggetti presenti) ma si definiva nel modo in cui l'intervento realizzato, con le sue articolazioni topologiche, i suoi ritmi e orizzonti temporali, manifestava — attraverso un certo « assetto della scena discorsiva » (espressione di Francesco Marsciani13) che la caratterizzava — le relazioni fra gli agenti-attori della trasformazioni.

14 :
 In modo affine a quanto rilevato da Landowski a proposito della visibilità. Cfr. La Società riflessa, Roma, Meltemi, 1999, p. 117.

La mia ipotesi è che questo tipo di spazi esprimessero un effetto di senso (legato generalmente al rispetto) che li ha preservati dalla vandalizzazione perché permetteva di pensare, attraverso il suo assetto spaziale ed i suoi ritmi temporali, un agglomerato di relazioni fra attori. Attraverso cioè il posizionamento di alcuni oggetti e le dinamiche del loro avvicendamento l'articolazione dello spazio costituiva una traduzione14, su un piano topologico (ma non figurativo) e temporale, di un dispositivo più astratto concernente le relazioni fra gli agenti valorizzate nel corso dell'interazione : la capacità di riconoscersi una comune competenza, ma sopratutto di « sentirsi » reciprocamente. I (pochi) casi di autoproduzione di spazi comuni efficaci nel tempo sono stati prodotti attraverso un processo di aggiustamento che dava vita, più che ad un accordo, ad una « reciproca considerazione » fra gli abitanti, il cui indice empirico era un certo « modo di fare » insieme : un processo di trasformazione e di gestione dello spazio abitativo attraverso l'esercizio di una reciproca sensibilità.

Per articolare questo processo semioticamente occorreva passare dalla ricerca dei segni architettonici a quella delle forme dell'interazione (implicanti configurazioni narrative) considerando la configurazione dello spazio costruito alla luce delle interazioni che avvenivano in esso nel tempo, facendo completamente economia del livello figurativo (e referenziale) del significato.

15 :
 P. Cervelli, « Fallimenti della programmazione e dinamiche dell'aggiustamento. Qualche nota sull'autoproduzione dello spazio pubblico (...)

La configurazione plastica del luogo (e l'aspettualità della sua trasformazione temporale) era dunque in omologia con le relazioni fra attori della trasformazione del luogo stesso, relazioni che si erano costruite — o almeno rese evidenti — nel momento stesso di costituzione di quello spazio comune. Con riferimento a un caso che ho potuto descrivere altrove, la non gerarchizzazione degli elementi inseriti in un piccolo giardino (fiori, piante, oggetti) era in rima con la relazione non gerarchica praticata, vissuta, fra gli abitanti stessi, che lo avevano costruito insieme (in luogo di una discarica)15.

3. Modi dell'interazione: la specificità dell'aggiustamento

La specificità dell'aggiustamento emerge in rapporto ad altri modi di interazione che potremmo articolare utilizzando la tipologia dei regimi di interazione proposta da Landowski, estendendola a vari tipi di articolazioni relazionali che caratterizzano la periferia urbana.

L'aggiustamento è un caso raro. Più frequentemente l'interazione è gestita attraverso la manipolazione secondo il dovere o la minaccia. La manipolazione secondo il dovere definisce uno spazio deontico in cui si « invita » ad evitare un certo tipo di comportamenti per rispetto della « sicurezza di tutti ». Tipica di uno spazio della sanzione essa si realizza attraverso un'intimazione impersonale, che non prevede alcuna relazione, reiterata generalmente attraverso dei cartelli — a non fare (di solito, a non violare lo spazio intimo degli altri abitanti, col rumore, o a non avvicinarsi dall'esterno a quello privato).

La valorizzazione dell'aspetto programmatorio dell'interazione si afferma nei casi in cui si impongono invece una serie di divieti generalizzati relativi ai comportamenti da tenere o da evitare. Essi sono espressi sia verbalmente (regolamenti, cartelli) sia attraverso l'adozione di un tipo di arredo urbano basato sulla riduzione (dimensionale e funzionale) di tutti gli spazi potenzialmente collettivi a spazi di esclusivo attraversamento, in cui cioè non vi sia possibilità per alcuna forma di iscrizione dell'esperienza abitativa da parte di chi percorre lo spazio pubblico.

16 :
 Cfr. E. Landowski, Passions sans nom, Paris, P.U.F., 2004, pp. 55-56.

Il regime dell'alea è quello più diffuso nei casi di quartieri della periferia in cui ho svolto le mie ricerche. Uno dei suoi esiti si conferma essere la desemantizzazione dei quartieri, (come aveva già notato rispetto all'architettura Landowski16), anche in relazione alle pratiche di vita. Quelli che tradizionalmente dovrebbero essere spazi di vita quotidiana in cui ci sia incontra o che si usano per svolgere le attività ordinarie producono l'effetto di senso di una costante imprevedibilità : divengono spazi i cui confini sono costantemente violati, per cui non si può mai essere del tutto sicuri degli attori che vi si trovano o li possiedono.

Talvolta inoltre gli spazi dell'alea e della programmazione si articolano secondo l’opposizione interno / esterno o pubblico / privato, con lo spazio pubblico completamente desemantizzato in cui si collocano delle isole fortificate in cui vige la programmazione più estrema (come nel caso delle gated communities statunitensi).

17 :
 « Fallimenti della programmazione… », art. cit.

L'aggiustamento si colloca nel campo più raro della produzione di uno spazio comune che non elimina l’individualità ma che nemmeno si riduce alla somma degli apporti individuali. Era questo che faceva di spazi come quello che ho sommariamente descritto altrove un'opera plurale, silenziosa, non originata da una norma formalizzata ma da una pratica della reciprocità, dell'accorgersi reciproco dello spazio degli altri17.

4. Attraverso i linguaggi, l'interazione

La proposta teorica di Landowski implica però anche alcune considerazioni epistemologiche e metodologiche sul tema rilevante del rapporto fra semiotica dell'interazione e semiotiche linguistiche.

L'idea che il senso sia fondamentalmente legato all'interazione ci pare implicare infatti la primità delle relazioni fra soggetti interagenti sui sistemi semiotici attraverso cui essi interagiscono, e permette così di rendere non pertinente l'identificazione di un sistema simil o quasi linguistico soggiacente alle pratiche quotidiane. Libera dal problema di cercare e spiegare più che degli atti quotidiani significanti, i linguaggi che sarebbero loro soggiacenti.

Questa mi pare essere una delle condizioni di possibilità teorica di una ricerca semiotica sulle pratiche della vita quotidiana, ma anche la condizione empirica comune delle ricerche che vertono su oggetti e casi di studio nei quali il linguaggio verbale ci è poco — o per nulla — accessibile oppure è scarsamente significativo. Come, ad esempio, quando siamo in un paese di cui non conosciamo la lingua o abbiamo a che fare con pratiche significanti che valorizzano il silenzio.

Senza il concetto di interazione non potremmo che cercare la significazione tornando al modello che assocerebbe elementi espressivi (definiti sulla base di motivi storicamente affermatisi) a significati già costituiti, generalmente quelli — reificati — del linguaggio verbale. È il modello del « codice », che è una lingua « semplificata » (come la definiva Eco nei corsi più recenti tenuti all'università di Bologna), senza storia (Lotman) ma anche senza azione.

Dal punto di vista della semiotica dello spazio — che da parte nostra ci siamo trovati a praticare come una semiotica delle interazioni che rendono lo spazio significante trasformandolo, segmentandolo e risemantizzandolo — le ricerche di M. Hammad ci pare abbiano già dimostrato come sia produttivo indagare come, sulla base di una certa serie di azioni e interazioni, di cui lo spazio non resta solo uno sfondo neutro e indifferenziato, alcuni elementi e tratti topologici siano resi pertinenti per esprimere significazione nel corso dell'interazione stessa.

5. Conclusioni

Dare rilievo a spazi dell'aggiustamento significa sostenere che esista la possibilità di una trasformazione urbana efficace non gestita dall’alto (secondo una logica della programmazione) e la cui utilità nel migliorare la vita quotidiana non sia considerata astrattamente, secondo logiche deterministiche, o sia ritenuta ineffabile. La semiotica mi pare possa essere particolarmente utile, col suo taglio analitico in profondità, e la sua capacità di distinguere fra forme e sostanze, per mostrare la strutturazione di tutto ciò che è piccolo, pratico ed effimero e nonostante questi limiti riesce a provocare delle trasformazioni. Si tratta di quelle che potremmo definire « micropolitiche » : una serie di azioni e espressioni capaci di far riflettere sul « fare » (e sul far sentire) collettività. Credo che la forza di queste micropolitiche stia nella loro capacità di proliferazione, che è ingovernabile, in quanto agisce per contagio.

Occorre sottolineare però allo stesso modo i limiti stessi dei nostri oggetti di ricerca : da un lato la fragilità di un progetto come quello che ho mostrato, e la sua limitatezza nello spazio. Più in generale occorre riflettere criticamente su come le micropolitiche di cui ci occupiamo si collochino anch'esse nella società che le ospita, configurando o meno delle alternative, anche locali.

Non posso infatti non sottolineare come le piazze di altri quartieri « per il popolo » (quelli costruiti durante il regime fascista) avessero nel secondo dopoguerra al loro centro dei monumenti alla resistenza e delle lapidi di partigiani uccisi, mentre oggi le piazze delle periferie si popolano di elementi appartenenti a quella cultura commerciale che ha sostituito come orizzonte valoriale il passato contadino, col presente, recente o attuale, della società dei consumi. Pur essendo in questo abbastanza d'accordo con Pasolini, non credo sia più possibile limitarsi solo a una critica dei presupposti di questo fenomeno ma si possa procedere all'interpretazione dei suoi esiti, che sono utili, anche se non possono bastare. Essi manifestano infatti la mancanza di un soggetto politico proponente che tanti microinterventi di miglioramento non possono costituire. La loro presenza segnala anche un ripiegamento della dimensione politica nel quotidiano : pur permettendo di evitarne alcune dinamiche, queste pratiche non paiono presentare alternative alla società attuale se non in un territorio personale, quasi intimo. Lo sguardo semiotico, evidenziando limiti e potenzialità di queste micropolitiche quotidiane, può dare suggerimenti per cercare percorsi non tracciati e può, mettendo alla prova i propri strumenti teorici, obbligarsi a percorrerne di nuovi.

Riferimenti bibliografici haut de la page

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— Cercare la strada, Venezia, Marsilio, 1994.

Marsciani, Francesco, Tracciati di etnosemiotica, Milano, FrancoAngeli, 2007.

Notes - document 5 haut de la page

1  Michel de Certeau, L'invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1980.

2  Roland Barthes, Nota alla seconda edizione francese di Mythologies, in R. Barthes, Miti d'oggi, Milano, Einaudi, 1970.

3  Cfr. Umberto Eco, « La maestria di Barthes », prefazione all'edizione italiana di Miti d'oggi, Milano, Einaudi, 1974.

4  A.J. Greimas, « Barthes, una biografia da costruire », in Paolo Fabbri e Isabella Pezzini (a cura), Intervista a François Wahl, ed. Comune di Reggio Emilia, 1984.

5  U. Eco, Sei passeggiate nei boschi narrativi, Milano, Bompiani, 1994.

6  U. Eco, « Eugène Sue : il socialismo e la consolazione », introduzione a I misteri di Parigi, Milano, Sugarco, 1965.

7  Juri Lotman, Cercare la strada, Venezia, Marsilio, 1994.

8  Cfr. Paolo Fabbri e Isabella Pezzini (a cura), Intervista a François Wahl, op. cit.

9  Cfr. Juri Lotman, La semiosfera. L’asimmetria e il dialogo nelle strutture pensanti, Venezia, Marsilio, 1985.

10  Manar Hammad, Leggere lo spazio, comprendere l’architettura, Roma, Meltemi, 2003. Francesco Marsciani, Tracciati di etnosemiotica, Milano, FrancoAngeli, 2007.

11  Cfr. A.J. Greimas, Sémantique structurale, Paris, Larousse, 1966 ; id., Maupassant. La sémiotique du texte : exercices pratiques, Paris, Seuil, 1976.

12  U. Eco, La struttura assente, Milano, Bompiani, 1968. R. De Fusco, Segni, storia e progetto dell’architettura, Bari, Laterza, 1973.

13  F. Marsciani, Tracciati di etnosemiotica, op. cit.

14  In modo affine a quanto rilevato da Landowski a proposito della visibilità. Cfr. La Società riflessa, Roma, Meltemi, 1999, p. 117.

15  P. Cervelli, « Fallimenti della programmazione e dinamiche dell'aggiustamento. Qualche nota sull'autoproduzione dello spazio pubblico in una periferia di Roma », in Ana Claudia de Oliveira (a cura), As interações sensíveis, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2012.

16  Cfr. E. Landowski, Passions sans nom, Paris, P.U.F., 2004, pp. 55-56.

17  « Fallimenti della programmazione… », art. cit.

DOCUMENT VI

Paolo Demuru
Recife, Universidade Federal de Pernambuco

Prendere posizione

Un piccolo manifesto, tre grandi problemi

1 :
 A. J. Greimas, “Algirdas Julien Greimas mis à la question”, in M. Arrivé et al. (a cura di), Sémiotique en jeu. A partir et autour (...)
2 :
 F. Sedda, Imperfette traduzioni. Semiopolitica delle culture, Roma, Nuova Cultura, 2012, p. 39.

In Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen (d’ora in avanti, PMS), Eric Landowski ci invita a interrogarci su tre ordini di problemi interrelati, non nuovi alla riflessione semiotica, su cui, oggi più che mai, è tuttavia necessario tornare : (i) il problema della funzione “politica” della semiotica — della sua capacità, per dirla con Greimas, di “mordere il sociale”1 ; (ii) il problema del riconoscimento da parte del semiotico, del suo “essere situato”2, ovvero, del luogo da cui egli “parla” e a partire dal quale definisce il punto di vista e le motivazioni della propria attività intellettuale ; (iii) il problema della resistenza e delle alternative ai regimi di senso e interazione dominanti o tendenti alla dominazione, o, se si vuole, alle forme e ai meccanismi di potere che mirano a manipolare e programmare l’universo delle relazioni umane, contro cui, sostiene Landowski, il semiotico è chiamato a prendere posizione, promuovendo, attraverso letture critiche, “orientations sociétales différentes” (PMS, p. 3).

Non pretendo dare risposte definitive a questioni talmente delicate e complesse. Anzi, non pretendo affatto dare risposte. Non ne sarei capace. Dinanzi a un simile compito non mi resta che una via d’uscita : assumere i miei limiti e provare, come invita a fare Landowski di fronte ai dispositivi di programmazione e manipolazione delle nostre esistenze, ad “aggiustarmi” e agire — scrivere, in tal caso — “d’astuzia”. Mi limiterò dunque a porre ulteriori problemi, in vista, mi auguro, di una ripresa futura del dibattito.

1. Terapie ed ecologie del sociale 

Quando gli venne chiesto se il semiologo potesse ambire ad “acquisire lo statuto di soggetto politico che trasforma lo stato delle cose”, Greimas rispose ricordando che aveva sempre considerato la pratica semiotica come una forma di

3 :
 “Greimas in discussione”, op. cit., p. 169.

azione sulle cose, realizzazione. Quando ho fatto allusione allo psicodramma in Semantica Strutturale ho pensato che c’era una vocazione della semiotica, non soltanto per la conoscenza del fatto sociale o individuale, ma anche per la trasformazione del sociale o dell'individuale ; che la semiotica in ultima istanza poteva essere come una terapeutica del sociale. (…) È possibile immaginare che la semiotica diventi una sorta di scienza prima, che cerchi di mordere il sociale e non si limiti a permetterne la comprensione3.

4 :
 Ibid.
5 :
 Ibidem

Sviluppando il proprio ragionamento, Greimas precisava come il presupposto essenziale di tale “terapeutica” fosse il riconoscimento, da parte della semiotica, di un “esito” preciso, che egli identificava nell’esigenza di “accostare i fenomeni anche nella loro superficialità, nei loro effetti di senso nella vita della gente, sul piano individuale e collettivo”4. Sul fatto che la semiotica sia ancora lontana dal realizzare tale impresa ci sono pochi dubbi. Sono passati più di trent’anni da quell’intervista ed eccoci ancora a discutere di come “mordere il sociale” e riconquistare, magari, lo statuto di teoria critica che veniva riconosciuto alla disciplina negli anni sessanta e settanta del secolo scorso. Non è certo questo il luogo per fare autocritica e discutere a fondo le ragioni di questo ritardo. Né, del resto, ritengo sia poi così utile. Meglio guardare avanti e chiedersi, come fa Landowski, cosa fare. Cosa fare, nello specifico, per ritrovare quella verve “terapeutica” di cui parlava Greimas ? Per agire finalmente sulla “materialità delle cose”5 e sulla “vita della gente” ? Per tornare, insomma, a svolgere un ruolo “politico” nella scena pubblica contemporanea ?

Inserendosi nel solco della riflessione greimasiana, Petit manifeste sémiotique fornisce una serie di indicazioni in tal senso, utili, quantomeno, a inquadrare il problema sotto una luce nuova. Anzitutto, ci avverte Landowski, il semiotico non deve aspirare alla neutralità. Al contrario, lungi dal limitarsi a descriverli, deve prendere posizione in relazione ai fenomeni che analizza. Il che, a mio avviso, significa sostanzialmente due cose.

6 :
 Cfr. A.J. Greimas e J. Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raissoné de la théorie du language, Paris, Hachette, 1979. Trad. it. (...)
7 :
 G. Marrone, “L’invenzione del testo. Appunti per una ricerca”, in Versus, 103-105, 2008, p. 246.

In primo luogo, vuol dire riconoscere ed esplicitare che l’oggetto della propria analisi — qualunque esso sia e comunque lo si chiami : testo, pratica, discorso, società, cultura, ecc. — non è mai un dato, ma il risultato di un ritaglio operato nel quadro di uno specifico “progetto teorico di descrizione”6. Detto altrimenti, come evidenzia Marrone, l’empiria semiotica, indipendentemente dalla sua taglia, è sempre un empiria “costruita”, la cui costituzione deve essere “motivata al livello del metodo, della teoria e della epistemologia”7.

8 :
 Francesco Marsciani riassume bene la relazione tra questi due punti ricordando che : (i) “ciò che si osserva contiene i valori che ne (...)
9 :
 Intitolato “Práticas de vida e produção de sentido da metropole de São Paulo : regimes de visibilidade, regimes de interação e (...)

In secondo luogo, significa assumere fino in fondo che, oltre che sulla scorta della prospettiva teorica, metodologica ed epistemologica, l’oggetto prende forma nel punto d’incontro tra le resistenze che esso presenta e le domande che l’analista gli pone8. Si tratta di una questione cruciale, intimamente connessa alla precedente (giacché le domande si formulano sempre e comunque a partire dal progetto teorico di descrizione entro cui si sceglie di operare) e tuttavia ben meno dibattuta, che tocca da vicino i primi due problemi individuati in apertura. È qui infatti che si gioca la partita “politica”, o, per usare i termini di Greimas, “terapeutica”, della semiotica. Provo a spiegarmi con un esempio concreto, che prende spunto da una recente ricerca collettiva svolta assieme alle colleghe e ai colleghi del Centro de Pesquisas Sociossemióticas di San Paolo, in Brasile9.

Supponiamo che mi venga chiesto di elaborare un progetto di ricerca in cui analizzare, da un punto di vista semiotico, i nuovi stadi di calcio di San Paolo — l’Arena Corinthians, palco della partita d’apertura dei mondiali del 2014 e l’Allianz Parque, del Palmeiras. Dinanzi a una proposta ancora così vaga, la prima cosa che farò sarà probabilmente andare a vedere come sono e che cosa succede dentro e attorno a questi stadi. Se sono fortunato, inizierò a percepire qualcosa di potenzialmente significante e significativo. Noterò magari che, rispetto ai vecchi stadi, i nuovi presentano alcune differenze : (i) i gradoni di cemento delle curve sono stati sostituti, come vuole la FIFA, con file di sedili muniti di schienale — il che impedisce, durante le partite, la realizzazione delle coreografie classiche delle torcidas ; (ii) negli ambienti interni, come negli shopping center della città, il marmo è uno dei materiali più utilizzati ; (iii) i negozi si sono moltiplicati ; (iv) il cibo, sempre più sofisticato, non è più quello di prima ; (v) le favelas situate nei pressi dello stadio sono state confinate dietro muri costruiti apposta per nasconderle (nel caso dell’Arena Corinthians) ; (vi) la gente cammina, si incontra, si ferma a parlare quasi soltanto nei marciapiedi opposti a quelli adiacenti alle pareti dello stadio, protette, a loro volta, da alte recinzioni (nel caso dell’Allianz Parque).

10 :
 Una questione che rimanda al problema dell’esemplarità e della generalizzazione, discusso recentemente da Maria Pia Pozzato. Cfr. M.P. (...)
11 :
 Cfr. P. Demuru, “Arena de disputas : o Itaquerão e Itaquera na luta pela cidade”, in A.C. de Oliveira (a cura), Sentido e (...)

È giunto ora il momento di pormi qualche domanda — o meglio, di porre qualche domanda al mio oggetto — e iniziare a capire cosa voglio dalla mia ricerca e come intendo portarla avanti. A questo proposito, mi si presentano alcune possibilità. Posso chiedermi, ad esempio, qual è la funzione che i nuovi stadi svolgono all’interno del contesto urbano, ipotizzando, magari, che non si tratta più di luoghi destinati allo sport, ma di veri e propri centri commerciali (e avrò sicuramente elementi per confermarlo). Ancora, posso chiedermi qual è la dinamica interna alle pratiche che hanno luogo fuori e dentro lo stadio, osservandone le variazioni durante i diversi momenti della giornata e della settimana e il modo in cui i soggetti attualizzano o non attualizzano i tratti distintivi dello spazio. Oppure posso puntare un po’ più in alto e chiedermi se, per caso, esiste una corrispondenza tra queste pratiche, la conformazione architettonica dei nuovi stadi, i materiali, i negozi, le favelas nascoste, i muri, ecc. e la più generale dinamica di controllo, igienizzazione, elitizzazione e privatizzazione che contraddistingue, su scala globale, la città di San Paolo e, in gran parte, le metropoli sudamericane. Domandarmi se e come i nuovi stadi ne sono un riflesso, o se e come contribuiscono ad alimentarla, provando a costruire una serie di relazioni con altri oggetti, valori, assiologie, regimi di senso e interazione dell’universo sociale e culturale entro cui essi si inscrivono (e il mio progetto teorico di descrizione mi fornisce strumenti per costruire ad hoc questo nuovo corpus)10. Chiedermi, ancora, se esistono — e, se esistono, come si configurano — forme di opposizione o pratiche alternative a questi regimi11.

12 :
 Sulla costruzione dei corpora tra micro e macro, problema fondamentale, a mio avviso, in chiave semiopolitica, si vedano F. Sedda, op. (...)
13 :
 Sulla relazione tra i regimi si veda A.C. de Oliveria, “Interação e sentido nas práticas de vida”, in Comunicação, Mídia e (...)

Ecco, non sono forse queste le domande che, in una prospettiva semiopolitica, è il caso di porre ai nostri oggetti ? Domande scomode e per certi versi ambiziose, che ci consentano di scagliargli al di là dei loro (ipotetici) confini e dei confini che si è soliti attribuire alla semiotica ? Di allargare lo sguardo e mettere in relazione micro e macro configurazioni di senso12, aiutandoci a svelare i rapporti di forza che si celano nei meandri delle nostre esistenze entro i quali siamo spesso obbligati a muoverci e di cui, il più delle volte, non percepiamo la presenza ? Di smascherare, per dirla con Landowski, i dispositivi di programmazione che tendono a usurare e desemantizzare le nostre vite quotidiane, le strategie di manipolazione di chi intende piegarci al proprio volere e alla propria ideologia, le forme di assentimento a un’istanza trascendente (Dio, il caso, l’opinione pubblica, internet o chissà chi altro) a cui appelliamo per dare un senso alle fatalità del destino, rinunciando, così, a farcene definitivamente carico ? Di mostrare, infine — e su questo tornerò a momenti — i percorsi attraverso cui gli si oppone resistenza, i processi tramite cui possono essere superati ?13

14 :
 Cfr. E. Landowski, “Le regard impliqué”, Passions sans nom, Paris, PUF, 2004, pp. 15-37.
15 :
 F. Sedda, op. cit., p. 41.
16 :
 Ibid.

Una simile scelta, è chiaro, comporta conseguenze. In primis, come dicevamo, la rinuncia alla neutralità. La progressiva assunzione di uno “sguardo implicato”14 e l’ammissione della nostra situatezza e della nostra parzialità. Come scrive Franciscu Sedda, per il soggetto semiotico e politico è necessario esplicitare, per quanto possibile, “le proprie motivazioni e i propri scopi (…) ed ancora condividere e spiegare i criteri di costruzione del proprio corpus rendendo conto del modo in cui si è scelto il materiale su cui fondare il proprio lavoro e dunque, fatalmente, orientare la propria analisi e le sue conclusioni”15. Bisogna insomma posizionarsi e giustificare la propria posizione, sia sul piano teorico e metodologico, sia — pensandolo in quanto piano strettamente vincolato al primo — su quello etico-politico. Un atteggiamento e una pratica che, quantomeno, continua Sedda, dovrebbe successivamente spingerci a “chiedere conto a noi, prima che a chiunque altro, di assumere consapevolmente (…) un nuovo punto di vista e un nuovo modo di agire sul mondo”16. E qui veniamo al terzo problema : quello della resistenzae delle alternativeai regimi dominanti o tendenti alla dominazione.

Ora, lo sappiamo, posizionarsi è anzitutto posizionarsi in opposizione a. Per Landowski, tuttavia, questo è soltanto un primo passo. Oltre a prendere posizione contro è necessario schierarsi, al contempo, a favore di qualcosa. Il che, nel suo caso, significa schierarsi a favore di un regime di senso e interazione preciso, diverso dalla programmazione, dall’assentimento e dalla manipolazione — così come li ho prima descritti : il regime dell’aggiustamento, fondato sulla logica de “l’union entre des interactants dotés de sensibilité”. Un regime che si configura come :

une pratique écologique du sens commandée par l’exigence d’un accomplissement mutuel dans des rapports de réciprocité entre soi et l’autre — que l’altérité en jeu soit celle de notre alter ego ou de tout autre élément composant notre environnement, notre “bios”.

Riassumendo, per mordere il sociale, pare ammonirci Landowski, non basta svelare le forme e i meccanismi semiotici del potere. Ancora oltre, si deve riflettere sulle resistenze e sulle alternative, guardando ai casi in cui, nella storia della cultura, si sono manifestate forme di vita ecologico-aggiustive — come, ad esempio, lo zen, l’haïkido, l’hésychasme, la malandragem eil jeitinho brasiliani, la métis dei greci (PMS, p. 4) —, cercando, magari, di scovarne le traduzioni e gli echi attuali e agendo noi stessi, in prima persona, come semiotici, in questa direzione (svincolandoci dalla visione del mondo implicita nella “idéologie dominante dans nos sociétés post-modernes à la fois indéfectiblement ‘démocratiques’ dans leurs principes et de jour en jour plus mercantiles dans les faits”) (PMS, p. 2). Soltanto reinventandosi in quanto ecologia del sociale che contribuisca al consolidamento concettuale di una nuova logica interazionale, la semiotica greimasiana, conclude Landowski, potrà ritrovare — al fianco di autori come François Jullien, Edgar Morin, Alain Badiou, già attivi in tal senso — il proprio spazio non solo nel campo delle scienze umane e sociali, ma anche, in quanto riflessione critica, all’interno del dibattito sociale.

2. Aggiustamenti politici

17 :
 Cfr. E. Landowski, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005 ; trad. it. di M.C. Addis, Rischiare nelle Interazioni, Milano, (...)

Quanto a quest’ultimo punto, è tuttavia il caso di porsi qualche ulteriore domanda. Tanto in Petit manifeste sémiotique quanto nelle sue opere precedenti17, Landowski individua e lavora su due tipologie di aggiustamento che, in chiave semiopolitica, vale la pena discutere in modo più approfondito.

18 :
 Op. cit., p. 51 (della traduzione italiana).
19 :
 Ibid., p. 56.

Da un lato, un aggiustamento (che in mancanza di una definizione migliore chiamerò qui aggiustamento 1) inteso quanto “interazione tra pari”18, in cui le parti coinvolte tendono, sulla base delle loro competenze estesiche, al “mutuo compimento”. La danza — o meglio, un certo tipo di danza — è probabilmente l’esempio che per Landowski meglio riassume questa relazione egualitaria. Si può danzare secondo le regole, eseguendo passi prestabiliti (programmazione). Si può danzare cercando di imporre al partner il proprio stile (manipolazione). O si può danzare, invece, aggiustandosi sensibilmente al compagno, in modo da compiersi non indipendentemente, ma “mediante il compimento stesso dell’altro danzatore”19 : un’interazione, come si ricorda in un altro passo di Petit manifeste (p. 4) guidata “par la quête de rapports de réciprocité ajustés aux potentialités de l’autre”.

20 :
 Ibid. pp. 56-62.
21 :
 Ibid. p. 57.

D’altra parte un aggiustamento (aggiustamento 2) che sorge come risposta ai regimi di programmazione e manipolazione dell’esistenza. Differentemente dal primo caso, abbiamo qui a che fare con “interazioni dispari”, in cui un soggetto resiste, aggiustandovisi, ad un’alterità — un soggetto in carne ed ossa, una situazione, un periodo storico, un governo, un bios, ecc. — che tende, al contrario, a dominarlo. È uno stile di condotta — e di vita — che Landowski compara all’arte della guerra di Sun Tzu, all’inerzia di Kutuzov dinanzi all’avanzata dell’armata di Napoleone, alla guerriglia messa in piedi durante la guerra in Iraq per scardinare i programmi di distruzione massiccia dell’esercito statunitense o, dopo la “vittoria”, ai suoi tentativi di manipolazione20, a una pratica, ovvero, che consiste “nel lasciare, nella misura del possibile, chel’avversario segua la propria inclinazione al fine di trarne vantaggio, precisamente aggiustandosi a essa”21. Molti degli esempi citati in Petit manifeste vanno esattamente in questa direzione : l’haïkido, la métis, la malandragem — il jeitinho e il jogo de cintura brasiliani —, pratiche e atteggiamenti esistenziali che incarnano bene questa capacità di ottimizzare le proprie risorse, di opporsi, aggirandone le barriere, alla volontà di dominio o controllo dell’altro, di invertirne o, se non altro, metterne in crisi la narrazione.

In questa seconda accezione, l’aggiustamento sembrerebbe avere molto a che spartire con quelle forme di antidisciplina studiate da Michel de Certeau — tattiche, nei termini del filosofo — ne L’invenzione del quotidiano. Opposte alla strategie — modalità di manipolazione dei rapporti di forza che si consolidano nel momento in cui un soggetto di volere e potere (una città, un esercito, un’azienda, un governo, ecc.) si riconosce o viene riconosciuto in quanto tale —, le tattiche configurano modi di fare attraverso cui i soggetti reinventano, agendo di straforo all’interno delle prime, la propria quotidianità. Gli stessi esempi che fornisce de Certeau coincidono o non si discostano di molto da quelli forniti da Landowski (la métis, tra gli altri).

22 :
 Ibid. p. 73.

C’è però una differenza fondamentale, che riguarda la portata e gli orizzonti politici del progetto scientifico dei due autori — e, di riflesso, i problemi che mi sono qui proposto di discutere : mentre la tattica decerteauiana si caratterizza per l’assenza di un luogo proprio e di una visione globalizzante, potendo esistere unicamente nello spazio controllato dal nemico, senza mai riuscire “a tesaurizzare i suoi guadagni”22 e porsi come alternativa al potere che elude, l’aggiustamento landowskiano tende, al contrario, all’assunzione di un’identità positiva : non soltanto, per così dire, a burlare le programmazioni e le manipolazioni dell’avversario, ma a stravolgerle e superarle, proponendosi, come si diceva, in quanto “orientation sociétale différente”. Un progetto che lo stesso Landowski non stenta in alcuni tratti a definire “utopico” (PMS, p. 3).

23 :
 Preciso che, nella lettura che propongo, l’aggiustamento 1 e l’aggiustamento 2 non coincidono, rispettivamente, alla sensibilità (...)

In altri termini : mi sembra esista in Petit manifeste sémiotique — e mi assumo la responsabilità circa la parzialità di questa lettura — una tensione etico-politica che dovrebbe condurre dall’aggiustamento 2 all’aggiustamento 1, inteso in quanto configurazione esistenziale alternativa a quelle a cui il primo si oppone — come, ancora, una nuova ecologia del sociale23. Dinanzi a un simile scenario si impongono, per chi intende impegnarsi in un progetto semiopolitico, nuovi problemi, nuovi compiti e nuovi panorami di ricerca.

24 :
 A questo riguardo, Landowski ci mette in guardia dalle derive mistiche e “new age” di forme di aggiustamento solo apparentemente di (...)

Innanzitutto, è necessario fare attenzione a non confondere, nelle nostre analisi, casi di aggiustamento 1 con casi di aggiustamento 2, ignorando o sottovalutando i rapporti di forza in gioco e attribuendo uno statuto di “interazione tra pari” a interazioni che, almeno in partenza, si presentano essenzialmente come interazioni “dispari”, più diffuse rispetto alle prime24.

25 :
 In Petit Manifeste sémiotique Landowski fornisce una bibliografia ragionata degli studi semiotici elaborati finora sull’argomento. Si (...)

In secondo luogo, sarebbe il caso di compiere studi approfonditi e dettagliati nell’ambito della storia della cultura o delle culture e delle società contemporanee che forniscano un quadro articolato di esempi concreti di entrambe le tipologie di aggiustamento e delle loro tensioni reciproche, non soltanto per testare le nostre ipotesi e i nostri modelli teorici, ma anche e soprattutto per affinarli a partire dai suggerimenti che soltanto corpora molteplici e variegati sono in grado di fornire25.

26 :
 E. Landowski, Rischiare, op. cit., p. 83. Il che dovrebbe portare a domandarsi e verificare se tale modello, caso riesca ad affermarsi, (...)

In terzo luogo ci si dovrebbe chiedere come si passa — e, nel caso, come possiamo rendere semioticamente conto di questo passaggio — dall’aggiustamento 2 all’aggiustamento 1. Non ho ovviamente risposte. Tuttavia, un cammino interessante potrebbe consistere nell’osservazione di casi in cui serie progressivi di aggiustamenti di tipo 2 conducano, poco alla volta, a un cortocircuito, o, nei termini di Landowski, a un incidente in grado di far saltare i meccanismi interni ai regimi di programmazione e manipolazione dominanti per poi imporsi, essi stessi, come modello interazionale prevalente — che l’aggiustamento stesso agisca insomma, sul piano narrativo, dal punto di vista di chi programma o di chi manipola, in quanto “attante jolly”, svolgendo un vero e proprio “ruolo catastrofico”, nel senso che Landowski attribuisce a questo termine26.

27 :
 Cfr. M. Canevacci, M., La Linea di polvere, Roma, Meltemi, 2007.

In quarto luogo, infine, ritengo sia quanto mai urgente un ulteriore presa di posizione etico-politica-linguistica, su cui gli antropologi hanno sicuramente qualcosa da insegnarci : di fronte a rapporti di forza potenzialmente distruttivi, è doveroso ricordare che le risposte dei più deboli non rappresentano meramente “astuzie” o “resistenze creative” alla de Certeau, ma, come ricorda Massimo Canevacci a proposito delle forme di sopravvivenza dei funerali Bororo entro la morsa dell’evangelizzazione salesiana, “tentativi disperati” di controllare una situazione destinata probabilmente, data l’elevata disparità di potere, al fallimento27. Per farla breve, a volte è bene chiamare le cose con il loro nome.

Riferimenti bibliografici haut de la page

Canevacci, Massimo, La Linea di polvere, Roma, Meltemi, 2007.

Demuru, Paolo “Reescrever os estádios”, in Ana C. de Oliveira (a cura), Do inteligível ao sensível, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.

—“Arena de disputas : o Itaquerão e Itaquera na luta pela cidade”, in A.C. de Oliveira (a cura), Sentido e interação nas práticas, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2016.

Greimas, Algirdas J., “Algirdas Julien Greimas mis à la question”, in M. Arrivé et al. (a cura), Sémiotique en jeu. A partir et autour de l’œuvre d’A.J. Greimas, Paris-Amsterdam, Hadès-Benjamins, 1987 ; trad. it. “Greimas in discussione”, in F. Marsciani (a cura), Miti e figure, Bologna, Esculapio, 1995.

—e Joseph Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979. Trad. it. Semiotica. Dizionario ragionato della teoria del linguaggio, Firenze, La casa Usher, 1986.

Landowski, Eric, “Le regard impliqué”, Passions sans nom, Paris, PUF, 2004.

Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005 ; trad. it. Rischiare nelle Interazioni, Milano, Franco Angeli, 2010.

Lorusso, Anna Maria, “I corpora della cultura”, in M. Serra (a cura), Entorno de la semiotica de la cultura. Actas del I Congresso Internacional del Gesc, Madrid, Fragua, 2012.

Marrone, Gianfranco, “L’invenzione del testo. Appunti per una ricerca”, Versus, 103-105, 2008.

Marsciani, Francesco, Tracciati di Entosemiotica, Milano, Franco Angeli, 2007.

Oliveira, Ana C. de (a cura), São Paulo público e privado : abordagem sociossemiótica, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.

Do sensível ao intelígivel, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.

— “Interação e sentido nas práticas de vida”, in Comunicação, Mídia e Consumo. Revista do Programa de Pós-Graduação em Comunicação – ESPM, vol. 2, 31, 2014.

Pozzato, Maria Pia, “La dinamica caso/generalizzazione in sociosemiotica”, in A.C. de Oliveira (a cura), As Interações sensiveis, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.

Sedda, Franciscu, Imperfette traduzioni. Semiopolitica delle culture, Roma, Nuova Cultura, 2012.

Notes - document 6 haut de la page

1  A. J. Greimas, “Algirdas Julien Greimas mis à la question”, in M. Arrivé et al. (a cura di), Sémiotique en jeu. A partir et autour de l’œuvre d’A.J. Greimas, Paris-Amsterdam, Hadès-Benjamins, 1987 ; trad. it. di Gianfranco Marrone, “Greimas in discussione”, in F. Marsciani (a cura di), Miti e figure, Bologna, Esculapio, 1995, p. 169.

2  F. Sedda, Imperfette traduzioni. Semiopolitica delle culture, Roma, Nuova Cultura, 2012, p. 39.

3  “Greimas in discussione”, op. cit., p. 169.

4  Ibid.

5  Ibidem

6  Cfr. A.J. Greimas e J. Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raissoné de la théorie du language, Paris, Hachette, 1979. Trad. it. Semiotica. Dizionario ragionato della teoria del linguaggio, Firenze, La casa Usher, 1986, ad vocem “Testo”.

7  G. Marrone, “L’invenzione del testo. Appunti per una ricerca”, in Versus, 103-105, 2008, p. 246.

8  Francesco Marsciani riassume bene la relazione tra questi due punti ricordando che : (i) “ciò che si osserva contiene i valori che ne determina la significatività (non osserviamo mai qualcosa che non sia in qualche modo già interpretato nella e dalla immanenza dei suoi elementi costitutivi : agenti, profondità spaziali, tensioni temporali)” e (ii) che “il valore di ciò che si osserva dipende dalla relazione tra osservato e osservatore”. Cfr. Francesco Marsciani, Tracciati di Entosemiotica, Milano, Franco Angeli, 2007, p. 11.

9  Intitolato “Práticas de vida e produção de sentido da metropole de São Paulo : regimes de visibilidade, regimes de interação e regimes de reescritura”, il progetto, coordinato da Ana Claudia de Oliveira e finanziato dalla Fundação de Amparo à Pesquisa dello Stato di San Paolo, si è svolto nel corso degli ultimi anni — dal 2011 al 2015 — e ha dato vita a una serie di pubblicazioni. Cfr. A.C. de Oliveira (a cura), São Paulo público e privado : abordagem sociossemiótica, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014 ; A.C. de Oliveira (a cura), Do sensível ao intelígivel, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014. La ricerca è stata condotta parallelamente a uno studio su Roma realizzato da un gruppo di ricercatori legati all’Università “La Sapienza” — partner del progetto — sotto la supervisione di Isabella Pezzini, al fine di comparare le pratiche di vita e le dinamiche di produzione di senso nelle due città. Mentre scrivo sono in corso di pubblicazione in Brasile e in Italia i volumi curati rispettivamente da Ana C. de Oliveira e Isabella Pezzini che presentano i risultati del lavoro.

10  Una questione che rimanda al problema dell’esemplarità e della generalizzazione, discusso recentemente da Maria Pia Pozzato. Cfr. M.P. Pozzato, “La dinamica caso/generalizzazione in sociosemiotica”, in Ana C. de Oliveira (a cura), As Interações sensiveis, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014, pp. 171-178.

11  Cfr. P. Demuru, “Arena de disputas : o Itaquerão e Itaquera na luta pela cidade”, in A.C. de Oliveira (a cura), Sentido e interação nas práticas, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2016, pp. 211-246. P. Demuru, “Reescrever os estádios, in A. C. de Oliveira. (a cura), Do inteligível ao sensível, op. cit., v. 1, pp. 697-715.

12  Sulla costruzione dei corpora tra micro e macro, problema fondamentale, a mio avviso, in chiave semiopolitica, si vedano F. Sedda, op. cit., in particolare “Introduzione” e capitolo 1 ; Anna Maria Lorusso, “I corpora della cultura”, in M. Serra (a cura), Entorno de la semiotica de la cultura. Actas del I Congresso Internacional del Gesc, Madrid, Fragua, 2012, pp. 17-25.

13  Sulla relazione tra i regimi si veda A.C. de Oliveria, “Interação e sentido nas práticas de vida”, in Comunicação, Mídia e Consumo. Revista do Programa de Pós-Graduação em Comunicação – ESPM, vol. 2, 31, 2014, pp. 179-198 e l’Introduzione al volume su San Paolo e Roma (in corso di pubblicazione).

14  Cfr. E. Landowski, “Le regard impliqué”, Passions sans nom, Paris, PUF, 2004, pp. 15-37.

15  F. Sedda, op. cit., p. 41.

16  Ibid.

17  Cfr. E. Landowski, Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2005 ; trad. it. di M.C. Addis, Rischiare nelle Interazioni, Milano, Franco Angeli, 2010.

18  Op. cit., p. 51 (della traduzione italiana).

19  Ibid., p. 56.

20  Ibid. pp. 56-62.

21  Ibid. p. 57.

22  Ibid. p. 73.

23  Preciso che, nella lettura che propongo, l’aggiustamento 1 e l’aggiustamento 2 non coincidono, rispettivamente, alla sensibilità reattiva e alla sensibilità percettiva,differenziate da Landowski ne Les interactions risquées. Entrambi ricadono nell’ambito di quest’ultima, poiché la sensibilità reattiva, pur configurandosi come risposta di aggiustamento sensibile a programmi previamente definiti, è ben più prevedibile rispetto a quelle di cui stiamo qui discutendo.

24  A questo riguardo, Landowski ci mette in guardia dalle derive mistiche e “new age” di forme di aggiustamento solo apparentemente di tipo 1. Cfr. Petit Manifeste, p. 2.

25  In Petit Manifeste sémiotique Landowski fornisce una bibliografia ragionata degli studi semiotici elaborati finora sull’argomento. Si vedano ancora, a questo proposito, gli studi su San Paolo precedentemente citati.

26  E. Landowski, Rischiare, op. cit., p. 83. Il che dovrebbe portare a domandarsi e verificare se tale modello, caso riesca ad affermarsi, venga successivamente ad assumere — da un altro punto di vista — i contorni di una nuova programmazione.

27  Cfr. M. Canevacci, M., La Linea di polvere, Roma, Meltemi, 2007.

DOCUMENT VII

Jose Luiz Fiorin
Université de São Paulo

Sémiotique et histoire

Dans son « petit manifeste sémiotique », Eric Landowski propose que le regard de la sémiotique sur les pratiques dominantes du sens ne soit pas neutre et que le sémioticien s’engage « dans un travail en dernier ressort politique visant, à travers la transformation des rapports de sens, la transformation des rapports sociaux et des formes de vie ». L’auteur affirme qu’« en ce sens, “faire de la sémiotique”, c’est bien [...] faire de la politique ».

Landowski sait que le principe d’immanence est l’un des fondements de la sémiotique que nous pratiquons. Pour cette raison, tout en admettant que la position qu’il défend « peut certes passer pour un parti pris extra-sémiotique, d’ordre politique, ou inspiré par une éthique », il affirme qu’en réalité elle ne lui « semble [pas] déroger à la sphère de cohérence proprement sémiotique » : « elle découle, sauf illusion, de la théorie même, de ses principes de cohérence internes ».

1 :
 Jean-Paul Sartre, « Jean-Paul Sartre répond » L’arc, 30, 1966, p. 88.

1. Eu égard à ses origines structuralistes, il est souvent — et injustement — fait grief à la sémiotique d’avoir ignoré la dimension historique du sens et fait abstraction de l’histoire dans son analyse du discours. Dans sa critique de l’ouvrage Les mots et les choses de Foucault, Sartre, s’en prenant au structuralisme qu’il considère comme « le dernier barrage que la bourgeoisie puisse encore dresser contre Marx », affirme que chez les idéologues bourgeois « on opposera à l’histoire, domaine de l’incertitude, l’analyse des structures qui, seule, permet la véritable investigation scientifique »1. Le manifeste d’Eric Landowski doit être accueilli avec grand intérêt car malgré le caractère quelque peu fantaisiste des imputations dont Sartre donne ici un exemple, il est vrai que les sémioticiens n’ont jamais vraiment eu à l’esprit de mettre en avant, d’approfondir, d’assumer la dimension politique du travail sémiotique ou de répondre en termes théoriques à ce genre d’affirmations.

Comme le révèle cet extrait, un parmi les plus connus de Marx et Engels, les pratiques de sens dominantes correspondent à celles de la classe dominante :

2 :
 Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande, Paris, Éditions Sociales, 1974, p. 86.

Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants, saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante ; autrement dit, ce sont les idées de sa domination.2

Ces pratiques produisent un effet de naturalisation du discours : surdéterminés par la modalité de la nécessité (devoir être), les discours ainsi engendrés acquièrent une valeur de vérité telle qu’ils sont jugés conformes à la réalité. Le premier geste politique du sémioticien consiste par conséquent à démasquer cette naturalisation du discours en exposant sa contingence (ne pas devoir être). Pour ce faire, le sémioticien dévoilera son caractère historique, qui annule l’effet de sens de la naturalisation.

Héritière de Hjelmslev, la sémiotique narrative et discursive s’est construite en suivant ses pas. Loin de dédaigner l’histoire, elle prend en compte l’historicité des textes. Cette possibilité d’historiciser les discours résulte de la théorie même. Mais il convient d’examiner comment elle procède. Bien entendu, elle rejette l’idée que l’étude de l’historicité d’un texte consiste à relater des anecdotes sur ses conditions de production : l’auteur (biographie, etc.), le lieu, l’époque. C’est dans les Prolégomènes à une théorie du langage, première ébauche de son projet de science, que Hjelmslev pose le geste épistémologique liminaire qui va lui permettre de déterminer son objet théorique : la réduction.

3 :
 Louis Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage, Paris, Minuit, 1968, p. 12. (Ci-après, numéro de page dans le texte).

La première réduction opérée est la postulation de l’immanentisme. La linguistique « doit chercher à saisir le langage non comme un conglomérat de faits extra-linguistiques (physiques, physiologiques, psychologiques, logiques, sociologiques), mais comme un tout qui se suffit à lui-même, comme une structure sui generis »3. Le langage ne sera donc pas conçu comme un moyen de saisir d’autres réalités, telles que les fluctuations de la psyché humaine ou le génie d’un peuple, une structure sociale déterminée, les relations historiques entre des peuples et des nations, etc. (p. 10-11). Au contraire, la linguistique doit connaître la langue en soi.

Et comme la langue, bien sûr, n’est pas un objet homogène — au contraire, elle admet de nombreuses variations et fluctuations dans le discours —, c’est en s’efforçant de dégager les constantes qui demeurent sous ces multiples transformations que linguiste en traitera. La tradition humaniste nie l’existence de toute constante dans les phénomènes humains, et du même coup la légitimité de sa recherche. Les faits humains, par opposition aux faits de la nature, seraient toujours singuliers et par conséquent ne pourraient ni être soumis à des méthodes exactes ni généralisés. La linguistique hjelmslevienne postule en revanche qu’à tout procès correspond un système susceptible d’être analysé et décrit à partir d’un nombre restreint de prémisses. D’un procès à un autre, un nombre limité d’éléments en eux-mêmes stables réapparaissent selon de nouveaux arrangements. Il s’agit alors d’établir un calcul général des combinaisons possibles, de prédire les événements qui peuvent se produire, ainsi que les conditions de leur réalisation.

Autrement dit, la finalité d’une théorie du langage consiste à rechercher l’existence d’un système sous-jacent à des processus diversifiés, avec comme fondement l’idée que la constance est sousjacente à la fluctuation (pp. 17-20). La théorie du langage, tout en visant à élaborer des procédures qui autorisent une description non contradictoire et exhaustive des objets d’une nature donnée, ne doit pas se borner à permettre la reconnaissance d’un objet déterminé mais doit avoir une nature prédictive, c’est-à-dire permettre de décrire tous les objets d’une nature supposée commune, en l’occurrence le système et les productions de toutes les langues, et non pas d’une seule. Sa méthode ne peut donc pas être inductive, car il s’avère impossible de parcourir l’ensemble des textes existants dans toutes les langues. En outre, tous les textes possibles doivent être pris en compte, et pas seulement les textes existants (pp. 31-34).

Les langues naturelles constituent donc l’objet d’étude (p. 36). Ce qui est recherché est la connaissance immanente de la langue conçue comme une structure spécifique ne se fondant que sur elle-même. Les constantes sont à rechercher au sein même de la langue et non en dehors. Pour ce faire, la linguistique étudie la forme et non la substance. Autrement dit, les objets qu’elle analyse ne sont pas définis en soi mais uniquement par leur rapport à d’autres objets. Comme on sait, Hjelmslev va même plus loin, en postulant que l’objet examiné et ses parties n’existent que sur la base de ces relations, ou « dépendances » : les objets linguistiques (la substance) sont des points d’intersection de faisceaux de relations. La totalité n’est donc pas constituée d’« objets », mais plutôt de dépendances. Ce sont les relations dans le système (du type « ou... ou... ») et dans le procès (« et... et... ») qui ont une existence scientifique, et non leur manifestation (pp. 39-46). Ces principes une fois établis, Hjelmslev expose rigoureusement les modalités d’analyse des relations qui créeront les éléments des plans de l’expression (les sons) et du contenu (les concepts) dans les langues naturelles.

2. Or, tout ce que Hjelmslev vient d’écarter lors de la réduction épistémologique, il propose à la fin des Prolégomènes de le réincorporer. Commençant par reconnaître qu’il existe des structures dont la forme est analogue à celle des langues naturelles, il réintroduit la totalité des autres langages dans la théorie. Une langue, affirme-t-il, est une sémiotique dans laquelle toutes les autres sémiotiques peuvent être traduites, aussi bien l’ensemble des langues que les autres sémiotiques. Toutefois, eu égard au projet initial — l’étude des langues naturelles —, il montre que tout ce qui est doté de sens ne constitue pas nécessairement une sémiotique. Pour exister, une sémiotique doit opérer sur deux plans, ce qui est rendu effectif avec l’absence de relation univoque entre un fonctif du plan de l’expression et un fonctif du plan du contenu, à l’instar du jeu d’échecs ou des systèmes de symboles (pp. 139-153).

Envisageant toutes les sémiotiques, Hjelmslev ne se donne pas seulement pour objet les sémiotiques dénotatives, mais aussi les sémiotiques connotatives (celles dont le plan d’expression est une sémiotique) et les métasémiotiques (celles dont le plan du contenu est une sémiotique). Les styles, les genres du discours, les variétés linguistiques, la langue ou les langues dans lesquelles le texte a été produit, etc., sont alors incorporés à la théorie (pp. 155-167).

Dans le dernier chapitre du même livre, Hjelmslev explique que l’exigence première d’établir une « méthode sûre pour décrire tel texte non limité rédigé dans telle langue “naturelle” définie d’avance » a dû céder la place « à une attitude scientifique qui a fini par s’imposer et nous amener à une conception d’ensemble que l’on ne peut guère imaginer plus large » (p. 169).

Tout texte oblige le chercheur à le replacer, par catalyse, dans une totalité que le linguiste doit reconnaître. Cette totalité n’est pas isolée.

Tout système est une totalité qui se suffit à elle-même ; mais aucune totalité n’est isolée. Catalyse sur catalyse obligent à élargir la perspective jusqu’à ce que l’on arrive à tenir compte de toutes les connexions. [...] De catalyse en catalyse, langages de connotation, métalangages et métasémiologie sont obligatoirement intégrés dans la théorie. Ainsi, toutes les grandeurs qui, en première instance et à seule vue du schéma du langage-objet devaient provisoirement être écartées comme n’étant pas des objets linguistiques, sont réintégrées et comprises comme des composantes nécessaires des structures linguistiques d’un ordre supérieur. Par suite, il n’existe pas de non-langage qui ne soit pas composante de langage et, en dernière instance, il n’existe aucun objet qui ne puisse être éclairé à partir de la position clef qu’occupe la théorie du langage. La structure linguistique se révèle comme un point de vue à partir duquel tous les objets scientifiques peuvent être examinés. (pp. 169-170)

Initialement, Hjelmslev montre que la théorie est immanente et établit comme objet la constance, le système et la fonction interne. L’impression qui en ressort est que tout cela se produit « aux dépens des fluctuations et des nuances, aux dépens de la vie et de la réalité concrète, physique et phénoménologique » (p. 171). Toutefois, dans l’esprit du linguiste danois, il ne s’agit que d’une restriction provisoire, d’un geste méthodologique nécessaire pour « arracher son secret au langage » (p. 171). Et de fait, il pose ensuite l’exigence méthodologique complémentaire d’incorporer l’histoire, la réalité concrète à la théorie :

Au lieu de faire échec à la transcendance, l’immanence lui a au contraire redonné une base nouvelle plus solide. L’immanence et la transcendance se rejoignent dans une unité supérieure fondée sur l’immanence. La théorie est conduite par nécessité interne à saisir non seulement le système linguistique dans son schéma et dans son usage pris dans leur totalité comme dans leurs détails, mais aussi l’homme et la société humaine présents dans le langage (nous soulignons) et, à travers lui, à accéder au domaine du savoir humain dans son entier. La théorie du langage a ainsi atteint le but qu’elle s’était assigné : humanitas et universitas. ( p. 171)

L’historicité du sens sera incorporée à la théorie sous le primat de la forme (au sens hjelmslevien). Elle ne sera donc jamais extrinsèque au sens.

4 :
 Algirdas J. Greimas, Sémantique structurale. Recherche de méthode, Paris, Larousse, 1966, p. 37.

3. Cependant, que signifie intégrer l’histoire à la théorie sous le primat de la forme ? En premier lieu, il convient de considérer que chez Hjelmslev la substance ne consiste pas en la masse amorphe de la pensée et ne se confond pas non plus avec les multiples possibilités articulatoires de l’appareil vocal. Elle n’est pas une réalité extra-linguistique mais la manifestation d’une forme du contenu ou de l’expression située à un niveau différent. Ainsi, un concept ou un son dérivent d’une forme et sont par conséquent des substances. Greimas le souligne : « (…) forme et substance sont deux notions relatives qui dépendent du niveau d’analyse choisi : ce qui paraît substance à un certain niveau, peut être analysé comme forme à un autre niveau »4.

Si nous déterminons les phonèmes d’une langue, nous pouvons dire que tous les allophones d’un phonème donné sont du niveau de la substance. Cependant, lorsqu’on fixe les variétés régionales de cette langue, ces variantes sont appréhendées dans leurs relations, selon une perspective différentielle, et sont donc examinées en tant que formes.

Ainsi, étudier l’historicité inhérente à un discours revient à l’analyser d’un point de vue différentiel, du point de vue des relations (contraires ou contradictoires) que ce discours entretient avec un ou d’autres discours. Voilà précisément ce que signifie intégrer l’histoire à la théorie sous le primat de la forme. Le mode d’appréhension de l’historicité, qui résulte nécessairement de la théorie, est la saisie des différences.

5 :
 Mikhaïl Bakhtine,La poétique de Dostoïewski, Paris, Seuil, 1970, pp. 238-243 ; id., L’œuvre de François Rabelais et la culture (...)

Chaque discours se manifeste comme une prise de position par rapport à un autre discours. Comme Bakhtine l’enseignait d’ailleurs lui aussi, un discours ne se constitue pas à partir de la « réalité » mais à partir d’autres discours5. Le discours de Copernic se constitue en opposition au discours de Ptolémée, dans le but de démontrer que la Terre n’est pas le centre de l’univers, etc. Le discours de Darwin se constitue en opposition avec le discours de la Bible afin d’expliquer que l’homme n’a pas été créé par Dieu mais qu’il est le produit d’un processus évolutif. Le discours de Freud se constitue en opposition avec le discours qui soutient que tout homme est entièrement responsable de ses actes, et il entend révéler que nous sommes loin d’être maîtres de tous nos agissements. En un mot, le mode de fonctionnement réel du discours est la différence.

L’historicité du discours n’est donc en rien une chose extrinsèque qui serait donnée par des références à des événements contemporains du discours ou par des considérations sur ses conditions de production. L’historicité des énoncés se donne à saisir dans le mouvement linguistique même de leur constitution. La compréhension de l’histoire qui imprègne le discours repose sur la perception des relations entretenues avec le discours de l’autre. L’analyse historique des textes n’est pas la description d’une époque, le récit de la vie d’un auteur, mais consiste en une analyse sémantique fine et subtile faisant apparaître des contrariétés et des contradictions, des approbations ou des objections, des adhésions ou des refus, des controverses et des accords, des glissements de sens, des effacements, etc. Puisque le sens se constitue fondamentalement dans la confrontation, dans la contradiction, dans l’opposition des voix qui s’entrechoquent dans l’arène du réel, il est assurément historique, et par conséquent l’histoire lui est intrinsèque, et non extrinsèque. Capter les relations entre le texte et l’histoire revient à appréhender ce mouvement dialectique de constitution du sens.

4. Non seulement le sémioticien décrit les discours qui se forment dans le cadre de rapports de contrariété ou de contradiction, mais il prend aussi position. Dans la mesure où il montre que les discours dominants ne sont pas naturels et nécessaires mais au contraire historiques et contingents, sa position s’aligne sur celle des discours non dominants. Maintes études sémiotiques ont entrepris ce travail politique, en dénaturalisant les discours dominants. Nous en évoquerons quelques-unes.

6 :
 Les interactions risquées, Limoges, PULIM, 2005.
7 :
 Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 15-44.
8 :
 La société réfléchie,Paris, Seuil, 1989, p. 160.
9 :
O regime de 1964 : discurso e ideologia, São Paulo, Atual, 1988.

La grammaire narrative standard a établi un modèle de narrativité généralement considéré comme universel : le modèle fondé sur la manipulation. Mais dans Les interactions risquées, Landowski montre que ce modèle n’est qu’un modèle possible parmi d’autres6. Sur la base du primat de la forme, il propose de reconnaître quatre régimes de sens qui impliquent quatre modèles de narrativité — manipulation, programmation, accident, ajustement — et loin de se borner à les décrire il prend nettement position pour l’ajustement. Dans « Quêtes d’identité, crises d’altérité », étude très actuelle eu égard à la crise provoquée par la présence massive d’immigrants en Europe, Landowski analyse et compare les principes des discours tenus à propos de l’étranger : discours de l’exclusion, de la ségrégation, de l’assimilation et de l’admission7. Il montre non seulement l’ignominie des discours ségrégationnistes et d’exclusion mais révèle aussi la perversité du discours assimilationniste, qui semble pourtant procéder des meilleures intentions du monde. Et il prend clairement parti pour le discours de l’admission. Dans « Une sémiotique du quotidien (Le Monde, Libération) », le même auteur examine les diverses stratégies énonciatives mises en œuvre par les organes de presse pour écrire discursivement la quotidienneté et la décrire narrativement, en créant ainsi un effet de sens global. Et là encore le sémioticien analyste prend subtilement position, en l’occurrence en faveur du journal dit « de référence »8 . Nous-même, dans une étude du discours de la dictature militaire de 1964 au Brésil, nous prononçant contre ce discours hégémonique, nous avons montré comment le système sémantique qui est à sa base se constitue par opposition à ce qu’on peut identifier, lato sensu, comme le discours de la gauche, et comment ce discours « de gauche » est lui-même lu par le premier général-président dans l’optique de ce qu’il appelle une « purification sémantique » du Brésil9.

5. Il est donc aisé de constater que ce travail politique de la sémiotique n’est pas une « illusion ». Au contraire, il résulte des « principes de cohérence internes » de la théorie, dans la mesure même où cette dernière intègre l’histoire sous le primat de la forme.

Aujourd’hui, une intervention politique de la sémiotique est particulièrement urgente. Ce à quoi elle doit faire face est un discours économique qui, partout dans le monde, se présente comme « la » vérité en prenant la forme d’un discours de la compétitivité. Affirmant l’inéluctabilité du processus de mondialisation, un tel discours implique nécessairement, corrélativement à l’ouverture des marchés, la contraction de l’État, la réduction des politiques publiques, la privatisation du patrimoine public, l’immersion dans des chaînes de valeur globalisées (dans le cas brésilien, cette insertion reste, il est vrai, sulbaterne du fait que le pays doit se consacrer essentiellement à l’exportation de matières premières et de denrées alimentaires), la précarisation du travail et l’altération du droit du travail. Le mal-être que provoque cette politique n’a pas trouvé chez la gauche de projet concret de développement susceptible d’y répondre en assurant la croissance économique, la génération d’emplois et de revenus, l’insertion sociale et la distribution de la richesse. D’où le puissant resurgissement d’un discours d’extrême-droite proposant, en opposition à l’ouverture de la mondialisation, une fermeture centrée sur l’idée des États-nations, avec tous ses corollaires — nationalisme, xénophobie, exclusion... Face à ce discours, une argumentation purement morale — « il est indigne d’être xénophobe, il est rétrograde d’être nationaliste, il est stupide de refuser la diversité » — semble bien oiseuse, ou pour le moins insuffisante. Certains avanceront que le sémioticien n’est pas qualifié pour proposer un nouveau discours économique. Il est en revanche pleinement compétent pour déconstruire le discours qui est aujourd’hui responsable, chez une grande partie de la population, d’un sentiment de perte généralisée (perte d’identité, d’avenir, perte de sens) et de son correspondant passionnel, le ressentiment. Et il est aussi en mesure de montrer, en contrepartie, qu’un discours alternatif est possible.

Notes - document 7 haut de la page

1  Jean-Paul Sartre, « Jean-Paul Sartre répond » L’arc, 30, 1966, p. 88.

2  Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande, Paris, Éditions Sociales, 1974, p. 86.

3  Louis Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage, Paris, Minuit, 1968, p. 12. (Ci-après, numéro de page dans le texte).

4  Algirdas J. Greimas, Sémantique structurale. Recherche de méthode, Paris, Larousse, 1966, p. 37.

5  Mikhaïl Bakhtine,La poétique de Dostoïewski, Paris, Seuil, 1970, pp. 238-243 ; id., L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970, pp. 34-36.

6  Les interactions risquées, Limoges, PULIM, 2005.

7  Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 15-44.

8  La société réfléchie,Paris, Seuil, 1989, p. 160.

9 O regime de 1964 : discurso e ideologia, São Paulo, Atual, 1988.

DOCUMENT VIII

Jacques Fontanille
CeReS, Université de Limoges

Le prix et la valeur de l’engagement

Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose.
Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles

Eric Landowski nous invite à dialoguer. Le texte qu’il propose pour cela est clairement suffisant pour exposer la position à partir de laquelle le dialogue doit se développer. On n’en prendra donc pas prétexte pour faire un autre texte, éventuellement concurrent, ni pour dire la même chose autrement, ni pour dire le contraire. En acceptant le dialogue, j’exprime sans ambiguïté mon adhésion au principe que ce texte pose et que Durkeim formulait à sa manière à la fin du XIXe siècle :

1 :
 Émile Durkheim, De la division du travail social. Paris, Presses Universitaires de France, 1967 [1897], « Préface de la première (...)

Mais de ce que nous nous proposons avant tout d’étudier la réalité, il ne s’en suit pas que nous renoncions à l’améliorer : nous estimons que nos recherches ne méritent pas une heure de peine si elles devaient n’avoir qu’un intérêt spéculatif.1

2 :
 Plusieurs de ces commentaires mériteraient d’être eux-mêmes commentés par des « émoi-icônes ». Ce type d’expression (...)

Ma contribution sera donc un commentaire, une suite de commentaires2 qui viennent en appui ou en discussion de la position défendue par Landowski, pour tenter d’en expliciter le « prix » (épistémologique) et la « valeur » (éthique).

Le premier point, décisif du point de vue de l’épistémologie et de la méthode sémiotique, est le choix des interactions. L’interaction, en effet, est proposée à la fois comme ressort de la production du sens (c’est le versant épistémologique) et comme focus de l’analyse (c’est le versant méthodologique). Le geste est fort, puisqu’il pose l’interaction en quelque sorte à égalité et en alternative, par exemple au principe de la transformation, chez Greimas (le sens ne peut être saisi que dans sa transformation), ou au principe de l’inférence, chez Eco (le sens ne peut être produit que par inférence). Certes, Landowski se donne lui-même, comme proches parents et concurrents à la fois, la sémiotique tensive et la sémiotique subjectale, mais les tensions (chez Zilberberg et Fontanille) et les instances (chez Coquet) ne sont pas des principes fondamentaux et exclusifs de la production du sens ; elles n’en sont que les effets critiques que l’analyse doit interroger ; la construction du sens produit des tensions sémantiques, alors qu’à l’inverse, ce sont les interactions qui sont supposées produire du sens. Comme on pouvait le pressentir, le choix même des interlocuteurs et concurrents — ceux qu’on évite autant que ceux qu’on retient — est peut-être déjà un geste politique.

3 :
 Paolo Fabbri, Le tournant sémiotique, Paris, Lavoisier, 2008.

On pourrait prolonger la comparaison avec les principes de la transformation et de l’inférence en évoquant, notamment à partir de la reprise de ces thèses par Paolo Fabbri3, le fait que ces ressorts du sens donnent lieu à des chaînes elles-mêmes signifiantes, que ce soient la chaîne des transformations dans la narrativité greimassienne ou celle des inférences dans l’interprétation piercienne : ce type de syntagmatique est moins fortement revendiqué dans la socio-sémiotique de Landowski, il y est peut-être même secondaire, mais néanmoins présent.

Le principe de l’interaction, comme celui de la transformation ou de l’inférence, se nourrissent d’abord de la même conception fondamentale du sens : ce n’est pas une donnée, il n’est pas déposé dans quelque niche (textuelle ou écologique, peu importe), il n’est pas à recueillir et à extraire. Le sens est à construire, et cette construction ne peut commencer qu’en prenant appui sur des événements dont nous faisons l’expérience, que ce soient ceux que suscite le passage d’un état de choses à un autre (la transformation), d’un état cognitif à un autre (l’inférence), ou ceux qui, comme pour Landowski, impliquent le passage d’une relation (ou absence de relation) entre telle entité individuelle ou collective et telles ou telles autres entités présentes dans leur milieu (leur « bios »), à une autre relation (l’interaction). Les différences entre ces trois conceptions sont connues et même évidentes, il n’est pas nécessaire de s’y arrêter plus longuement.

4 :
 On peut noter, par exemple, que Roberto Pellerey, dans «Fuori mercato», propose une alternative intéressante, pour parvenir au même (...)

En revanche, la question se pose de leur capacité plus ou moins grande à susciter ou à porter un engagement, critique ou politique. Pourrait-on dire que le principe de l’interaction serait plus favorable (voire le seul qui serait propice) au développement d’une sémiotique présente au monde, et capable d’y intervenir efficacement ?4 Le principe de la transformation, par exemple, n’est inéluctablement lié ni à son interprétation proppienne, ni à sa réduction à la programmation et à la manipulation, ni même à la seule description des formes narratives canoniques. Il y a des transformations programmées, d’autres qui sont inventives ; il y a des transformations à l’intérieur d’un monde narratif clos, d’autres qui font voler les frontières en éclat ; il y a des transformations qui rétablissent un système et un ordre de valeurs, d’autres qui les déstabilisent ou en suscitent d’autres ; il y a des transformations passionnelles, esthésiques, voire des transformations stationnaires, dont les processus restent ouverts, et où se jouent entre autres des capacités de refus et de résistance.

On peut alors comprendre le choix de l’interaction de deux manières différentes et complémentaires, et sous ces deux manières, comme un même geste d’extension radicale : d’une part , comme le choix d’un mode de production et de construction du sens, d’autre part comme le choix d’un domaine de pertinence, d’un « périmètre » où il semble justifié de construire le sens.

5 :
 A.J. Greimas et Joseph Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979, p. 46 (entrée (...)
6 :
 En ce sens que la signification subsume et régit la communication (qui n’en est qu’un cas particulier), et non l’inverse. Ce qui (...)

Sous le point de vue du mode de production du sens, le principe des interactions se présente comme une extension majeure et multidirectionnelle, mais une extension tout de même, de celui de la « communication », qui était déjà définie comme une « intersubjectivité » dans le Dictionnaire de Greimas et Courtés5. C’était aussi cette même communication (des biens, des femmes et des messages) qui permettait à Lévi-Strauss de mettre au goût du jour, dans les années soixante, le principe de l’échange et de la réciprocité généralisés, qu’il tenait de Marcel Mauss. Cette filiation explique en grande partie le succès de ce courant socio-sémiotique auprès des « sciences de la communication », notamment en Italie, au Brésil et en France. Elle n’en pose pas moins, sachant combien la distinction et la hiérarchie entre « signification » et « communication » était décisive aux premiers temps de la sémiotique greimassienne6, un problème de stratégie : faudrait-il passer par une généralisation de la communication, étendue, reformulée et reconfigurée en interaction, pour que la construction de la signification ait une dimension politique ?

Sous le point de vue du domaine de pertinence, le périmètre de l’interaction pourrait être considéré comme le plus étendu, bien plus en tout cas que celui de l’inférence, à condition de considérer que les interactants ne sont pas nécessairement des humains : des humains, certes, mais aussi toutes sortes d’êtres vivants, ou encore des « objets en société », des robots et des machines, des paysages et des territoires de notre Terre. On voit alors immédiatement ce qui est impliqué dans cette extension : la diversité, dite trop rapidement « culturelle », et qui est d’abord la diversité des collectifs de sens. Chacun de ces collectifs de sens définit quels sont les types d’existants qui le constituent, et quels types de relations entre eux peuvent être considérés comme signifiants.

Les interactions sémiotiques, ainsi comprises et étendues, en effet, n’ont pas de périmètre universel, ou universalisable. Chaque périmètre, chaque composition des interactions possibles, chaque « domaine de pertinence » sémiotique dépend d’un type de collectif, ou instaure un type de collectif, puisque chaque type de collectif sélectionne — cette sélection est l’élément principal de sa définition — les existants qui sont susceptibles de participer à des interactions pertinentes. Il y a par exemple des collectifs où on peut interagir avec des « âmes », d’autres où on a affaire à des « esprits » ou à des « fantômes », d’autres où on interagit avec les « ancêtres », et d’autres enfin où rien de semblable ne se présente. Il y a également des collectifs de sens où il est pertinent d’interagir avec un arbre, un lac ou une montagne, et d’autres où ce serait une insanité. Nous vivons (presque) tous dans un collectif où les interactions avec les machines ont du sens, et nous savons en même temps que dans d’autres collectifs, cette interaction serait absurde ou incompréhensible.

7 :
 Pour une première formulation de la distinction entre environnement, milieu et paysage, voir Augustin Berque, Médiance, de milieux en (...)
8 :
 Ce qu’Augustin Berque désigne globalement, dans la perspective qui lui est propre, comme « trajectivité » (antérieurement à la (...)

Si on rapporte cette observation au point de vue de l’interactant lui-même, elle peut être reformulée comme la constitution de son milieu (à partir de la diversité insignifiante de l’environnement), qui est la sphère personnelle (sa « bio-sémiosphère » ?) que chaque être vivant sélectionne pour y faire l’expérience des interactions qui ont du sens pour lui. Mais la focalisation sur un tel point de vue entraînerait une réduction du champ de la sémiotique écologique, en prenant le parti de centrer le domaine des interactions autour d’un type d’entité dotée au moins de l’équivalent d’une conscience de soi, et qui aurait l’apanage exclusif de l’initiative et de l’interprétation des interactions : ce serait une prise de position politique restrictive, notamment à l’égard de la nature. Le concept de milieu, tel qu’Augustin Berque le définit et le développe7, est en l’occurrence fort utile, mais à condition de prévoir la réciprocité aussi bien que la réflexivité8 : le « soi » peut alors être pris dans l’initiative d’un autre type d’existant, qui l’a intégré dans son propre milieu.

En somme, une sémiotique « écologique » en ce sens-là et sous cette extension-là prend nécessairement le parti d’une épistémologie de la diversité, et tient pour contraire à ses engagements une épistémologie de l’universel et des modèles « tous terrains ». Comme elle est actuellement en voie de fondation et de déploiement, on ne peut savoir déjà si elle tiendra cette promesse. Mais on comprend aisément pourquoi l’épistémologie de la diversité est aussi une position politique, dans le cadre d’une orientation scientifique qui se veut écologique, et en quoi elle se mettrait en contradiction avec elle-même si elle ne s’interrogeait pas sur la diversité des modèles sémiotiques, en même temps que sur celle de la diversité des collectifs de sens.

Eric Landowski définit par ailleurs les conditions nécessaires pour un engagement politique de la sémiotique comme pratique scientifique : outre le principe des interactions, il faut distinguer dans la production du sens qui en découle plusieurs « régimes de sens » (plusieurs manières de produire du sens en interaction), et ensuite faire le choix de l’un d’entre eux, susceptible de circonscrire les conditions d’un monde meilleur (qu’il qualifie d’« utopique »), et d’un fonctionnement social différent de ceux qui ont cours aujourd’hui. Toutefois, on pourrait s’accorder aisément sur le fait qu’il y a d’autres voies que celle-ci pour promouvoir et pratiquer une sémiotique « à l’unisson du monde », partie prenante des orientations sociétales, contribuant à leur définition, et qui saurait se faire entendre au moment des choix politiques.

9 :
 On peut évoquer à cet égard la mésaventure d’un sémioticien renommé, et dont l’intégrité personnelle était indiscutable, (...)

La première d’entre elles — faut-il le rappeler ? — consiste tout simplement dans un engagement politique concret (ce qu’on appelle « faire de la politique ») pour l’exercice duquel on fait appel à une compétence sémiotique. Rien d’épistémologique en ce cas : seulement beaucoup de méthode, d’endurance et de disponibilité pour gérer de « vraies » interactions, rugueuses, toujours complexes et menaçantes, et dont personne ne sort jamais complètement indemne. Et dans ce cas, qu’on pourrait appeler, en paraphrasant Sartre, la sémiotique des mains sales (celle qui a au moins des mains !), je ne suis pas convaincu que, quelle que soit la région du monde, quel que soit le régime politique, quelle que soit l’utopie dont on se réclame, et sauf à admettre d’être victime ou complice passif d’un univers de manipulations généralisées et exacerbées, on ait vraiment alors le choix du régime de sens…9

La deuxième manière de s’y prendre est tout aussi terre à terre, et sans doute bassement « pragmatique » : il suffit d’avoir la responsabilité d’étudiants, de doctorants et de jeunes chercheurs ; ce serait en quelque sorte la sémiotique transmissible, soumise aux contraintes et aux valeurs propres à la transmission. Ces étudiants, doctorants et jeunes chercheurs ne sont pas en effet de simples esprits entièrement consacrés à l’appropriation d’une théorie et d’une méthode intellectuelle ; ce sont d’abord des acteurs sociaux, de futurs travailleurs, des citoyens et des agents économiques qui devront trouver, avec, contre ou sans la sémiotique que nous leur proposons, un rôle et une place dans un monde ô combien réel ! Eric Landowski évoque le « métier » de sémioticien. J’évoquerais pour ma part également celui de « professeur de sémiotique », car transmettre la sémiotique à des cohortes de jeunes adultes, c’est aussi intervenir à travers et avec eux dans le monde réel, et contribuer un peu à son amélioration ou à sa dégradation.

10 :
 « Académique », utilisé en dehors de son sens propre, c’est le plus souvent le jugement que l’on porte sur la méthode et sur (...)
11 :
 A contrario, on sait bien que les chercheurs non titulaires, et maintenus indéfiniment dans des situations précaires et « non (...)

Mais dans cette perspective, précisément, c’est la sémiotique qu’on leur propose qui s’adapte à l’avenir que ces jeunes adultes espèrent et construisent ; c’est leur avenir le plus plausible qui décide en quelque sorte du type de sémiotique et du régime de sens dont ils ont besoin. En d’autres termes, c’est la sémiotique qui doit s’ajuster à l’avenir de l’étudiant, et pas l’inverse, qui impliquerait une prise de risque incontrôlable. Et dans ce cas, il faut disposer de plusieurs options, parfois même de plusieurs orientations sémiotiques : on ne transmet pas la même sémiotique à quelqu’un qui veut devenir chercheur ou enseignant, à quelqu’un qui veut s’adonner aux stratégies de communication ou de marché, à quelqu’un qui veut faire son métier de l’édition ou du design, où à quelqu’un qui souhaite militer dans les milieux altermondialistes ! Ce seront ces jeunes adultes qui connaîtront les interactions qui produiront du sens, et il leur faudra disposer du type de sémiotique qui leur permettra d’affronter les régimes de sens qui leur seront imposés ou proposés, au moins dans un premier temps, avant d’être en mesure d’imposer le leur. Pour prendre un exemple, la sémiotique académique10 — une cible bien facile —, est pourtant en prise directe avec le monde réel, celui des métiers existants et des vies concrètes, quand elle permet à un étudiant de devenir enseignant et chercheur dans une institution publique, où il aura ensuite la liberté de développer à son tour d’autres formes de sémiotique11. Un autre exemple : la sémiotique des positionnements publics (économiques, institutionnels, politiques), telle qu’elle se développe dans des agences et différents types d’organisations, a directement à faire avec les régimes de la programmation et de la manipulation, puisque, comme Landowski le rappelle, ils sont dominants dans le monde que nous habitons tous. Et dans ce cas, il n’est pas garanti que la meilleure façon d’agir efficacement sur les situations soumises à l’analyse consiste à substituer d’emblée à ces régimes dominants celui de l’ajustement. Dans l’affrontement entre une bande de loups et un troupeau de moutons, par exemple, le positionnement optimal des moutons, celui qui leur laisse un espoir de survie politique, sera plutôt du côté de la contre-manipulation, de la mise sous protection systématique, ou de la fuite urgente et diligente, que du côté de l’ajustement aux loups.

12 :
 Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1964.
13 :
 Algirdas J. Greimas, Maupassant. La sémiotique du texte, Paris, Seuil, 1976.

La troisième manière est celle illustrée par Roland Barthes, et à laquelle Greimas disait adhérer et qu’il appelait la « démystification », sans pour autant s’y engager aussi publiquement que Barthes. Cette manière de faire de la politique est paradoxalement descriptive (elle décrit des signes, des textes, des images, des pratiques), et elle n’est ni partisane ni interventionniste : elle est critique, comme toute bonne description. Mais l’engagement est ailleurs, dans le conflit des pratiques intellectuelles elles-mêmes : la sémiotique descriptive, notamment celle de Barthes dans les Mythologies12, ou celle de Greimas dans Maupassant13,est une forme d’engagement par opposition à la critique littéraire universitaire traditionnelle, qui repose sur un parcours et une accumulation des déterminations extérieures au texte. Et cet engagement est de nature politique, dans la mesure où la description est un désenfouissement des idéologies et des systèmes de valeurs masqués dans le texte, alors que l’autre pratique, qui ignore ces idéologies masquées, reste aliénante.

14 :
 De fait, la malheureuse sémiotique tensive est renvoyée dans le camp de la marchandisation, qui pense le monde entier à travers le (...)

Enfin, il y a la manière proposée par Eric Landowski, qui consiste à introduire un double partage dans la sémiotique elle-même : d’abord le partage entre les sémiotiques dont il faut désespérer de leur capacité d’engagement (par exemple : la sémiotique tensive14), et celle qui laisse quelque espoir à ce sujet (la socio-sémiotique) ; et ensuite le partage, à l’intérieur de cette dernière, entre les régimes de sens acceptés et ceux qui sont rejetés ou combattus. Ce double partage peut être confronté à son objectif politique : on doit aboutir, nous fait entendre Landowski, à un acte de résistance, ou de critique, ou de déstabilisation, à l’égard d’un monde qui se pare des atours de la démocratie mais qui est surtout occupé à la marchandisation de toutes les valeurs et de toutes les interactions.

Le raccourci est quelque peu vertigineux. Certes, dans de nombreux travaux, les socio-sémioticiens, et notamment Landowski lui-même, ont utilement pavé une partie du chemin qui mène de l’un (le type de sémiotique sélectionné) à l’autre (la résistance et la remise en cause d’un type de fonctionnement social, dans le monde réel, de manière militante, et « pour de vrai »). Mais on comprend bien qu’il ne suffit pas de défendre avec opiniâtreté le régime de l’ajustement pour que les murs de Jéricho s’effondrent. Et en outre, tout comme entre les loups et les agneaux, la pratique même d’une sémiotique écologique visant à une alternative politique aura quelque peine à s’affirmer par la seule stratégie de l’ajustement.

Sur le chemin d’une sémiotique écologique, il y a donc aussi une problématique d’efficience, et pas seulement d’ajustement. L’efficience, en l’occurrence, ce serait celle de la puissance de transformation que nous pourrions reconnaître, dans le « monde réel », aux productions et pratiques sémiotiques. Cette efficience est d’ores et déjà prise en compte dans les cultural studies et dans l’anthropologie contemporaine, avec le concept d’agency (« agence », ou « agentivité », selon le cas). Cette efficience conduirait à une tout autre conception de l’énonciation, qui serait alors définie comme un processus comportant au moins deux phases : une phase d’exploration de mondes (dans l’expérience), et une phase de construction de mondes (dans l’existence). Quand on écrit « monde », dans ce cas, même qualifié de « réel », on ne désigne ni le référent des productions sémiotiques, ni même la réalité diffuse et complexe de l’environnement des interactions. « Monde » est le nom d’un préconstruit (dont on fait l’expérience) et d’un à-construire (que l’on porte à l’existence). Et, en outre, et en conséquence, « mondes » devrait toujours être ici au pluriel (cf. supra, à propos de la diversité).

Pour revenir à la proposition d’engagement d’Eric Landowski, il me semble qu’elle ne peut être efficiente, et avoir quelque effet sur les mondes (avec lesquels nous serons « à l’unisson ») que sous deux conditions qui relèvent paradoxalement d’une « ontologie déontologisée » : i) le monde dit « réel », notamment démocratico-marchand, n’est qu’un des mondes que nous avons construits par notre activité sémiotique collective, et ii) nous sommes à même d’instaurer d’autres types de mondes en pratiquant d’autres activités sémiotiques que la précédente.

15 :
 Cf. « Avoir prise, donner prise », Actes Sémiotiques, 112, 2009 (http://epublications.unilim.fr/revues/as/2852).

Landowski a proposé à cet égard le concept de « prise »15. Il n’est pas certain qu’il suffise à garantir une efficience (ou une agence) des expressions sémiotiques, en termes d’intervention et d’impact sur les mondes. On peut effectivement penser cette question en termes de « prise », mais on espère aussi que la « prise » ne soit pas seulement une expérience de pensée.

16 :
 Le concept d’appropriation est un bon exemple que l’on peut soumettre utilement au principe de la diversité épistémologique et de (...)

C’est sur ce dernier point que je vais mettre fin à mes commentaires : avant de décider s’il est plus acceptable d’ajuster que de programmer, de s’accomplir mutuellement que de se combattre et de s’approprier / déposséder réciproquement16, je suggère de lancer un programme de recherches pour comprendre quels sont les aspects de stabilité et d’instabilité des mondes que nous voulons transformer, et quelles sont les conditions pour que notre « prise » sur ces mondes les transforme en tant que tels, c’est-à-dire non pas en tant qu’Etre ou Référent en général, mais en tant qu’ontologies sémiotiques (les « mondes ») qui ont pris forme dans les collectifs de sens auxquels nous appartenons.

Notes - document 8 haut de la page

1  Émile Durkheim, De la division du travail social. Paris, Presses Universitaires de France, 1967 [1897], « Préface de la première édition ».

2  Plusieurs de ces commentaires mériteraient d’être eux-mêmes commentés par des « émoi-icônes ». Ce type d’expression n’étant pas prévu dans le genre « article de revue scientifique », j’y renonce, mais à regret.

3  Paolo Fabbri, Le tournant sémiotique, Paris, Lavoisier, 2008.

4  On peut noter, par exemple, que Roberto Pellerey, dans «Fuori mercato», propose une alternative intéressante, pour parvenir au même objectif politique : le passage de la sémiotique textuelle à la sémiotique des « processus en cours », autrement dit à la sémiotique des flux (passions et émotions, pratiques, formes de vie, etc.) : « Si, se adotta come sue unità d’analisi le unità vettoriali costituite da processi in corso di svolgimento. Ipotizziamo di poter esaminare pratiche sociali, e più in generale processi in corso di svolgimento, esaminando i singoli enunciati che le compongono » (R. Pellerey « Fuori mercato », Actes Sémiotiques, 119, 2016,  http://epublications.unilim.fr/revues/as/5567). Notre traduction : « Oui, si elle adopte comme unité d’analyse des unités vectorielles consistant en processus en cours. Nous supposons qu’elle peut alors examiner les pratiques sociales, et plus généralement les processus ouverts, ainsi que les énoncés singuliers qui les composent ». Cette proposition est à l’évidence tout à fait compatible avec la socio-sémiotique de Landowski, qui s’occupe aussi des pratiques sociales, mais elle met en avant une sémiotique des processus pratiques, et pas une sémiotique des interactions.

5  A.J. Greimas et Joseph Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979, p. 46 (entrée « Communication », 5). La communication, en tant qu’intersubjectivité y est distinguée de l’action des hommes sur les choses : Landowski englobe et reconfigure les deux dans l’interaction.

6  En ce sens que la signification subsume et régit la communication (qui n’en est qu’un cas particulier), et non l’inverse. Ce qui conduirait à se demander si, du point de vue de la socio-sémiotique, il est concevable que la signification puisse être produite autrement que par des interactions, et, au cas où la réponse serait positive, si cette signification-là aurait quelque chance de participer elle aussi à une orientation politique de la sémiotique.

7  Pour une première formulation de la distinction entre environnement, milieu et paysage, voir Augustin Berque, Médiance, de milieux en paysages, Paris, Belin/RECLUS, 1990.

8  Ce qu’Augustin Berque désigne globalement, dans la perspective qui lui est propre, comme « trajectivité » (antérieurement à la distinction entre sujet et objet), et qui serait un équivalent philosophique de l’interaction sémiotique. Cf. A. Berque, Ecoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Paris, Belin, 2000.

9  On peut évoquer à cet égard la mésaventure d’un sémioticien renommé, et dont l’intégrité personnelle était indiscutable, qui, conduisant sur commande une étude de grande ampleur sur le paysage politique italien à la fin des années 80, en sous-traitance d’une agence italienne, s’aperçut, mais trop tard, qu’il avait contribué à la définition et au positionnement de Forza Italia. Faire de la politique, même pour un sémioticien, c’est toujours prendre le risque de travailler pour l’adversaire sans le savoir, si l’on n’a pas prédisposé de contre-stratégie pour échapper à la manipulation de ce dernier.

10  « Académique », utilisé en dehors de son sens propre, c’est le plus souvent le jugement que l’on porte sur la méthode et sur les formats d’expression de l’Autre (l’autre discipline). Par exemple, l’historien pourra passer pour académique du point de vue d’un sociologue, ou le linguiste pour un philosophe (et réciproquement).

11  A contrario, on sait bien que les chercheurs non titulaires, et maintenus indéfiniment dans des situations précaires et « non académiques », sont les plus facilement soumis aux régimes de sens dominants, ceux qu’imposent les appels d’offres définis par les pouvoirs publics… et qui sont supposés financer leurs recherches en situation précaire. Il faut œuvrer d’abord contre cette précarité qui entretient la domination des orientations « démocratico-marchandes » en leur fournissant des ressources intellectuelles durablement maintenues dans une situation de dépendance économique et de marginalité institutionnelle.

12  Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1964.

13  Algirdas J. Greimas, Maupassant. La sémiotique du texte, Paris, Seuil, 1976.

14  De fait, la malheureuse sémiotique tensive est renvoyée dans le camp de la marchandisation, qui pense le monde entier à travers le prisme d’un modèle économique. Le raisonnement de Landowski est à cet égard bien connu, mais il vaut la peine de le rappeler. Les tensions sémiotiques se produisent entre des intensités et des extensions soumises à des variations graduelles (des « plus » et des « moins » : plus ou moins intense, plus ou moins étendu) : donc la sémiotique tensive repose sur une mesure des degrés (affectifs et/ou cognitifs) ; donc la sémiotique tensive quantifie les valeurs ; donc la sémiotique tensive conçoit la signification comme une économie des contenus et des expressions ; et par conséquent la sémiotique tensive est objectivement complice de la marchandisation et de la financiarisation de nos vies (et du grand capital ?).

15  Cf. « Avoir prise, donner prise », Actes Sémiotiques, 112, 2009 (http://epublications.unilim.fr/revues/as/2852).

16  Le concept d’appropriation est un bon exemple que l’on peut soumettre utilement au principe de la diversité épistémologique et de la diversité des collectifs de sens. Dans la tradition folklorique européenne, et dans son extension au régime de sens propre à l’occident contemporain, l’appropriation dépossède, spolie ou détruit autrui : elle augmente le Soi, au prix du dépérissement de l’Autre. Mais dans un autre type de collectif de sens, comme par exemple celui constitué par la modernité brésilienne à partir des années trente, notamment grâce au mouvement dit anthropophage, l’appropriation anthropophagique commence par renforcer le propre d’autrui, le valorise intensément, avant de l’assimiler au Soi, qui s’en trouve non pas augmenté, mais redoublé et reconfiguré par l’Autre. Pour cet autre collectif de sens, et dans cette autre conception de l’appropriation, le propre de l’Autre n’est jamais autant accompli que lors de son absorption par le Soi.

DOCUMENT IX

Massimo Leone
Université de Turin

Socio-sémiotique des « livres à visages »

Par la façade la chose qui garde son secret s’expose enfermée dans son essence monumentale et dans son mythe où elle luit comme une splendeur, mais ne se livre pas.
Emmanuel Levinas. Totalité et infini.

1. Les petits carrés

Dans les réseaux sociaux, chacun n’est qu’un petit carré lumineux. Certains salueront le côté démocratique de cette standardisation. Des millions d’individus, tous réduits à la même minuscule quadrature… On a beau s’évertuer à remplir ces petits carrés de couleurs chatoyantes dans l’espoir d’y insinuer quelque chose comme un récit personnel, leur aspect standardisé s’impose, accentué par l’allure géométrique de leur présentation en série à la manière d’interminables cohortes d’insectes numériques rangés en lignes ou en colonnes. On peut rêver tout ce qu’on veut quant aux contenus, mais la forma formans, le petit carré demeure inaltéré. C’est lui qui fait à la fois le succès social et la réussite commerciale du réseau social ; c’est lui qui est vendu aux usagers et qui circule entre actionnaires.

Cette morphologie contraignante qui homologue toutes les vies a échappé à l’attention des analystes, même les plus critiques. Personne n’a relevé par exemple le fait que le caractère incendiaire, parfois ouvertement criminel, de certaines contributions numériques dans les réseaux sociaux est pour une part lié à cette impossibilité de se distinguer à l’intérieur du format. Car plus on standardise, plus les usagers sont incités à tout essayer pour marquer une singularité alors même que le jeu de l’individuation est d’emblée exclu dès qu’on franchit le seuil de l’existence numérique. Certes, ces petits carrés uniformes présentent, par milliers, des images variées de corps et avant tout de visages. Mais précisément, le visage, qui dans beaucoup de cultures sinon dans toute expérience humaine constitue le sceau le plus marquant de l’individualité se trouve ici emprisonné dans les limites étroites d’une sorte d’arène iconique qui condamne par avance toute tentative d’expression identitaire. Les visages qui apparaissent à l’écran sont, de fait, des visages codés, classés, réduits au statut de pièces interchangeables dans une immense mosaïque.

2. Des collections de visages

Si on écrivait une histoire du visage, on constaterait que ce n’est pas la première fois qu’une multitude d’effigies de corps, et notamment de faces, est présentée dans un dispositif iconique standardisant. Dans l’iconographie du jugement dernier, c’est souvent que de petits corps et leurs âmes tremblantes sont figurés en masse pour signifier l’avènement apocalyptique de la fin des temps et le jugement des vivants et des morts. Mais dans cette iconographie quelque chose a changé à un moment donné. Au tournant de l’âge classique, l’idée d’un jugement individuel juste après la mort s’est de plus en plus imposée, jusqu’à marginaliser la notion de jugement dernier. Et les riches commanditaires des grands peintres de l’histoire moderne n’acceptèrent plus de n’être représentés symboliquement qu’au milieu d’une foule anonyme ; ils voulurent que leur propre icône soit présente dans l’image ; ils voulurent être reconnus par les hommes avant et même plus qu’ils ne le seraient par Dieu. La soif identitaire qui commence avec la modernité s’exprime par ce désir de voir son propre visage dans l’image — cela non seulement dans le genre bourgeois du portrait mais aussi dans l’iconographie de la transcendance. La théologie chrétienne se plia à cette idéologie de l’individualité et la nourrit : le corps ressuscité devint un corps à visage individué, reconnaissable, fixé au plus haut de sa beauté ou de son bonheur.

La représentation numérique du visage par les nouvelles technologies rend possible une diffusion élargie de cette tendance de longue durée. Désormais, ce ne sont pas uniquement les riches et les puissants qui peuvent aspirer à une place dans l’imaginaire collectif. Il suffit de disposer d’un ordinateur et de l’accès au réseau. Ainsi, grâce à l’affichage quotidien de l’icône numérique de son propre visage dans le gigantesque magma de la toile — apparition évanescente et toujours à réitérer —, tout usager des réseaux sociaux connaît le frisson de s’« éterniser » par la grâce de son simulacre personnel figé dans une sorte de transcendance électrique.

Mais la multiplication de ces icônes n’est pas sans effets qualitatifs. Jamais auparavant des hommes n’avaient pu disposer d’un tel nombre d’effigies de leurs semblables, des plus proches aux plus éloignés, géographiquement ou socialement. Le livre à visages limite la collection de chacun à 5000 spécimens — 5000 icônes numériques de l’individualité des autres : plafond arbitraire mais généreux (il le faut pour stimuler la machine à contacts en même temps qu’à rentrées commerciales) si on compare ce nombre aux « archives à visage » du passé. Jusqu’il y a peu, seul l’Etat, la police ou les services secrets pouvaient stocker une quantité aussi vertigineuse d’images codifiées et standardisées de visages d’autrui. Bien sûr, la standardisation n’est pas aussi codifiée sur la toile que dans les archives policières. Mais le fait qu’elle s’impose sur le mode d’une bureaucratie « soft » fondée sur des paramètres informatiques — ou plus généralement au nom des critères du format — la rend peut-être plus pernicieuse encore.

1 :
 Cf. E. Landowski, « Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne », Carte Semiotiche. Annali, 4 (Visibilità e governo dei (...)

C’est dans ce cadre qu’aujourd’hui chacun cède volontairement aux réseaux sociaux l’image de son visage (avec évidemment beaucoup d’informations attachées) et se voit en même temps octroyer la possibilité d’archiver dans son propre espace numérique une énorme quantité de visages d’autrui transformés en icônes parfaitement homogènes et manipulables. Si le premier aspect de cette inflation a été souvent souligné (paranoïa de l’intimité, toujours quelque peu paradoxale de la part de ceux qui jouent le jeu des réseaux sociaux1), le second a été régulièrement négligé. Qu’advient-il donc lorsque par des moyens techniques très facilement accessibles le pouvoir est donné à tout individu de collectionner une quantité inouïe d’icônes de l’identité d’autrui et de les manipuler dans toutes sortes d’opérations d’ordre à la fois numérique et social ?

3. Sémiotique et singularité

Il est temps que la sémiotique considère cette question et s’engage dans l’un des domaines les plus inquiétants de l’esthétique sociale contemporaine, à savoir la faillite de la singularité. A cet égard, un sémioticien préoccupé par le « grain » des relations sociales ne peut se satisfaire d’enquêtes quantitatives (encore qu’elles puissent être utiles ne serait-ce que pour corroborer ou falsifier certaines intuitions). Dans l’esprit de Walter Benjamin, de Roland Barthes, de Michel de Certeau, d’Erving Goffman (ou, plus près de nous, de Landowski), il doit accepter une tâche plus risquée, la quête de traces subtiles anticipant des tendances culturelles majeures. Les menus phénomènes d’interaction quotidienne entre les hommes, entre hommes et textes, entre textes, deviennent alors autant de matières invitant à exercer l’art difficile de l’intuition, suivi par les procédures de systématisation sémiotique. Et si on projette plus précisément sur les réseaux sociaux un regard capable d’en détecter le filigrane, on découvre avec surprise, au-delà des aspects habituellement relevés, une chose pourtant, en fait, assez banale : ces réseaux, et surtout le plus connu d’entre eux, nous prédisposent, nous encouragent et presque nous forcent à traiter le visage des autres comme autant d’icônes standardisées, homogénéisées, uniformisées, vouées à être manipulées sans résistance aucune.

Dans l’interaction sociale non-numérique, du moins dans les cultures occidentales modernes, le visage est le lieu par excellence de la manifestation de soi ; en conséquence, il est vécu aussi comme le lieu par excellence de la manifestation de l’autre. Les deux manifestations se reflètent réciproquement en un jeu de miroir qui tend vers une plénitude psycho-sémiotique : j’ai un visage, donc je suis ; je vois un visage, donc je vois quelqu’un. Mais cette plénitude tient paradoxalement au fait que le visage est sémiotiquement insaisissable : il se détourne, se dérobe, se soustrait, il esquive toute emprise esthésique qui voudrait le figer de façon définitive. Dans un dialogue face à face, y compris dans la conversation la plus quotidienne, le visage est une surface continuellement changeante induisant une variété presque infinie d’effets de sens. Si le visage est comme on dit la porte de l’âme, c’est de manière toujours imparfaite, opaque, partielle, comme ces portes entrouvertes qu’on voit dans les villages d’Italie méridionale, derrière lesquelles on imagine une famille, toute une vie, du sens.

2 :
 Cf. Emmanuel Levinas, Totalité et infini : essai sur l’extériorité, La Haye, M. Nijhoff, 1961.

C’est en raison de cette motilité consubstantielle du visage (qui parfois au contraire résiste au déchiffrement, justement par son immobilité ou par l’absence d’expression, telle une tête de sphinx indéfiniment à interroger) qu’Emmanuel Levinas et d’autres philosophes « du visage » en ont fait le noyau d’un sentiment indépassable d’humanité2. Dans l’opposition, aussi célèbre que souvent mal comprise, entre « face » et « façade » s’exprime chez Levinas la dialectique entre l’homme et la chose, entre une surface signifiante derrière laquelle l’humanité se cache et une surface signifiante sur laquelle le soi apparent s’affiche selon un code déchiffrable. La plus complexe des façades, celle de Notre-Dame de Paris, ne sera jamais aussi indéchiffrable que le visage d’Esméralda. En suivant Levinas, c’est précisément dans ce que le visage a continuellement de plus fuyant que nous reconnaissons la liberté de l’autre en tant que symétrique de la nôtre. Notre existence la plus profonde, mais également notre liberté la plus profonde, découlent de cette situation à la fois accablante et enthousiasmante : nul ne peut apprivoiser le visage de l’autre.

4. S’ajuster aux visages du monde

3 :
 Cf. Les interactions risquées, Actes sémiotiques, 101-103, 2005, pp. 43-47.
4 :
 Cf. E. Landowski, « L’épreuve de l’autre », Sign Systems Studies, 34, 2, 2008 (spécialement pp. 326-334).
5 :
 Cf. E. Landowski, « En deçà ou au-delà des stratégies, la présence contagieuse », Passions sans nom, Paris, PUF, 2004.

Ce que la philosophie de Levinas décrit existentiellement, la sémiotique des régimes d’interaction d’Eric Landowski le saisit parfaitement d’un point de vue esthésique3. L’aperception du visage d’autrui ne peut que faire l’objet d’une « interaction risquée », où ce qui compte n’est ni l’abandon au pur aléa (je ne comprends pas ce visage, donc je m’en détourne) ni l’imposition, par la manipulation, d’un esclavage (j’oblige ce visage à devenir le masque préprogrammé de mon propre égotisme, une sorte de « miroir humain »), mais un ajustement continu dont la figure la plus sublime est peut-être la conversation amicale : je regarde le visage de l’ami non pas pour le manipuler ni même comme la surface où s’affiche un inconscient mystérieux et tyrannique. Si je le regarde, c’est pour m’y ajuster, pour faire en sorte que le sens du vivre ensemble jaillisse non pas de ma volonté de puissance ou de l’abandon à une puissance extérieure mais de l’harmonie qui s’instaure entre deux esprits qui s’entendent4. C’est la tristesse se dessinant sur mon visage lorsque l’ami raconte une histoire triste, ou la joie que ma face affiche lorsqu’il manifeste son contentement, c’est cette capacité à nous, les humains, de réagir subtilement au visage de l’autre, qui est le véritable cœur du vivre ensemble5. De plus, ce vivre ensemble devrait accueillir aussi, dans l’esthétique de l’ajustement, les êtres vivants non-humains qui nous répondent et interagissent avec nous sinon à proprement parler par leur « visage », du moins par les formes et les mouvements qu’ils offrent à notre regard et à notre sensibilité. Qui ne s’est jamais ému en caressant un chien abandonné, en sentant à la fois sa tristesse inconsolable et sa gratitude pour qui, en le caressant, soulage sa solitude ?

6 :
 Cf. E. Landowski et Gianfranco Marrone (éds.), La société des objets. Problèmes d’interobjectivité, Protée, XXIX, 1, 2001 ; tr. (...)
7 :
 M. Leone, « Semiotics of the Pixel », Rivista Italiana di Filosofia del Linguaggio, on  line (à par.).
8 :
 Cf. A.J. Greimas, De l’Imperfection, Périgueux, Fanlac, 1987.

Mais ce n’est pas seulement le vivant qui interagit avec nous par ces ajustements subtils ; les objets aussi « nous parlent » et nous demandent d’apprécier en profondeur leur singularité6. Car la singularité inscrite dans les objets n’est au fond qu’une expression des singularités humaines qui les ont fabriqués et que nous pouvons apprécier par leur truchement. C’est ce qui fait la valeur profonde de l’artisanat et de ses créations : elle tient à l’inépuisable singularité que révèle leur imperfection. Un tapis persan fabriqué à la machine peut être très beau, resplendissant par la régularité de ses nœuds. Mais la supériorité esthétique d’un tapis fait à la main tient à ce que, même fabriqué par le plus habile des tapissiers, s’y glissent des « coquilles » textiles, des « pentimenti » de soie, des nœuds imparfaits7. Nous vénérons cette imperfection car, comme Greimas l’avait compris8, c’est en elle et par elle que nous interagissons avec la singularité d’un être humain, avec le récit existentiel d’une main marquée par le travail, qui a cherché la perfection mais dû céder à son humanité, à sa fatigue et peut-être, le soir venu, à la singularité d’une lumière trompeuse projetée par une chandelle vacillante.

A l’opposé, il est triste de constater combien nombreux, dans nos sociétés, sont ceux qui désirent, regardent, achètent des objets sans les connaître véritablement, sans saisir la singularité humaine qu’ils incorporent et qui souvent se manifeste précisément par leur imperfection. Cette cécité n’est pas due uniquement à la lente mort de l’artisanat. Les produits industriels peuvent eux aussi exprimer un visage, celui des designers qui les ont conçus et ont essayé d’y projeter quelque chose de leur singularité. Mais qui, achetant des vêtements dans un de ces magasins à bas pris qui envahissent maintenant tous les centres-villes du monde, a la patience, le souci de s’ajuster esthésiquement à la singularité de chaque article, non pas simplement en lisant leurs étiquettes (de plus en plus incompréhensibles) mais en les tâtant, en les caressant, en cherchant à deviner de quelle source de vie ils proviennent ? Aujourd’hui, lorsque les vêtements ne sont pas faits de mélanges synthétiques, leurs étiquettes se bornent à indiquer qu’il s’agit de « laine » ou de « coton ». Mais de quelle laine, devrait-on se demander, et de quelle partie du monde, de quel élevage ? On oublie que la vie singulière d’un animal, d’une plante, mais aussi d’hommes et de femmes se cache derrière le moindre objet que nous consommons. Il ne s’agit pas de développer un néo-esthétisme stérile mais de rendre au monde son visage en cherchant à s’y ajuster. Qui, même parmi les intellectuels, avant d’acheter un livre, le renifle pour repérer sur quel type de papier il est imprimé, cela non pas par une sorte snobisme mais parce que la qualité du papier est le signe d’une histoire singulière ?

Un des problèmes majeurs touchant l’évolution actuelle des mentalités est que nous sommes de moins en moins capables de découvrir la singularité qui se cache dans une vie d’homme. Non seulement les objets ne nous parlent plus mais nous attribuons le même mutisme aux plantes, aux animaux et aux personnes qui nous entourent. Cet aveuglement commence avec l’oubli des œuvres d’art. Aucun objet au monde n’exprime pourtant la singularité de façon plus émouvante qu’un tableau, une statue ou la façade d’un bâtiment. Or il suffit d’observer un instant les visiteurs d’un musée pour noter un phénomène aussi connu qu’inquiétant : des kyrielles de touristes qui au lieu d’admirer les pièces exposées, de les considérer comme les produits d’inspirations singulières, arpentent les salles au pas militaire, brandissent leurs caméras ou leurs smartphones comme des fusils, photographient tout (et donc rien) en oubliant de regarder, de s’attarder devant un tableau ou un autre pour en comprendre le jeu de lignes, de formes, de couleurs. N’ayant cure de s’ajuster avec patience au projet de sens que l’artiste a déposé dans une forme et que cette forme restitue de façon autonome, de tels visiteurs n’ont qu’une obsession : le stockage machinal et systématique de petites icônes numériques standardisées et universellement manipulables. Ce qui importe n’est plus la relation esthésique, amicale ou même amoureuse, avec l’œuvre mais le sentiment d’une toute-puissance technique permettant de transmettre à son gré des paquets d’images par les voies protéiformes des réseaux sociaux. Il est même arrivé, paraît-il, que pour s’offrir un « selfie » devant une œuvre, des touristes aillent jusqu’à la renverser ! Alors que devant l’art un regard attentif découvre l’autre et se révèle à soi-même, le regard du selfie, reproduction stéréotypique de soi-même, détruit la singularité de la création… parfois jusque dans sa matérialité. L’art, devenu objet d’exploitation commerciale, n’est plus alors, pour le spectateur, que prétexte à une programmation technique du regard qui annihile la création artistique en la transformant en un gadget de son propre ego.

5. L’oubli bureaucratique des visages

La même cruauté consistant à annihiler la singularité de l’autre caractérise le type de relation que les réseaux sociaux incitent à entretenir avec le visage d’autrui. Assez hypocritement, dans des polémiques venimeuses autour du « voile islamique intégral », on s’est beaucoup inquiété en Occident de la disparition du visage, ou plus exactement de son occultation. Ce masquage, à lire non pas comme un scandale anthropologique mais comme répondant à une conception différente de l’interaction, serait effectivement préoccupant si on devait l’interpréter comme fondé sur une conception privant le corps féminin de toute singularité. Mais on s’est beaucoup moins inquiété d’autres formes de disparition qui ne concernent pas moins le visage et le trésor de singularité qu’il traduit. Nous en trouvons pourtant un bon exemple tout près de nous.

Dans les universités italiennes comme dans beaucoup d’autres systèmes académiques en Europe et ailleurs, les enseignants sont de moins en moins encouragés à considérer les étudiants comme des visages, comme des singularités chargées d’une histoire personnelle, unique, irremplaçable. La bureaucratie informatique les transforme en numéros matricules gérables automatiquement par des machines (ou par des hommes fonctionnant comme des machines). Et les étudiants eux-mêmes s’identifient de plus en plus avec le masque informatique que la bureaucratie leur impose, standardisant toujours davantage leur approche du savoir et de la culture. Rien là d’innocent : l’escamotage des singularités permet au système administratif (et en dernière instance économico-social) de faire abstraction de l’histoire personnelle et notamment des difficultés ou des souffrances qui se cachent derrière chaque visage d’étudiant et en même temps s’y expriment. Que beaucoup proviennent de familles sans grandes ressources, qu’ils soient obligés d’accepter des travaux illégaux, mal rétribués et pénibles pour payer leurs études, qu’ils doivent partager des logements exigus, qu’ils dépendent des bibliothèques publiques ou universitaires pour trouver un peu de silence et de concentration, qu’ils aient besoin d’horaires de cours permettant de concilier étude et travail, que des bourses d’étude et l’accès gratuit aux livres par internet leur faciliteraient la vie, qu’ils viennent souvent de villes ou de pays lointains, qu’ils se sentent parfois terriblement seuls et découragés — tout cela disparaît du moment où les visages deviennent des numéros traités par des machines.

9 :
 Soulignons que l’ajustement« ne consiste ni à s’adapter unilatéralement à un autre acteur ni à amener l’autre à se plier à (...)

Une fois ainsi oubliées les singularités, la bureaucratie, à l’instar de toutes les institutions policières du monde, se constitue des archives. Des archives qui ressemblent beaucoup à celles si bien étudiées par Foucault, mais avec ceci de plus pernicieux que la chose ne se présente plus comme une activité de contrôle mais tout banalement comme une machinerie de simple gestion. C’est pour mieuxgérer, nous dit-on, qu’on réduit les visages à des numéros. Mais cette logique de « gestion » n’est pas neutre. Elle traduit au contraire une idéologie, une attitude anthropologique (ou, plutôt, anti-anthropologique) commandant de ne pas s’ajuster aux autres mais, à l’inverse, d’attendre que ce soient eux qui s’adaptent à des programmations préétablies9. Ainsi transforme-t-on des sujets en non-sujets, inertes et standardisés, de façon à éliminer toute singularité qui pourrait enrayer la machine. Alors que les étudiants de la plupart des universités pourraient tout simplement décider eux-mêmes quoi étudier, avec des indications très générales qui leur seraient données par des professeurs ayant un peu plus d’expérience qu’eux, les voici désormais contraints d’étudier ceci ou cela conformément à des parcours de plus en plus bureaucratiquement prédéterminés et d’une complexité croissante. Et, cercle vicieux, le caractère labyrinthique même de ces programmations justifie en retour l’usage des machines en même temps qu’il coupe les étudiants du sens véritable de ce qu’ils sont en train de faire. Ils accumulent des « crédits » (mot combien déplacé !) mais ne voient plus pour quelles raisons ils étudient la sémiotique plutôt que l’herméneutique, la philosophie continentale et non l’analytique... Alors qu’ils devraient parvenir peu à peu à maîtriser le savoir de leur communauté, c’est le savoir de leur communauté, bureaucratiquement imposé, mécaniquement transmis, qui les domine.

6. Plaidoyer pour l’ajustement

10 :
 Cf. La Société réfléchie, Paris, Seuil, 1989, pp. 277-278 ; Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 113-115 ; Passions (...)

En poursuivant le projet de sémiotique politique inauguré par Landowski10, comment ne pas se méfier de toute institution ou cadre d’interaction dont la mission explicite ou implicite est de décourager systématiquement les pratiques d’ajustement fondées sur l’attention à la singularité de l’autre et dont le but est au contraire d’encourager des pratiques de manipulation où l’autre n’est plus qu’un moyen pour atteindre un but qui le dépasse, ou même de le réduire au statut d’un non-sujet au comportement programmatiquement prédéterminé ? Ainsi en va-t-il dans les régimes policiers qui soumettent la singularité des individus à un ordre politique ou économique bafouant leur dignité. Mais de façon plus subreptice, c’est aussi le cas avec ces grandes machineries globales que sont les réseaux sociaux, véritables bureaucraties du narcissisme. Bien qu’à l’échelle globale ils aient rendu possibles des interactions dont les résultats sont souvent intéressants et libératoires, on ne peut ignorer que la majorité d’entre eux visent des profits économiques et financiers (majoritairement destinés à certaines régions du monde bien connues) en exploitant le narcissisme global, actuellement la première religion de la planète. C’est effectivement en titillant la disposition sociale à la manipulation narcissique de l’autre que les réseaux sociaux, sous prétexte de faciliter une « conversation » devenue globale, accumulent du capital privé. En conséquence de quoi le « livre à visages » nous propose sans relâche de nouveaux « amis » et nous invite avec insistance à « suivre » son fondateur en proclamant qu’une humanité plus connectée sera meilleure, plus ouverte et plus pacifique.

Contre cette rhétorique, au moins deux objections s’imposent. En premier lieu, nul doute que dans l’histoire de l’humanité, la solitude (et la non connexion) aient produit autant sinon plus d’effets positifs que la connexion. Pourquoi faudrait-il être constamment « connectés » ? Ne peut-on pas choisir de vivre comme un stylite ou comme l’une de ces populations qui cultivent farouchement leur indépendance et le désir de rester « non-contactés » ? D’autant plus que l’obsession de la connexion permanente, cet horror vacui qui amène à vivre le moindre instant de solitude comme la privation d’une confirmation narcissique de sa propre existence, a pratiquement pour effet d’exclure tout travail de création. Au point que désormais, pour beaucoup, être « auteur » se ramène à bâcler un bouquin en quelques mois puis à en faire la promotion des années durant sur le web.

En second lieu, n’est-il pas évident que ce qui compte n’est pas la quantité de connexions mais leur qualité ? Le livre à visages nous pousse à compter nos « amis », à en faire l’objet d’une compétition numérique de la même façon que le système universitaire conduit les chercheurs à rivaliser en termes quantitatifs : c’est à qui obtiendra le plus de citations, publiera le plus d’articles, aura le plus d’« amis ». Cette comptabilisation est en outre assortie d’une rhétorique visuelle à base d’« émoticons » de plus en plus sophistiqués, conçus pour accompagner les mille petites icônes de ces visages « amis ». Ainsi finit-on par se croire plongé dans une société virtuelle amicalement rassemblée autour de soi. Mais ce qu’on nous vend ainsi, c’est en réalité tout au plus le plaisir enfantin et inévitablement cruel de jouer avec le visage et par là l’existence même des autres. De fait, sur la toile, le visage de l’autre ne nous résiste plus : transformé en petit timbre existentiel standardisé, il apparaît à l’écran sans jamais nous demander de nous ajuster à lui, et s’il commence à nous déranger la solution est très simple : étant donné la totale malléabilité de cette communauté purement virtuelle, on l’efface, ni plus ni moins.

Notre livre à visages est donc, au fond, comme un tapis persan fait à la machine : il manque d’imperfection, et par suite d’existence humaine réelle. Toutes les singularités y sont aplaties dans l’articulation émotionnelle élémentaire du « like ». Le jeu des émoticons tend certes à faire croire qu’on va pouvoir apprivoiser le mystère du visage de l’autre sans qu’il soit besoin d’y ajuster son propre narcissisme. Mais dans ces conditions, quelle déconvenue lorsqu’on finit par se rendre compte que cette machinerie graphique et bureaucratique ne saurait en définitive nous apporter aucune satisfaction de cet ordre puisque si nous n’avons pas à nous y ajuster aux autres, les autres n’ont pas davantage à s’y ajuster à nous ! Notre regard qui réifie le visage d’autrui est le même que celui par lequel les autres réifient notre propre visage.

Plus largement, ce formatage des visages et des singularités existentielles est en train de changer sous nos yeux l’anthropologie des relations humaines. Autant, d’un côté, tout le monde est conscient des bienfaits liés à la possibilité de vivre et d’agir dans une communauté virtuelle élargie, potentiellement infinie et globale, autant, de l’autre, il échappe à la plupart que la logique essentiellement quantitative de cette bureaucratie émotionnelle, en nous amadouant par sa rhétorique visuelle hypnotisante, instaure en fait une idéologie de la non-relation. Toute connexion pouvant à chaque instant être éliminée sans entraves et rapidement remplacée par une connexion alternative, c’est la relation même qui perd toute valeur singulière. Evolution plus inquiétante encore, cette idéologie des relations numériques est en train (surtout parmi les nouvelles générations) d’envahir aussi le monde des relations « non-numériques ». C’est ainsi, notamment, qu’on tend aujourd’hui à ressentir de moins en moins ce que peut signifier « perdre quelqu’un » — tout un vécu partagé qui soudain disparaît avec la fin d’une amitié ou d’un amour, ou la mort d’un proche. A l’idée tragique mais anthropologiquement saine du caractère irremplaçable du visage de l’autre qui nous quitte se substitue une vision intrinsèquement violente, où l’autre, simple jouet d’un miroitement narcissique, n’est plus qu’une marionnette sans histoire ni véritable visage.

Avant que cette idéologie quantitative des relations sociales ne nous condamne à la perte complète de la valeur singulière de tout visage humain — ce qui serait le triomphe d’un système politique et économique totalitaire —, le sémioticien doit intervenir en soutenant avec force que l’amitié est une chose qui ne se compte pas mais qui se raconte, que c’est un lien fait de mémoire, de fidélité et même de souffrance à la faveur duquel on se découvre soi-même non pas dans une compétition cumulative et dans la manipulation des autres mais par un regard qui, parce qu’il cherche à s’ajuster à la singularité d’autrui, peut en retour être gratifié par le regard d’autres sujets qui lui rendent justice.

Références bibliographiques haut de la page

Greimas, Algirdas J., De l’imperfection, Périgueux, Fanlac, 1987.

Landowski, Eric, La Société réfléchie, Paris, Seuil, 1989.
Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997.
— Passions sans nom, Paris, PUF, 2004.
Les interactions risquées, préface de Jacques Fontanille, Actes Sémiotiques, 101-103, 2005.
— « L’épreuve de l’autre », Sign Systems Studies, 34, 2, 2008.
— et Gianfranco Marrone (éds.), La société des objets. Problèmes d’interobjectivité, Protée, XXIX, 1, 2001 ; tr. it., La società degli oggetti : problemi di interoggettività, Rome, Meltemi, 2002.

Leone, Massimo, « Semiotics of the Pixel », Rivista Italiana di Filosofia del Linguaggio, on line (à par.).

Levinas, Emmanuel, Totalité et infini : essai sur l’extériorité, La Haye, M. Nijhoff, 1961.

Notes - document 9 haut de la page

1  Cf. E. Landowski, « Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne », Carte Semiotiche. Annali, 4 (Visibilità e governo dei corpi), 2016.

2  Cf. Emmanuel Levinas, Totalité et infini : essai sur l’extériorité, La Haye, M. Nijhoff, 1961.

3  Cf. Les interactions risquées, Actes sémiotiques, 101-103, 2005, pp. 43-47.

4  Cf. E. Landowski, « L’épreuve de l’autre », Sign Systems Studies, 34, 2, 2008 (spécialement pp. 326-334).

5  Cf. E. Landowski, « En deçà ou au-delà des stratégies, la présence contagieuse », Passions sans nom, Paris, PUF, 2004.

6  Cf. E. Landowski et Gianfranco Marrone (éds.), La société des objets. Problèmes d’interobjectivité, Protée, XXIX, 1, 2001 ; tr. it., La società degli oggetti : problemi di interoggettività, Rome, Meltemi, 2002.

7  M. Leone, « Semiotics of the Pixel », Rivista Italiana di Filosofia del Linguaggio, on  line (à par.).

8  Cf. A.J. Greimas, De l’Imperfection, Périgueux, Fanlac, 1987.

9  Soulignons que l’ajustement« ne consiste ni à s’adapter unilatéralement à un autre acteur ni à amener l’autre à se plier à soi. L’adaptation unilatérale d’un acteur à un autre relève de la programmation». Les interactions risquées, op. cit., p. 40.

10  Cf. La Société réfléchie, Paris, Seuil, 1989, pp. 277-278 ; Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, pp. 113-115 ; Passions sans nom, op. cit., pp. 25-37, 202.

DOCUMENT X

Roberto Pellerey
Université de Gênes

Presenza in una scelta1

La semiotica interpretativa vive oggi lo stesso rischio che Eric Landowski, nel suo articolo, denuncia per la semiotica greimasiana : l’accademismo formale e la sterile ripetitività di analisi sempre uguali su oggetti sempre uguali, involta nelle proprie ossessioni di scuola e in preferenze stereotipate per oggetti d’analisi ormai usurati, priva della presa sulla realtà che ne ha fatto, in origine, una riflessione critica sulle condizioni del mondo contemporaneo capace di aprire prospettive inedite. La semiotica riesce oggi con difficoltà a rendere conto (e rendersi conto) dei cambiamenti sostanziali della realtà sociale e culturale, cioè delle condizioni in cui le persone vivono la propria vita ed esercitano la conoscenza. Landowski denuncia nel mondo attuale il trionfo di una gestione tecno-manageriale della società che programma l’insignificanza delle persone e l’eliminazione di ogni loro possibilità di scelta sulla propria vita in nome di un’ideologia economica assunta come principio assoluto dell’organizzazione sociale e della vita individuale, che risulta così completamente asservita, “au service du système marchand”.

2 :
 Cfr. ad es. P. Violi, Paesaggi della memoria, Milano, Bompiani, 2014 ; C.Demaria, Semiotica e memoria : analisi del post-conflitto, (...)
3 :
 Vedi R. Pellerey, Semiotica e decrescita. Obiezione al consumo, cooperazione internazionale e sovranità alimentare : un nuovo (...)

Su questi fatti fondamentali la semiotica sembra avere rinunciato a pronunciarsi. Qualche passo la semiotica lo ha fatto, volgendosi a esaminare problemi e processi storici e sociali come la preservazione della memoria storica o i processi pubblici post-riconciliazione dopo persecuzioni e guerre civili, ma in quanto fatti “straordinari” rispetto allo scorrimento della vita ordinaria2. La maggior parte delle analisi riguarda però ancora fatti caratteristici della società dei consumi e della comunicazione di massa, arricchiti rispetto agli anni ’60-’70 di oggetti tipici dell’informazione elettronico-digitale : testi letterari, film, programmi televisivi, pubblicità, moda, marketing, siti web, social network, testi pittorici ed artistici, manifesti, discorsi politici, make-up, mode culturali… tutto ciò insomma che ha caratterizzato una cultura e una società nei paesi occidentali fino a qualche tempo fa. Tuttavia nel tempo la società dei consumi di massa degli anni ’60-’70 si è trasformata nella società della mercificazione attuale, una società in cui la trasformazione totale di beni, oggetti e persone in merce, fonte o strumento di profitto economico, è non solo praticata come normale ma è anche giustificata teoricamente da un complesso ideologico-culturale che abbiamo già descritto in altri testi3.


*

4 :
 Cfr. E. Landowski, Rischiare nelle interazioni, Milano, Angeli, 2010.

È in questa situazione di raggiunta insostenibilità, di eccesso storico, che la semiotica si va trasformando da disciplina descrittiva delle cose in una semiotica operativa, implicata nei processi (nei termini di Eric Landowski), che reagisce e agisce direttamente là dove interviene : è ciò che Landowski chiama una semiotica che “prende partito” in favore di una pratica del senso ben definita, l’Aggiustamento, una dinamica di unione tra interattanti dotati di sensibilità, contrapposta alle dinamiche della manipolazione e della programmazione, proprie al programma narrativo standard4. Il regime di senso della manipolazione, anzi, secondo Landowski, e la concezione del senso statica e utilitarista che presuppone, corrisponde a un’ideologia culturale basata sulla dinamica di appropriazione di entità concepite come inerti da parte di un soggetto unico protagonista attivo, che corrisponde ai valori dell’economismo mercantile : ciò che possiamo chiamare l’ideologia della mercificazione totale degli oggetti del mondo. La tesi di Eric Landowski è chiara : la semiotica non è oggettiva, nonostante ne abbia l’apparenza, ma ingloba nei suoi presupposti e nei processi descrittivi che utilizza sistemi di valori rispondenti a visioni della società, della cultura, dell’economia. La semiotica della manipolazione e della programmazione (nei termini della teoria greimasiana) asseconda nei suoi presupposti la visione appropriatrice dell’ideologia utilitarista, consumista, “marchande”, diventata oggi ideologia della mercificazione totale, e ad essa occorre contrapporre una semiotica “ecologica” ovvero fondata sulla realizzazione delle identità individuali in un libero gioco di interazioni tra persone, tra le persone e i loro bisogni e desideri, tra necessità, desideri e condizioni di vita.

Ciò che entra qui in gioco è una questione epistemologica fondamentale, una scelta di fondo che noi, per altra via, abbiamo già tratto : la transizione della semiotica da disciplina descrittiva a disciplina che interviene e opera sul campo. Questa opzione non è forse altro, in fondo, che rendersi conto che l’imparzialità descrittiva di una scienza è un’aspirazione utopica, poiché ogni scienza incorpora principi inespressi e inconsapevoli nei suoi processi e metodi. Una disciplina è d’intervento, prima di tutto, nel rendersi conto delle valutazioni implicite nella scelta dei propri oggetti, ovvero nelle valutazioni di dignità o di legittimità, o di significatività, che si attribuiscono a un oggetto eleggendolo proprio oggetto di studio. La semiotica sembra non rendersi conto che ogni volta che analizza fatti come pubblicità, moda, consumo, marketing, trasmissioni televisive, strumenti d’informazione elettronica, design, mode culturali e così via, di fatto appoggia e legittima la cultura della subordinazione sociale all’ideologia della mercificazione. La semiotica è intervento e presenza in una scelta, tra due opzioni possibili, e nella contingenza storica attuale la scelta del campo e degli oggetti del campo culturale e sociale alternativo alla mercificazione appare necessaria e scontata.

Ma resta, prima ancora, da chiarire e motivare la ragione della scelta di implicarsi, reagire, prendere partito, di fronte alla tradizione epistemologica della distanza tra osservatore e oggetto. Per Landowski una semiotica “dans le siècle” è il risultato di una scelta ragionata tra forme diverse di interazione, o di regimi di senso, in relazione alla loro portata esistenziale, alla capacità cioè di descrivere, spiegare e favorire condizioni di vita che permettano in misura maggiore o minore di costruirsi il proprio “senso della vita” tramite un regime di senso liberamente scelto : la libera scelta di un atto (fare o non fare, fare questo o fare quello…) deriva da Aggiustamenti sensibili tra la dinamica delle situazioni vissute e coloro che le vivono, mentre, in contrapposizione, la gestione sociale manageriale attuale delega la gestione degli affari della vita concreta delle persone a una classe di decisori descritti come tecnicamente competenti sul “bene” degli altri. Si tratta di scegliere tra una disciplina che accetta supinamente la visione socialmente imposta, e riduce la gamma delle possibilità ammesse e catalogate per la vita delle persone, e una disciplina che comprende una gamma più ampia, e dunque più rispondente all’antropologia esistenziale della specie, di scelte di vita possibili e realizzabili, oltre a quelle in atto nelle condizioni sociali attuali.


*

La nostra risposta passa per un’altra via, ma non si discosta di molto da questa tesi. Il nostro presupposto è che la semiotica ritrova la sua identità nella capacità di interpretare i fatti cruciali del presente storico, come era stata capace di fare negli anni ’60 descrivendo in modo unitario la società dei consumi e della comunicazione di massa attraverso il comune statuto di “messaggi” attribuito agli oggetti sociali e culturali che vi circolano.

5 :
 Vedi R. Pellerey, Comunicazione. Storia, usi, interpretazioni, Roma, Carocci, 2011, pp. 34 e 41.

Ne deriva la ripresa della sua qualità storica, dimenticata nel tempo, di critica sociale, ovvero di analisi sociale demistificante rispetto ai processi di costruzione sociale di immagini della realtà. Scienza distaccata nella registrazione protocollare dei fatti, è però scienza militante nella denuncia dei loro effetti, come la manipolazione dell’opinione pubblica nascosta nel modo di disporre e presentare i fatti da parte degli organi di informazione o degli organi politici ed istituzionali. La semiotica è intervento diretto quando invece di assecondare i luoghi comuni del tempo evidenzia l’artificialità delle credenze diffuse e delle ideologie culturali correnti, e svela l’istituzione di presupposti dati per “naturali” nelle pratiche della vita quotidiana. Quando cioè esamina la manipolazione di massa delle coscienze e dell’immaginario pubblico nella costruzione di miti sociali che giustificano le forme della vita contemporanea come un ovvio “naturale” umano, non diversamente da quanto hanno fatto Roland Barthes ed Umberto Eco esaminando negli anni ’60-’70 i valori soggiacenti (“mitologie sociali”) costruiti e trasmessi come naturalmente validi dai mezzi di informazione o il modo in cui le caratteristiche tecniche della produzione ed emissione dei messaggi influiscono sulla loro fruizione generando un pensiero sociale diffuso5. La semiotica è dunque nella posizione migliore per smontare i meccanismi del consenso all’immagine socialmente costruita dell’economia della mercificazione eretta in paradigma unico e naturale del mondo, ma sottoposta oggi a una critica radicale da più parti dopo un trentennio di silenzio critico totale.

Una realtà effervescente di nuovi oggetti sociali costituiti da diversi tipi, formali o informali, di organismi associativi, comitati e coordinamenti territoriali, si è aggregata e opera oggi attorno a tre principi ricorrenti — la critica alla concezione dei beni come merce, l’interrogativo sui modelli dello sviluppo, e il dibattito sul rapporto tra sviluppo e benessere —, dando vita a sperimentazioni di una rivoluzione culturale sommersa del tutto ignorata dai media : sistemi di produzione agricola in proprio per l’autoconsumo, istituzione di reti di distribuzione o scambio non commerciali di beni alimentari, rifiuto del “cibo progettato” della grande distribuzione organizzata, sperimentazione di unità abitative e sistemi urbani di tipo comunitario, ripristino di cicli di produzione di alimenti locali tramite l’agricoltura contadina e la creazione di banche dei semi viventi, investimento del risparmio in micro-credito nei paesi impoveriti per ripristinare l’autonomia economica locale e l’indipendenza dalle società sementiere e agro-alimentari internazionali, e così via. Si tratta di scambi, pratiche e interazioni (economiche, sociali, culturali, ecologiche) del nuovo paradigma della demercificazione della società a partire dal rifiuto concreto dei pilastri operativi del sistema di mercato (quali la fissazione dei prezzi in base alla dinamica domanda/offerta o la compravendita come meccanismo di scambio principale), su cui abbiamo già iniziato da tempo una analisi specifica. All’interno di questo movimento teorico e culturale numerosi studi e analisi contestano l’immagine di naturalezza, unicità ed eternità attribuita a questo modello e ai suoi principi di base (come il principio dell’homo oeconomicus), che sono il risultato di una costruzione ideologica storica e contingente.

Osservando questo insieme di ricerche, la semiotica collabora allo smascheramento di questa immagine di “ovvia naturalezza” dell’ideologia della mercificazione, e interviene nella definizione dei principi ad esempio delle forme di scambio possibili, dei modelli operativi dei movimenti del nuovo paradigma, della precisazione dei suoi principi cardine etc. Cosi prendendo parte prima di tutto alla denuncia di una truffa ideologica, la semiotica collabora a disegnare una visione alternativa del presente, dapprima perché ciò risponde ad una descrizione veritiera delle condizioni del presente come effervescenza in movimento ignorata dai media (nuovi o tradizionali), poi perché comprende una gamma più veritiera di sistemi di vita disponibili e possibili alla specie umana, dunque corrisponde a una migliore descrizione della realtà delle condizioni di vita umane, l’antropologia esistenziale della specie.


*

Tale opzione di implicazione di una scienza operativa, che interviene per collaborare o estendere possibilità esistenziali, segue strade diverse. La sociosemiotica di origine greimasiana segue la via del regime dell’Aggiustamento. La semiotica interpretativa utilizza diversi strumenti per esaminare o formulare interventi sul campo efficaci e dotati di senso.

6 :
 Cfr. R. Pellerey, Semiotica e decrescita, Milano, Franco Angeli, 2015, pp. 66-123 e 284-302.

Per questo scopo ci serviamo di nozioni come quella di Operatore Modello, proposta per gli interventi sul campo della cooperazione internazionale ed estesa poi a ogni intervento condotto sul campo concreto degli scambi economici dagli organismi dei nuovi movimenti. O il principio della “semantica dell’intervento”, lo strumento d’analisi della situazione tramite i fattori di “contesto, co-testo, circostanze” per esaminare le condizioni d’efficacia nella formulazione degli interventi sul campo (“condizioni di enunciazione”), anch’esso nato per la cooperazione internazionale e trasposto in seguito agli intervento d’ambito economico-sociale, nella pratica di forme di scambio di beni differenti da quelle vigenti nel sistema di mercato, dei movimenti per la demercificazione sociale6. In altri casi saranno più utili la comprensione di chi siano autore, lettore, testo, interpretazione, significato dell’intervento ridefinito come “testo”, o la nozione di interpretante e semiosi illimitata per esaminare la concatenazione degli effetti di un intervento fino a un risultato finale pensato come Interpretante Logico Ultimo e costituito per esempio dalla raggiunta stabilità di condizioni di vita in una comunità. Nell’adozione e trasposizione di questi e altri strumenti del suo patrimonio teorico, la semiotica diventa effettivamente disciplina non solo descrittiva ma anche prescrittiva, in quanto dà indicazioni per intervenire, operare sul campo, effettuare interventi efficaci. È in questa indicazione che la semiotica si implica, e prende partito in quanto fornisce strumenti e indicazioni ad alcuni attori di un conflitto sociale e culturale contemporaneo.

7 :
 Cfr. Semiotica e decrescita, op. cit., pp. 92-96.

In un intervento di una Ong in una vallata andina in Bolivia sarà ad esempio utile esaminare le circostanze (assenza di conflitti tra gruppi sociali o comunità etniche, forti tradizioni associative per lavoro etc.), il co-testo (fertilità dei terreni, ambiente intatto, rapidità dei collegamenti col capoluogo etc.), il contesto (economia vs. ripresa tradizione culturale, produzione agricola o allevamento vs. artigianato o turismo etc.) per giungere a formulare l’enunciato “organizzazione di un sistema avanzato di produzione locale e distribuzione nazionale di latte, tramite allevamenti nutriti con foraggio locale su terreni cui si alterna la produzione agricola per il sostentamento locale in modo autonomo e indipendente, da parte di piccoli produttori riuniti in cooperative” ottenendo lo sviluppo del reddito familiare e comunitario in condizioni di indipendenza delle comunità locali7.

8 :
 Ibid., pp. 213-215.

In un intervento europeo di autoproduzione collettiva (60 famiglie) di grano e altri cereali, su terreno ad uso comune, seguita dalla trasformazione diretta sul posto del grano in farina e della farina in beni alimentari (pane, pasta, biscotti etc.) poi distribuiti tra gli associati, la stessa analisi semantica delle circostanze (disponibilità di un terreno disusato, richiesta di approvvigionamento senza passare per i circuiti commerciali etc.), del co-testo (qualità del terreno, mezzi disponibili, semi non Ogm, legislazione sulla trasformazione in proprio etc.) e del contesto (autosostentamento al di fuori dei circuiti commerciali vs. usi speculativi del terreno, produzione cerealicola vs. allevamento etc.) precede la scelta di un intervento destinato all’autoproduzione di beni alimentari biologici al di fuori dei circuiti produttivi industriali e dei circuiti di distribuzione commerciale, i cui principali interpretanti sono la sottrazione dei suoli alla speculazione edilizia, la creazione di una comunità sociale responsabile, la riduzione dei profitti della distribuzione commerciale e dell’industria dei trasporti, inquadrati in un progetto complessivo di demercificazione8.


*

Una coincidenza che merita attenzione è il ripresentarsi della nozione di reciprocità. Nella sociosemiotica di Landowski essa è il rapporto necessario per la pratica ecologica del senso, “commandée par l’exigence d’un accomplissement mutuel dans des rapports de réciprocité entre soi et l’autre”, ma nel lettore implicato sollecita una immediata rispondenza con i modelli culturali della demercificazione.

9 :
 Vedi K. Polanyi, The great transformation, New York, Rinehart-Winston, 1944.
10 :
 Cfr. Semiotica e decrescita, op. cit., pp. 141-149.
11 :
 Ibid., pp. 205-208.

La Reciprocità è una delle tre forme di scambio economico che nelle tesi di Polanyi si alternano nelle società umane (reciprocità, redistribuzione, mercato)9. Costituisce da allora un modello teorico generale alternativo al sistema di mercato nelle ipotesi di riforma delle strutture economiche e sociali degli autori antiutilitaristi e dei teorici del dono10, che negli anni ’70-’80 ne conseguono proposte politiche dirompenti. Adottato negli anni ’80 dal movimento brasiliano dell’Economia Solidale, basato sulla teoria politico-sociale di Euclides Mance11, continua la sua fortuna teorica anche nei nuovi movimenti europei per la demercificazione, comprese le associazioni per la Decrescita. Lo scopo politico finale dei loro interventi è la creazione di una società in cui la realizzazione dell’individuo non coincide con il massimo reddito possibile, e in cui si può soddisfare la sete di socialità e di reciprocità attraverso l’economia, e proprio in questo consiste il rovesciamento culturale del modello della reciprocità rispetto al sistema di mercato.

La consonanza con ciò che Landowski chiama “pratica ecologica del senso” è lampante e comporta una conseguenza evidente. Quando Landowski parla del consolidamento di una nuova cultura basata sulla logica interazionale contrapposta alla cultura del “système marchand”, di cui delinea un’identità diffusa nel pensiero contemporaneo, permette alle semiotiche di aggiungere a tale cultura un apporto teorico rilevante : la consapevolezza che il modello dinamico della Reciprocità è centrale nella cultura in formazione, ed è una isotopia diffusa ricorrente in teorie e pratiche di ordine diverso ma tutte dirette alla creazione di forme culturali, sociali ed economiche di scambio ed interazione diretta tra pari anziché di operazione condotta da un soggetto attivo su oggetti passivi. Si tratta dunque di un nodo di fondo che contraddistingue radicalmente due culture oggi contrapposte sul piano politico, i cui tratti sono distinguibili grazie alla osservazione (e la auto-consapevolezza) permesse dalla semiotica. Si tratta del momento germinale di una cultura di cui la semiotica si fa levatrice, o almeno co-levatrice.

La semiotica è così una disciplina nuova per sfide storiche nuove, in grado di affrontare situazioni sociali storicamente inedite senza ricorrere al ripristino di vestigia culturali suggestive, arcaiche o esotiche (dallo zen alla métis, all’esicasmo, cui aggiungiamo la civiltà irrecuperabile del baratto totale dei beni auto-prodotti) ma inadatte a diventare frammenti operativi di una cultura contrapposta a quella della mercificazione totale. È situazione storicamente nuova la sostituzione del conflitto frontale tra capitalismo (sistema di mercato) e socialismo (sistema di redistribuzione su base collettiva), linea di frattura politica e culturale fondamentale fino a poco tempo fa, con il conflitto tra organismi internazionali economico-finanziari sostenitori del sistema delle società internazionali produttrici e distributrici e gli organismi indipendenti di difesa dell’autonomia economica delle comunità locali nel mondo. Tale difesa avviene oggi sia recuperando forme di organizzazione economica preesistenti, sia inventando forme nuove adatte alla nuova situazione, riunite perlopiù nella strategia comune della Sovranità Alimentare, che costituiscono esiti di una pratica ecologica nel senso inteso dalla sociosemiotica.

È proprio questo il nuovo conflitto politico che divide il mondo, e su cui si schierano e si implicano le discipline scientifiche oggi anche solo nel riconoscerlo. Esso resta velato se si continua a praticare ciecamente la propria disciplina all’interno della cultura delle merci. È in questi mesi, ad esempio, che viene discussa la contestata approvazione del TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), trattato per il libero commercio di beni e servizi tra Europa e USA. Se fosse approvato avrebbe lo stesso impatto esplosivo sulla società, l’economia e la cultura contemporanee della nascita dell’industria tessile nell’Inghilterra settecentesca o dellaconferenza di Jalta nel 1945.Di fronte all’importanza della trasformazione che sta accadendo, una semiotica non implicata è semplicemente una semiotica collusa.

Notes - document 10 haut de la page

1  Cette expression idiomatique peut être rendue en français par : “Nous avons fait un choix et nous nous y tenons” [NDLR].

2  Cfr. ad es. P. Violi, Paesaggi della memoria, Milano, Bompiani, 2014 ; C.Demaria, Semiotica e memoria : analisi del post-conflitto, Roma, Carocci, 2006 ; G. Ferraro, V. Pisanty, M.P. Pozzato, Variazioni semiotiche, Roma, Carocci, 2007.

3  Vedi R. Pellerey, Semiotica e decrescita. Obiezione al consumo, cooperazione internazionale e sovranità alimentare : un nuovo paradigma, Milano, FrancoAngeli, 2015 ; id., “Il giusto prezzo, il senso del denaro e una dissidenza inattuale. Dall'homo oeconomicus all’economia solidale”, Ocula, 16, 2015 (Semiotics of Economic Discourse, a cura di G. Coratelli, F. Garofalo, F. Montanari ; id., “Fuori mercato. Dissidenze inattuali e modernità obbligate”, Actes Sémiotiques, 119, 2016 (http://epublications.unilim.fr/revues/as/5567).

4  Cfr. E. Landowski, Rischiare nelle interazioni, Milano, Angeli, 2010.

5  Vedi R. Pellerey, Comunicazione. Storia, usi, interpretazioni, Roma, Carocci, 2011, pp. 34 e 41.

6  Cfr. R. Pellerey, Semiotica e decrescita, Milano, Franco Angeli, 2015, pp. 66-123 e 284-302.

7  Cfr. Semiotica e decrescita, op. cit., pp. 92-96.

8  Ibid., pp. 213-215.

9  Vedi K. Polanyi, The great transformation, New York, Rinehart-Winston, 1944.

10  Cfr. Semiotica e decrescita, op. cit., pp. 141-149.

11  Ibid., pp. 205-208.

DOCUMENT XI

Jean-Paul Petitimbert
CeReS - Université de Limoges

Anthropocenic Park : « humans and non-humans » in socio-semiotic interaction

1 :
 Our translation of the excerpts of Landowski’s manifesto.

Beyond the fact that the « anthropocene » currently is one of the buzz words that is very much debated in the scientific literature as well as commented in the mass media, the main reason why we have chosen to devote this paper to it lies in Eric Landowski’s above manifesto itself. Indeed, without explicitly mentioning it, his text refers to the main reasons presiding over its advent. When he writes that the concepts developed by standard semiotics broadly « subtend the very utilitarian conception of value, the idealistic vision of the subject and, correlatively, the fundamentally pragmatic “form of life” imposed by the dominant ideology of our post-modern societies » — both « unswervingly democratic in their principles » and « everyday more and more mercantile in practice »1 —, he directly describes what is now widely agreed to be the fundamental cause having led to the anthropocene. This manifesto also greatly inspired us insofar as it strongly campaigns for an « “ecology of meaning” rather than an “economy of meaning” (…), that is to say, a vision of existence reduced to the economic management of values and meaning with a view to dominating and appropriating the world ». With this last statement in mind, it was only naturalto us to make organic connections, so to speak, between this advocacy and the topic that we are going to deal with in the next pages.

1. Why on Earth the anthropocene?

2 :
 Source : http://www2.le.ac.uk/offices/press/press-releases/2016/august/media-note-anthropocene-working-group-awg.
3 :
 Paul J. Crutzen and Eugene F. Stœrmer, « The « Anthropocene » », International Geosphere-Biosphere Programme Newsletter, 41, (...)

The anthropocene is first and foremost a geological concept. Its very existence as a new epoch of the planetary history following the Holocene in which, until further notice, we still find ourselves as part of the Quaternary era, is currently being contemplated by the academia. The latest scientific debate about it took place no later than last August, at the 35th International Geological Congress in Cape Town where the sub-commission on Quaternary stratigraphy, also known as the Anthropocene Working Group (AWG), composed of about thirty five geologists, archælogists and stratigraphists from all over the world who, having been working on it for seven years, presented their summary of evidence and their provisional recommendations on this potential new geological time interval. Basically, these recommendations are i) to officially acknowledge its stratigraphical reality ; ii) to formalise it as an epoch rather than an era, a period or an age ; iii) to establish 1950 as the milestone date of its beginning ; iv) to support the above with the evidence of a clear « golden spike » in sediments (i.e. a clearly visible boundary between two stratigraphic layers) ; and v) to characterise this spike, amongst many other primary signals, by the high level of plutonium fallout, that is to say the radioactive elements from the many nuclear bomb tests done in the postwar period which were blown into the stratosphere before settling down to Earth2. The whole idea behind the term, ever since it was coined in 2000 together by the chemist Paul Crutzen and the biologist Eugene Stœrmer, is to denote the present time interval, in which many geologically significant conditions and processes are profoundly altered by human activities3. These include changes in erosion and sediment transport associated with colonisation, agriculture or urbanisation, but also changes in the environmental conditions generated by these perturbations : global warming, mass extinction of species, sea level rise or ocean acidification and spreading oceanic « dead zones », amongst other long lasting, and for some irreversible, changes.

As one can obviously gather, the whole notion primarily falls into the remits of the « hard » natural sciences, rather than those of our « soft » social sciences. However, amongst those scholars belonging to the latter, a couple of prominent French researchers have jumped on the bandwagon and taken the anthropocene aboard their research interests. One of them is the current holder of the chair of anthropology of nature at the Collège de France, Philippe Descola, who in november 2015 — about one month ahead of the holding in Paris of the United Nations Climate Change Conference, commonly known as the COP21 — organised an international two day congress whose title was « How to think the anthropocene ». On this occasion, his introductory speech entitled « Human, all too human » not only set the scene for the two days, but also articulated a strikingly similar statement to what we have just read under Landowski’s pen :

4 :
 Philippe Descola, « Humain, trop humain », Esprit, 12, 2015, p. 9 (our translation and our stress).

Humanity as a whole can’t therefore be made accountable for the origin of the anthropocene, but rather a system, a way of life, an ideology, a way of giving meaning to the world and to things, a system whose seduction has been expanding and whose peculiarities must be understood if we want to be finished with it and attempt to diminish some of its most dramatic consequences.4

5 :
 Bruno Latour, Facing Gaia. Six lectures on the political theology of nature (Gifford Lectures on Natural Religion, Edimburgh 18th-28th of (...)
6 :
 His personal website heralds its publication in early 2017 by Polity Press. The French version of it is : Bruno Latour, Face à Gaïa. (...)

This event gathered philosophers, anthropologists and sociologists. Among them, there was the other scholar whose thinking will largely trigger our own, Bruno Latour, an anthropologist of sciences and technology (among other tags). In his prolific production, we will mostly lean on the transcription of his original six Gifford lectures about « Natural Theology » that he delivered in English at the University of Edimburgh in 20135. Those lectures constitute the bulk of the work that he later completely reorganised and substantially amplified with another two chapters in order to give birth to his latest book : Facing Gaia. Eight lectures on the new climatic regime. This book is due to be published in English shortly (but was published in French as early as 2015) and is considered as the follow up to his previous publication An inquiry into modes of existence,a work in which the spectre of Gaia was already featuring in the distance and started to become an invading and influencing entity6.

What unites these two researchers is their shared interest in the interactions between humans and non-humans, as they both put it, each in his respective field. This question of interaction obviously is at the heart of the notion of anthropocene, be it considered upstream, i.e. in its causes, or downstream in its consequences and how humanity is going to deal with those. Moreover, both have in their respective « tool boxes », on top of the human vs. non-human category, a couple of common concepts. On the one hand, that of « collective » of living beings, that is to say a specific set of aggregates that has nothing to do with society, which by definition is only composed of humans, insofar as a given « collective » can be defined by a combination of humans and non-humans together, or can even exclusively comprise non-humans alone. On the other hand, they both profusely use the notion of « agency » that both humans and non-humans can possess and that we as semioticians can simply translate as the pragmatic competence of being-able-to-do and the subsequent modality of doing.

7 :
About the connections between Greimasian semiotics and Latour’s thinking, see e.g. Roar Høstaker’s writings, in particular « Latour. (...)

The overt influence of Greimasian semiotics is claimed loud and clear by Latour himself who has adopted a number of semiotic concepts in his modus cogitandi (without incidentally acknowledging explicitly that he has slightly distorted or simplified them to suit his needs)7. That said, it then becomes rather legitimate to take a close semiotic look at the viewpoints expressed by these two scholars, and Latour more particularly, all the more so as their shared interest in interactionsrightly happens to be the pivotal object of socio-semiotics, as Landowski’s manifesto has so clearly re-stated. What we therefore propose is to appraise their thoughts and the way they envisage the future political management of the anthropocene with regard to the various regimes of interaction brought to light and modelised by socio-semiotics.

2. From kosmos to kakosmos

Their common starting point is about the same as that of anyone else interested in the notion of anthropocene, whatever their disciplines : the assessment that the familar and reassuring « natural order of things » which we had, in our western developed countries, so far been used to, proven by science down here on Earth as well as on the far borders of the universe, is at an end. Latour summarises it as follows :

8 :
 Br. Latour, « Agency at the time of the Anthropocene »,  New Literary History, 45, 2014, p. 4.

After having moved from the closed cosmos to the infinite universe, we have to move back from the infinite universe to the closed cosmos — except this time there is no order, no God, no hierarchy, no authority, and thus literally no « cosmos », a word that means a handsome and well composed arrangement. Let’s give this new situation its Greek name, that of kakosmos. What a drama we have been through : from cosmos to the universe and then, from the universe to the kakosmos !8

9 :
Id., « An Attempt at a “Compositionist Manifesto” », New Literary History,41, 2010,p. 481.

This kakosmos, « that is, in polite Greek, a horrible and disgusting mess ! »9 which can also be described by this other greek word chaos, is the living proof that the old western worldview that Descola calls naturalist and Latour modernist is no longer relevant. This « Moderns’« worldview, inherited of a few centuries of humanities and scientific discoveries that had subtended the main mode of interaction between humans and their natural environment posits that nature, being inanimate (i.e. devoid of « agency »), obeys a set of immutable and predictable causal laws that natural sciences have devoted themselves to discovering. As Latour puts it, this former notion of nature

10 :
 Ibid., p. 482.

has the great advantage of ensuring the continuity of space and time by connecting all entities through concatenations of causes and consequences. (…) In such a conception, nature is always already assembled, since nothing happens but what comes from before. It is enough to have the causes, the consequences will follow, and they will possess nothing of their own except the carrying further of the same indisputable set of characteristics.10

The advent of the anthropocene, with its fast procession of adventitious and sometimes irreversible catastrophes, makes the inconsiderate and careless humans that we are realise in a sudden and abrupt way that they have in fact been living in quite a different environment from what they had thought, imagined and believed for ages. At the same time, these same humans are « promoted », so to speak, to the status and rank of a colossal geological force, while, although they are partly responsible for those changes, some irreversible, they find themselves deprived from any « agency » whatsoever, leaving them impotent, in a state of utter helplessness and complete abandonment to their fate. Latour describes them as » obstinately dumb humans sitting impassibly frozen while the whole former décor of their older plots is passing away at a frightening speed ! » (FG, p. 129).

11 :
 E. Landowski, Les interactions risquées, Actes sémiotiques, 101-103, 2006, p. 40 (our translation).

In semiotic, and more specifically interactional terms, we can translate this drastic transition as the shift from the regime of programming to that of accident (or assent to the unpredictible).The pre-anthropocenic regime of interaction between the milieu and its human inhabitants had developed on the basis of the believed continuity, regularity and therefore predictability of the determinist laws ruling nature, envisaged as a purely inanimate and passive object that can be both studied by exact sciences and plundered and exploited ad libitum by the industry. This type of interaction corresponds to what Landowski names unilateral adaptation, which is one of the strict forms of the regime of programming. As he puts it, « an interaction is of programmatic nature when, in order to achieve its goals, an actant simply needs to lean on the pre-existing, stable and knowable determining factors of the other’s behaviour »11.

12 :
 James Lovelock, Gaia. A new look at life on Earth, Oxford, Oxford University Press,1979.
13 :
 Among many other publications, see Clive Hamilton’s Requiem for a Species. Why We Resist the Truth about Climate Change, London, (...)

Quite to the opposite, the new regime which now prevails and that has left mankind abashed, manifests itself through the principle of a radical discontinuity underlying the stochastic cohort of ecological catastrophes and cataclisms that seem to increasingly and haphazardly surge here and there on the planet. Under this new climatic regime, as Latour puts it, the environment is no more passively inert but has now got quite a potent « agency ». From being a mere indifferent object, it has now turned into a concerned, reactive and even « ticklish » agent. To describe this brand new situation, Latour uses an expressive theatrical metaphor whereby the anthropocene becomes an anthropo-scene, so to speak : he compares our environment to the set of a play that all of a sudden would not only become alive and turn into an actor in its own right, but would also take a prominent role within the plot. And he goes so far as giving this actor a name : Gaia. Gaia also is in itself a metaphor that he has borrowed from James Lovelock, a British scholar who introduced it as a hypothesis as early as the 1970s in several of his articles and books12. Lovelock is among the first scientists to have sounded the alarm over global warming caused by industrialisation and pollution. Amongst many other writers, he now argues that if mankind does not take action to reverse the damage caused by centuries of careless exploitation of its frail environment, it will soon be too late13.

But Latour’s use of the « Gaian » metaphor goes a trifle further than simply connoting that planet Earth is a living superorganism (one « global » determiner, the unity of which he incidentally disputes). On the one hand he uses it as a shorthand to denote the multiplicity and proliferation of various human and non-human entities operating together whose combined actions impact the Earth in intertwined unpredictable ways. On the other hand he exploits this mythological figure to the full, on the basis that it « is the most secular figure of the Earth ever explored by political theory » (FG p. 8., our stress). Despite this secularist dimension that he attaches to it, he starts from its being a deity, and more specifically one that antedates all others as she is supposed to have given birth to many, not to say most of them, and bestows upon her a transcendent position along with an arbitrary free will (an « agency ») which in many respects endows her, in his « play », with the semiotic actantial role of Sender. And what is more, conversely to the caring motherly figure that popular culture has by and large adopted to depict her, quite a terrible and horrendously threatening sort of Sender : in Hesiod’s Theogony,

far from being a figure of harmony, Gaia, the mythological character, emerges in great effusions of blood, steam and terror together with Chaos and Eros. (…) she is an earthly, black, brown, dark skinned and scheming monster, a feminine power that three times in a row tricks her progeny into murdering her loved ones (…), showering blood all around, every drop begetting a horrible monster. (…) Sorry to say, but Gaia, at least viewed from the later point of view of the Olympian gods, is a dangerous figure. (FG, p. 57)

14 :
 James Lovelock, The Revenge of Gaia. Why the Earth Is Fighting Back — and How We Can still Save Humanity, New York, Basic Books, 2006.

Along the same line, building on the title and content of one of Lovelock’s latest books14, he further presents her as some sort of angry Sender-Adjudicator who, having passed a negative cognitive judgement on humans, now exercises the subsequent negative pragmatic sanction by declaring war and

taking her revenge. (…) because the anthropocene might be conceived, not as the great irruption of Nature finally able to pacify all our conflicts [conversely to many ecologists’ utopian theories], but as a generalized state of war. No matter how horrendous history has been, geostory will no doubt be worse since what, until now, had remained safely in the background — the landscape that had framed all human conflicts — has now joined in the battle. (…) What had been metaphorical until now — that even the stones are screaming in pain at the misery humans have caused them —, has become literal. (FG, p. 100, our stress)

15 :
 E. Landowski, « Shikata ga nai ou Encore un pas pour devenir vraiment sémioticien ! », Lexia, 11-12, 2012, p. 52 (our (...)

Needless to underline how much this notion of revenge, in the form of an internecine war, echoes the polemical dimension of narratives unearthed by standard semiotics. The mode of thought underpinning both the depiction of the current state of affairs on Earth and the account of the string of events having led to it seems to be entirely reliant on the free will of some necessary transcendent entity posited as the font of the meaning and value of things, not to say of life. On the one hand, the Programmer, actorialised by humans, and westerners in particular who, full of themselves and convinced of their cognitive and pragmatic superiority in the universe, have not hesitated to plunder it for their own sake. The Sender-Adjudicator on the other, in the shape of Gaia who, by dint of being ruthlessly exploited, unexpectedly manifests herself in an ominous and unpredictable form : the set off of « a war of all against all, in which the protagonists may now be not only wolf and sheep, but also tuna fish as well as CO2, sea levels, plant nodules or algae, in addition to the many different factions of fighting humans. (…) That’s what it means to live in the anthropocene : we are locked in a world war — the Two Hundred Years World War» (FG, p. 103 and 115). The advent of Gaia is further described as some sort of return to a pre-Hobbesian situation, in which the bellum omnium contra omnes prevailed.However discretionary Gaia’s unforseeable decrees may appear, it seems that humans, as Landowski would put it, « have no other option than to take cognizance of and submit to them, be it either through resignation before fatality, with a feeling of revolt, or in an attitude of oblation and respect, in short of assent »15.

3. From kakosmos to a new Hobbesian Leviathan

16 :
 Br. Latour, Facing Gaia, op. cit., p. 101. Carl Schmitt, the author of The Nomos of the Earth in the International Law of the Jus (...)

From there on, Latour elaborates on the various forces in play in order to better work out what he sees and proposes as the way out of these belicose circumstances, so much aspired to in Descola’s introductory speech in 2015. And very much like Hobbes in his Leviathan, he endeavours to delineate the political conditions under which peace may eventually be found. This leads him to cherry-pick from « the toxic and unavoidable » Nazi legal expert Carl Schmitt a notion of politics conceived as contests between enemies and to also rely on the Schmittan concept of nomos to think about space and territories, a concept to which he adds those of demos and theos, i.e. the notion of peoples occupying these spaces along with the transcendent entities’ banners under which they rally into battle16. Basically, this means that in the same manner as Hobbes with his sovereign Leviathan, what he foresees as a viable solution is in the form of a contract, a compact or a covenant, and more importantly also in relation with some other, if not friendlier, at least potentially more intelligible figure of Sender. Translated into socio-semiotic terms, this entails to give up on the current regime of accident in a sustained effort to establish that of manipulation.

We need to exert an enormous violence on ourselves to practice this turn, this metanoia, this conversion, and to force the backward-looking Modernist to finally look forward ; to consider a state of affairs that is not a future — something comprising the vague hope that things will take care of themselves (« Après moi le déluge ! ») — but a state of affairs that comes as a threat and that does not bring hope. (FG, p. 110)

His recipe to do so comprises the above three ingredients and the sequence in which they need to be assembled is as follows : asking what sort of people are being called (demos) ; then asking what entity they are being assembled under (theos) ; and lastly ascertaining how their agencies (be they human only or also non-human) are spatially distributed to define their territory (nomos).

Firstly demos. Following Schmitt’s notion of necessity to draw a line between friends and foes, between allies and enemies, he divides mankind into several segments (« collectives ») on the ground that the formerly admitted unity of the anthropos has proven a fiction, in very much the same way as the « backward-looking Modernist’s » Nature was allegedly One, universal, undisputable, de-animated and indifferent.

Rather, it is the human as a unified agency, as one virtual political entity, as a universal concept that has to be broken down into many different peoples with contradictory interests, opposing cosmoses and who are summoned under the auspices of warring entities — not to say warring divinities. The anthropos of the Anthropocene ? It is Babel after the fall of the giant Tower. (FG, p. 81)

17 :
 « “Out-of-Which-We-Are-All-Born”, “OWWAAB” for short » (FG, p. 13).

Although one is often lost in the maze of the author’s thoughts, trying to find one’s way in the midst of the wide array of profuse, often overlapped and sometimes weird denominations that he uses to describe these multiple peoples — « the people of OWWAAB17, Modernists, modernizers, ecologists, activists, geo-engineers, climato-sceptics, the people of Nature, Earthlings, the people of the Earth, the people of Gaia, etc. » — he eventually comes up with a simplified and overarching dichotomy between the « Humans » with a capital H on the one hand and the « Earthbound » on the other.

In the geostorical situation we have entered with the Anthropocene, we might even have to say that Humans are now at war not with Nature, but with, with whom ? I am at loss to find a name. (…) « Gaians » ? « Terrestrials » ? I have chosen Earthbound — « bound » as if bound by a spell, as well as « bound » in the sense of heading somewhere (…). I know that it’s terribly dangerous to state the matter this starkly, but we might have to say that at the epoch of the Anthropocene the Humans and the Earthbound should be at war. (FG, p. 117)

18 :
 Cf. Ph. Descola, « Cognition, Perception and Worlding », Interdisciplinary Science Reviews, 35, 3-4, 2010, pp. 334-340.



He thereby creates a disconnect between those who continue to live and think under the auspices of the former modernist and now obsolete » inanimist » nature vs. culture divide and those who will have adopted his new, although still somewhat obscure and oblique, conceptual combination of a multiplicity of existing agents, bothhumans (with a small h), and non-humans(housed neither in nature or culture but in compounds defined by their nomos) with a multiplicity of ways of their existing outlining a« multiverse », as a result of a process otherwise called worlding18.

The « Earthbound », or the « people of Gaia » (the two terms seem almost interchangeable), are contrasted with the old notion of the « Humans » as anthropos, by which are meant not only those who continue to defend an outdated view of science and nature, and who either benefit or profit from keeping the business-as-usual system of politics and economics in place, but also those who still refuse to acknowledge that the Earth is now responding to human actions (via climate change and other biophysical feedback processes). Conversely, the « Earthbound » understand nature (with a small n), rather than the old view of animate anthropos separate from inanimate Nature with a capital N. Similarly, they understand science (with a small s) as a process of knowledge, history and power intertwined with politics, rather than the old conception of Science (with a capital S), understood as an abstract and objective process of collecting neutral facts and discovering truths via observation and experimentation (i.e., the scientific method). In Descola’s simpler terms, this means the difference between the« ontology » of the naturalists (self-defined as « Humans ») and that of all three others groups he has identified (the animists, etc.) :

19 :
 Br. Latour, « An Attempt at a “Compositionist Manifesto” », New Literary History, 41,2010, p. 483.

And as Philippe Descola has so nicely shown, what makes it even odder is that this inanimism (he calls it naturalism) is the most anthropocentric of all the modes of relation invented, across the world, to deal with associations between humans and non-humans. All the others are trying to underline agency as much as possible at each step. (…). For the three other modes discussed by Descola, namely animism, totemism, and analogism, the proliferation of agencies is precisely what does not introduce any difference between humans and non-humans.19

The outcome of all this overly complex ratiocination is fairly simple : a polemic divide between a subject (the « Earthbound ») and an anti-subject (the « Humans »), competing for an object of value (the survival of mankind), which incidentally remains largely anthropocentric.

Secondly Theos. Itis the name that our author has chosen to designate the supreme authority under the ægis of whom any « collective », however « secular » it claims to be, has to be operating. To put it another way, for him, there has to be a « god function » in any collectivity, which in semiotic terms means that there must be a transcendent Sender who institutes the values and transmits the desire or obligation to pursue them to the subject. If we follow his reasoning correctly, we have Gaia as a Sender, however threatening it may be, and « old » Nature as the anti-Sender, however illusory it may appear today. Now, according to Schmitt, the state of war in which both parties find themselves is characterised by the absence of a third party, a supertranscendent referee, that is to say some neutral impartial and disinterested meta-Sender who, from above, because it embodies « previously determined norms », might decide between right or wrong : « War begins when there is no sovereign arbiter, when there exist no “general norms” that may be applied to pass judgment : such is the extreme “state of exception” » (FG, p. 102). Thus, there is no Hobbesian Leviathan, no « mortal god », to put an end to the state of exception and to bring the belligerents back at peace. Neither Gaia nor Nature can assume that actantial role : the « previously determined norms », also known as the « laws of nature », established by natural sciences according to the « Moderns’« understanding which assumes that things of the natural world will work always and forever in the same way, are now rattled ; and on the other hand, Gaia is nowhere near being disinterested and neutral in what men do as she reacts so fiercely to their deeds. Hence the solution that Latour proposes, which consists in recreating a Leviathan : « It’s just that we realise that we can not obtain a civilized collective without composing it, bit by bit, agency by agency, thus searching for a new Leviathan that would come to grasp with Gaia. In other words, the task of building the Republic, the true res publica, is still way ahead of us » (FG, p. 104). This is where one of the author’s hobby horses comes in : « diplomacy », in the form of « peace negotiations », that is to say a way to establish a common ground across parties, an agreement,which in narrative terms we would quite simply call a contract.

Lastly, the legal concept of nomos, that applies to land or soil to define each camp’s oikos, merely reinforces the intricacy and confusion of the contentious situation, making the advent of the new Leviathan so difficult to imagine. On the one hand, the « Humans », as an overarching category that appears to comprehend a composite hotchpotch of all sorts of diverging interests, yet having in common to still firmly hold to the famous progressive motto Plus ultra (ecologists, geo-engineers, capitalists, globalisationists, modernisers, « Moderns », and so forth), seem to avoid the question of territories altogether. They either claim to be from nowhere or from everywhere, e.g. to belong to the Earth, to Nature, to the globe, to the cosmos, etc. : « (…) you never know where they are heading nor what the principle that delineates the boundaries of their people is. It is thus impossible to draw an accurate map of their geopolitical conflicts » (FG, p. 118). In the other camp, that of the « Earthbound », the various « collectives » can claim to belong to territories, each of which is defined as the aggregate of the smaller individual territories that every agent on a given soil, a given oikos, occupies : « A territory is everything that you need to survive and that may suddenly fail you. Such a plot is not well delineated but made of highly surprising networks of unexpected connections suddenly jumping up at you be they fish, fowl, air, soil, carbon, protein or rare earths » (FG, p. 134). Given that the « Earthbound are not land-surveyors, cartographers or geologists looking from above at the flat surface of their well-delineated maps », each territory is highly variable and fluctuating in time and space, and dependent on the interagentivity in play within its ever moving boundaries, i.e. on the reciprocal survival of its human and non-human constituents, defined as interacting « existents » equiped with an « agency »(FG, p. 134).

20 :
 Ph. Descola, « Humain, trop humain », art. cit., p. 19. (our translation)
21 :
 Br. Latour, « Compositionist Manifesto », op. cit., p. 479.

In much simpler layman’s terms, Philippe Descola refers to these unstable « collectives » as « ecosystems or systems of interactions between humans and non-humans that would be entitled to rights, of which humans would simply be the usufructuary or that they could, under certain conditions, guarantee »20. This long awaited new Leviathan, this supertranscendent meta-Sender, would therefore emerge from the manipulations — debates, arguments, transactions, diplomatic negotiations, etc. — across all these different « collectives », possibly within the arena, if not of a « Parliament of Things », at least of some sort of forum in which human agents, having the biggest share of responsibility in the disruption of the biotic and chemical equilibria of their ecosystems and at the same time being the only « existents » equiped with a capacity to debate, would be the legal spokespersons of the non-humans living in the territories to which they belong21. In such a highly manipulative political forum, scientists would necessarily have their say. Needless to underline that the mechanics of this hypothetical, scale-nonspecific polity raises many practical issues : « Imagine the political, legal and scientific set of inventions necessary to bind humans to their carbon footprints ! How many procedures will have to be designed so as to feel legally tied by the possible disappearance of the Gulf Stream ? » (FG, p. 137).

4. A colossus with feet of clay?

22 :
 Oikos happens to precisely be the term chosen by Landowski (in contrast with Cosmos, Chaos and Logos) to describe the regime of (...)

So far, our socio-semiotic inventory of the regimes in play amounts to three : the regime of programming between Humans (with H) and Nature (with N) in pre-anthropocenic times ; the regime of accident currently prevailing ever since the anthropocene started to « show on stage » ; and the regime of manipulation, in its political and legal dimensions of negotiation (« diplomacy »), persuasion and contract, which both Latour and Descola view as the safest, or at least the least risky way out of the current situation. Yet, the above notion of nomos applied to the « Earthbound », grouped in various « collectives », poses several questions that are of high interest to the topic at stake here. Considering that any given « collective » comprehends both humans and non-humans, which regime of interaction prevails between them, i.e. internally ? And upstream of its advent as one given « collective », what kind of process can be imagined at work to bring these humans and non-humans together under that same umbrella entity, the same oikos ? In these matters Latour’s hunches seem to verge on the concept of adjustment on various occasions, as he explicitly makes use of three of the key notions that define it22.

23 :
 Br. Latour, « Anthropology at the Time of the Anthropocene. A Personal View of What Is to Be Studied », Distinguished lecture, (...)

First of all, as we have seen, his nomos-driven conceptualisation of a territory as being made of « entanglements » across its inhabitants and defined as « an unbounded network of attachments and connections »23 leads him to envisage the delineation of its borders as a constantly developing interactional process which excludes the intervention of any transcendent authority : « Of course the territory does not resemble the nicely coloured geographical maps of our classrooms. It is not made of nation states (…) but of interlocking, conflicting, entangled, contradictory networks that no harmony, no system, no “third party”, no overall Providence may unify in advance » (FG, p. 119, our stress). What is strikingly resonant here with the regime of adjustment is not only that the process takes place outside any contract, in the absence of any Sender, of any pre-determined rules, but more importantly excludes the possibility to predict any outcome or even, if eventually established at all, to take it for granted once and for all — adjustment being a type of

24 :
 E. Landowski, « À quoi sert la construction de concepts ? », Actes Sémiotiques, 117, 2014 (our translation and our stress).

interaction whose neither form nor outcome can be fully knowable in advance. Because under this regime, it is the dynamics of the interaction itself which steers its modalities and purpose in the course of its own proceedings.24

25 :
 Ibid. (our translation).

Secondly, logically linking this mode of treatment of space with an approach to time, this Gaia Prophecy, if one may say, underlines the fact that one of the conditions for this process to be fully fruitful is to envisage it as apocalyptic, in both senses of the word, by « accepting to live at the end of time, or rather, (…), at the time of the end » (FG., p. 138). Along that line, reminding his audience of the threat of the nuclear holocaust during the cold war period and how its fear greatly contributed to proving Cassandra wrong and to having avoided the self-mass-destruction of mankind so far (incidentally, let us remark that this threat is still pending), he urges them to accept that « we have entered, or we have never left, or we should never leave the Time of the End » (FG, p. 99). Such a recommendation fully echoes one of the parameters of the regime of adjustment insofar as its neighbouring regime — namely, that of assent (to the accidental) — makes it an interaction « where the “best” can only be achieved by responsibly taking the risk of the “worst” and where the mutual fulfillment of both partners borders on the accident »25.

Last but not least, it is also the pivotal notion of sensitivity that Latour summons in his descriptions : « Gaia, (…), seems to be overly sensitive to our action, and it appears to react incredibly fast to what it feels and detects. This is why we should become cautious, careful, yes, sensitive in return » (FG, p. 96, our stress).

26 :
 Les interactions risquées, op. cit., p. 45 (our translation).

Let us dwell on this notion of sensitivity for a short while. Arguably, the use that is made of it in this context most of the time corresponds, in the socio-semiotic interactional model, to one of the two types of æsthesic competence identified by Landowski, namely the reactive sensitivity (distinguished from « perceptive » and aesthesic sensitivity), which « from a general epistemological point of view (…) is not miles away from programming stricto sensu — the regime which proceeds from causal regularity — and may well be one of its possible forms »26. This restrictive interpretation seems all the more relevant to Latour’s understanding of sensitivity as he exclusively refers to it in the context of the urgent need for humans to multiply the scientific instruments devised to gauge the response given by their fellow non-human « Gaians » to the stimulus of their mere presence, triggering what he calls « feedback loops ». This equipment is supposed to capture and record how reactively sensitivenon-humans are so that humans can evaluate the « boomerang effect » that they are the cause of and thus interpret and make sense of it.

When the dictionary defines « sensitive » as being « quick to detect or respond to slight changes, signals or influences » this adjective applies to Gaia as well as to the anthropos — but only as long and as far as it is fully equipped with enough sensors to feel the feedbacks. (FG, p. 96)

27 :
 Ibid., p. 44.

Even if, according to Landowski, the amœba itself was eventually granted a soul by Greimas, it seems that Latour, despite his claim to have been influenced by him, entirely reduces his whole approach of sensitivity to the physical inputs and outputs processed by this scientific paraphernalia27. Ignoring aesthesic relationships and whatever form of feeling induced by non-mediated relations, he makes the proliferation of monitoring apparatuses the sole possible condition of the interaction between humans and non-humans, underpinning it by the mechanical and programmatic principle of linear causality according to which « if X, then Y » :

Any weakening of the sensors, any limit in the bandwidth of the instruments, and, at once, the agent becomes less sensible, less responsive, less responsible, losing its territory, unable to define to what it belongs. (FG, p. 120, our stress)

Wherever the instruments go, our sensibility increases ; wherever the instruments are interrupted, our sensibility dims and then disappears. Science is the new aestheticsable to render us sensible to where we are standing. So, in a sense, never in human history was a situation so totally defined by the span, quality and data flows of science. (FG, p. 130, our stress)

Although such statements would certainly thrill the enthusiasts of tensive semiotics who could indulge in turning them into one of their geometric curves (in this case it would certainly be a positive correlation, unfortunately confusingly named converse in French), and beyond the highly debatable æsthetic value attributed to such curves, as well as presumably to other scientific graphics such as algebraic diagrams, chemical tables or statistical histograms and pie charts — de gustibus et coloribus non disputandum —, what he describes here is the mere data capture and information recording through a pattern relying on the intermediacy of technology.

Thereby, the possibility of contemplating unmediated contact between interactants adjusting hand-to-hand to one another is de facto excluded from this scenario insofar as it necessitates a go-between in the form of a technical device : no possible direct sensing for humans here who, despite their being equiped with the æsthesic competence needed in that regime (both reactive and perceptive), are simply required to exercise their cognitive competences of knowing or believing, theoretically in play in the opposite regime, that of manipulation. Along the same line, be it a foreigner’s lapsus calami or not, it is remarkable to note that the English adjective used on more than one occasion to describe « us » (humans) is not sensitive but « sensible », which by and large describes a cognitive rather than an æsthesic disposition (i.e. being « reasonable, with common sense and wisdom », or « aware », or « functional (rather than æsthetically valuable) », or even « sizeable, considerable » : a rather sensible difference with « sensitive », so to speak…).

Another clue that may advocate for the partial dismissal of adjustment as one of the main modes of interaction between humans and non-humans envisaged by Latour lies in the fact that the latter are endowed with the modal competence of wanting. At some point in the presentation of his understanding of Gaia, and with a view to disproving its characterisation as one unified « superorganism »,he underlines the multiplicity of contradictory intertwined non-human « agencies » at work in the feedback loops and establishes the manipulative principle of intentionality underlying them individually : « In that sense, every organism intentionally manipulates its surroundings to its own benefit. It is not that Gaia is some “sentient being” but that the concept of Gaia captures the distributed intentionality of all the agents that are modifying their surroundings to suit themselves better » (FG, p. 67). This manipulative approach, although reciprocally adopted by both non-humans and humans towards one another, seems to dominate among non-humans and perspires in the view that the feedback loops recorded by the humans’ instruments « don’t start with them toward the map, but from the landscape back to them — and more often than not they come back with a vengeance ! Each of those loops registers the unexpected reactions of some outside agency to human action » (FG, p. 133). We may conclude that it is a knowing, i.e. a modal object of cognitive nature, that is conjoined to the humans by the machines whose sensors have recorded humanly imperceptible changes and transformed them into legible and intelligible information. And we can also conclude from the word « vengeance » that this response from the non-humans isnot only interpretable as a pragmatic sanction resulting from some wrongdoing, but also as a threatening admonition, a dissuasive manipulation, an obstruction (a causing-not-to-do), that the popular proverb « Mess with a bull, and you get the horns » so wisely encapsulates. In both cases, non-humans are viewed as Senders, Adjudicators and Manipulators at the same time, in an interaction that falls in the constellation of prudence where the standard narrative grammar of junction prevails.

Lastly, it is also to be noted that according to the author, if humans have to give up their tendency to appropriate the land, on the other hand he nevertheless describes the territory construction process in terms of re-appropriation, and again in a very dissuasive threatening manner : « Far from being the “land-appropriation”, the Landnahme celebrated by Schmitt, it is rather the violent re-appropriation of all Humans’ titles by the land itself. As if “territory” and “terror” shared a similar root » (FG, p. 134). On the whole, it becomes clear that what could have been mistaken for a form of adjustment in a logic of sensitive union or contagion between interactants falls in reality within the logic of junction and appropriation between conflicting interests. This is confirmed by the notion that the territories would expand or shrink over the course of « controversies (…) raging over what is or what is not an item of the series and what is or what is not an accepted way of distributing agencies », that is to say according to the imbroglio of reciprocal manipulations between interactants (FG, p. 120).

Having said that, the fact remains that Latour uses the word sensitivity quite abundantly. What does he exactly mean then ? When it is now very clear that the sensitivity of the non-human « existents » as well as that of the scientific instruments designed to auscultate and sound them is of the reactive type, it seems that the relevant acceptation when it comes to humans alone is quite different. Having established that the interaction now falls in the regime of manipulation, it sounds as if what Latour understands as human sensitivity covers in fact what Landowski labels the decision making motives. And indeed, sensitive humans are described as being « able to spread their loops further and to feel the consequences of what they do come back to haunt them » (FG, p. 96, our stress). He further complements this definition by adding that « the capacity to render oneself sensitive » means « being able to “perceive” and to be “concerned” » (FG, p. 97). His definition of sensitivity therefore has to do with being aware of and responsible for the results of one’s deeds. This ability can develop providing one is conscious of the hypothetical ultimate threat from Gaia : « To become sensitive, that is, to feel responsible, and thus to make the loops feedback on our own action, we need, by a set of totally artificial operations, to place ourselves as if we were at the End of Time »(FG, p. 112, our stress). This forced reminder of the ever possible and unpredictable adventitious arising of « the worst » sends us back to the regime of adjustment. Indeed, one can also read that this process is expected to be « a slow and painful progressive merging of cognitive, emotional and æsthetic virtues because of the ways the loops are rendered more and more visible through instruments and art forms of all sorts. Through each loop we become more sensitive and more responsive to the fragile envelopes we inhabit » (FG, p. 94, our stress). This interoceptive merger of cognitive and æesthesic competences (« virtues ») makes us waver back and forth between manipulation and adjustment. Could it therefore be that these toings and froings outline a hybrid regime that would combine elements of both ? In that case the long awaited Leviathan would indeed become a colossus with feet of clay, all the more likely to collapse that it is sitting on a quaking ground, as a result of this oscillating movement between both regimes. But dealing with this issue would require to dig much deeper into the literature.

5. A lame colossus anyway

28 :
 « Ni cosmos ni chaos — pour une écologie du sens », METAMIND 2014, op. cit.
29 :
 Number of pages of the French edition of Facing Gaia.

In order to conclude our socio-semiotic tour of these hypothesised anthropocenic interactions between humans and non-humans, we would like to stress that if Latour harnesses a number of semiotic concepts, it really is unfortunate that his knowledge of the discipline appears to have remained frozen into its purely Greimasian developments, and to be lacking of an update on the latest post-Greimasian state of the art. For instance, it just so happens that Landowski, in the above mentionned lecture28, coincidentally summarised in a few lines the whole issue that Latour takes 368 pages to expose29. After explaining how the overall notion of non-significance subsumes those of « insignificance » (that of a well ordained and programmed Cosmos, i.e. to us the pre-anthropocenic world) and of « nonsense » (i.e. that of the Chaos resulting here from Gaia’s stochastic and nonsencical behaviour), Landowski notes that either of these terms, Cosmos and Chaos,

30 :
 Our translation. French original : La non-signifiance subsume à la fois l’insignifiant et l’insensé, à savoir, d’une part, (...)

have to be negated, surpassed or destroyed in order to access possible forms of significance : either by overcoming the nonsensical through the discovery or invention of an order within chaos itself — thereby founding a world of the Logos wherein things will« have a meaning », a conventional and revocable meaning ; or by disrupting the platitude of the repetition of the same by means of some disorder — thereby escaping the insignificant regularity and producing a universe in which whatever happens will « make sense » : an Oikos populated with interactants (human or not) capable of creating sense and value by adjusting to one another.30

31 :
 See Massimo Leone, « De l’insignifiance », Actes Sémiotiques, 119, 2016.

Arguably, the regime of adjustment being only partially covered, whilst some of its main components are clearly stated, the feeling emerging from Latour’s exclusively natural-science-based thesis and scenario is that other dimensions are seriously missing. It all seems as if the sole sort of non-human « existents » that he takes into account are those that escape our five senses and can only be apprehended through high-tech « protheses » compensating for our physical flaws. Although trained as a philosopher, his current line of occupation as an anthropologist of sciences seems to have made him overlook the simplest non-human elements surrounding us in our daily lives : trees, meadows, hills, forests, plants, domesticated or wild animals, etc., many of whom do not require any sophisticated binoculars or stethoscopes to be observed and interacted with. But beyond this very trivial remark, in the context of a piece of thinking dedicated at defining the conditions into which life on Earth may continue to have a meaning, it certainly is an opportunity missed not to have envisaged, not only the four regimes of interaction, but more interestingly their corresponding regimes of meaning : nonsense, insignificance, signification and sense-making31. Of all four, adjustment rightly is the most fruitful when it comes to creating value and meaning which, under this regime,

32 :
 E. Landowski, « À quoi sert… », op. cit. (our translation).

take shape (…) as the fruit of a process which is neither planned nor uncertain or guided by scheming subjects trying to manipulate each other, but which is entirely dependent on the mutual discovery of just relations by both actants, in the immanence of a direct face-to-face encounter.32

33 :
 François Jullien, Les transformations silencieuses, Paris, Grasset, 2009.

Conversely to the other three, in this regime the subject will not behold things from a distance nor will he evaluate them with a view to either pragmatically or cognitively appropriating them. He will feel united to the becoming of what surrounds him, he will view himself as part and parcel of the immanent and encompassing « process of things », according to François Jullien’s formulation33. Is this not precisely what the whole notion of the « Earthbound » (humans and non-humans) under the shadow of Gaia is about ? Is this not highly regretable to have missed such a well fitted analytical framework in the context of the anthropocene ? The flipside of it certainly lies in the inherent level of risk attached to it : letting the other — non-human — unveil and accomplish itself, and trying to mate with its own propensity to be necessarily entails elements of potential danger, all the more so if the adopted viewpoint (the axiology) leads to interpret any response as a « vengeance »… This is probably why it appears so crucial to our former philosopher to rebuild the colossus, the new Leviathan, the new supertranscendent meta-Sender, even if it means having its feet made of clay. But the bad news is that, without the regime of adjustment at its full in the loop, not only is the colossus doomed to be fragile, but it is bound to be lame and may well end up as the giant tower once erected in Babel.

Bibliography haut de la page

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Welzer, Harald,Climate Wars. What People Will Be Killed For in the 21st Century, Cambridge, Polity Press, 2012.

Notes - document 11 haut de la page

1  Our translation of the excerpts of Landowski’s manifesto.

2  Source : http://www2.le.ac.uk/offices/press/press-releases/2016/august/media-note-anthropocene-working-group-awg.

3  Paul J. Crutzen and Eugene F. Stœrmer, « The « Anthropocene » », International Geosphere-Biosphere Programme Newsletter, 41, 2000, p. 17-18.

4  Philippe Descola, « Humain, trop humain », Esprit, 12, 2015, p. 9 (our translation and our stress).

5  Bruno Latour, Facing Gaia. Six lectures on the political theology of nature (Gifford Lectures on Natural Religion, Edimburgh 18th-28th of February 2013),available at https://www.academia.edu/7995784/Facing_Gaia (Further in the text, referred-to as FG and page number(s).)

6  His personal website heralds its publication in early 2017 by Polity Press. The French version of it is : Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, Paris, La Découverte, 2015. See also Matteo Treleani’s recension of An inquiry into modes of existence, Actes Sémiotiques, 117, 2014 (http://epublications.unilim.fr/revues/as/5194).

7 About the connections between Greimasian semiotics and Latour’s thinking, see e.g. Roar Høstaker’s writings, in particular « Latour. Semiotics and science studies », Science Studies, 18, 2, 2005, pp. 5-25 ; his book A different society altogether. What sociology can learn from Deleuze, Guattari and Latour, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2014 ; or else John Law, « Actor-network theory and material semiotics », in Bryan S. Turner (ed.), The New Blackwell Companion to Social Theory, Oxford, Blackwell, 3rd ed., 2008, pp. 141-158.

8  Br. Latour, « Agency at the time of the Anthropocene »,  New Literary History, 45, 2014, p. 4.

9 Id., « An Attempt at a “Compositionist Manifesto” », New Literary History,41, 2010,p. 481.

10  Ibid., p. 482.

11  E. Landowski, Les interactions risquées, Actes sémiotiques, 101-103, 2006, p. 40 (our translation).

12  James Lovelock, Gaia. A new look at life on Earth, Oxford, Oxford University Press,1979.

13  Among many other publications, see Clive Hamilton’s Requiem for a Species. Why We Resist the Truth about Climate Change, London, Routledge, 2010 ; Harald Welzer,Climate Wars. What People Will Be Killed For in the 21st Century, Cambridge, Polity Press, 2012 ; or the now famous book by Christophe Bonneuil and Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement anthropocène. La terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013.

14  James Lovelock, The Revenge of Gaia. Why the Earth Is Fighting Back — and How We Can still Save Humanity, New York, Basic Books, 2006.

15  E. Landowski, « Shikata ga nai ou Encore un pas pour devenir vraiment sémioticien ! », Lexia, 11-12, 2012, p. 52 (our translation).

16  Br. Latour, Facing Gaia, op. cit., p. 101. Carl Schmitt, the author of The Nomos of the Earth in the International Law of the Jus Publicum Europæum (New York, Tellos Press, 2003), was an overt Nazi intellectual who is considered as the official legal expert of the IIIrd Reich.

17  « “Out-of-Which-We-Are-All-Born”, “OWWAAB” for short » (FG, p. 13).

18  Cf. Ph. Descola, « Cognition, Perception and Worlding », Interdisciplinary Science Reviews, 35, 3-4, 2010, pp. 334-340.



19  Br. Latour, « An Attempt at a “Compositionist Manifesto” », New Literary History, 41,2010, p. 483.

20  Ph. Descola, « Humain, trop humain », art. cit., p. 19. (our translation)

21  Br. Latour, « Compositionist Manifesto », op. cit., p. 479.

22  Oikos happens to precisely be the term chosen by Landowski (in contrast with Cosmos, Chaos and Logos) to describe the regime of adjustment in the abstract of a lecture entitled « Ni cosmos ni chaos — pour une écologie du sens ». METAMIND 2014 Conference, Riga, Latvian Academy of Culture, September 25 - 28, 2014.

23  Br. Latour, « Anthropology at the Time of the Anthropocene. A Personal View of What Is to Be Studied », Distinguished lecture, American Association of Anthropologists, Washington, December 2014, http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/139-AAA-Washington.pdf.

24  E. Landowski, « À quoi sert la construction de concepts ? », Actes Sémiotiques, 117, 2014 (our translation and our stress).

25  Ibid. (our translation).

26  Les interactions risquées, op. cit., p. 45 (our translation).

27  Ibid., p. 44.

28  « Ni cosmos ni chaos — pour une écologie du sens », METAMIND 2014, op. cit.

29  Number of pages of the French edition of Facing Gaia.

30  Our translation. French original : La non-signifiance subsume à la fois l’insignifiant et l’insensé, à savoir, d’une part, l’idée d’un Cosmos idéalement ordonné, univers de sens exhaustivement programmé par des codes (génétiques, linguistiques, sociaux) et des régularités de tous ordres (causales, sociales, psychiques) mais n’autorisant, à raison même de ces strictes déterminations, que l’éternelle répétition du même — et d’autre part celle d’un Chaos de non-sens résultant, au contraire, de l’absence de toute régularité, c’est-à-dire du pur aléa. Il faut ensuite que l’un ou l’autre de ces termes, une fois posé, soit dénié, dépassé ou détruit pour pouvoir accéder à l’une ou l’autre des formes possibles de la signifiance : ou bien surmonter l’insensé — découvrir ou inventer un ordre au sein même du chaos — en fondant un monde du Logos où ce qui adviendra « aura de la signification », une signification convenue et révocable ; ou bien rompre par un désordre la platitude de la répétition du même — échapper à la régularité insignifiante — pour produire un univers dans lequel ce qui adviendra « fera sens » : un Oikos peuplé d’interactants (humains ou non) capables de créer du sens et de la valeur en s’ajustant les uns aux autres.

31  See Massimo Leone, « De l’insignifiance », Actes Sémiotiques, 119, 2016.

32  E. Landowski, « À quoi sert… », op. cit. (our translation).

33  François Jullien, Les transformations silencieuses, Paris, Grasset, 2009.

DOCUMENT XII

Luiza Helena Oliveira da Silva

Manifestos políticos nas ruas e no Facebook

Este texto pretende responder à provocação lançada por Eric Landowski com seu Petit manifeste sémiotique en l’honneur et à l’attention du camarade sociologue Pekka Sulkunen, uma breve mas instigadora discussão sobre as fronteiras não demarcadas entre o fazer científico e o fazer político, seja pela inscrição do sujeito pesquisador na vida social, na medida em que se compromete com as demandas de seu tempo, mediante suas razões e afetos, seja porque acolhe um modo mais específico de fazer ciência. “Entre la vie de chercheur et la vie tout court, pas de frontière étanche”.

1. Uma prática semiótica

1 :
 Acentue-se, a esse respeito, o que problematiza Fontanille ao expor que é próprio da fronteira a noção de deslocamento e (...)
2 :
 Cf. “O olhar comprometido”, Galáxia, 2, 2001 (“Le regard impliqué”, Revista Lusitana, 17, 1998) ; id., “¿Habría que (...)

Landowski atribui a si e ao companheiro sociólogo uma identidade em trânsito, não demarcada de forma estanque, entre o ser sociólogo e o ser sociossemioticista, considerando as fricções que parecem embaralhá-los em práticas afins1. O texto, contudo, serve de pretexto para mais que uma homenagem ou o reconhecimento de uma amizade e uma partilha teórica. É principalmente uma discussão sobre um fazer teórico engajado, levando em conta o que é “praticar semiótica” e o que poderia ser enquanto prática ecológica do sentido : uma prática que, afastando-se do modelo ideológico que vai reduzir os sujeitos e objetos a respectivamente mercadores e mercadorias, “comprometer-se-ia”2 com a promoção de “orientações societais diferentes” :

Assim refundada e reorientada, a semiótica greimasiana, em vez de permanecer como a disciplina acadêmica em que se tornou ao encerrar-se em suas obsessões de “Escola” (dita de Paris), poderia não apenas reencontrar um lugar no concerto das ciências sociais mas também, além do círculo acadêmico, fazer-se ouvir no espaço público enquanto reflexão crítica, promotora de orientações societais diferentes. (Petit manifeste, tradução nossa.)

3 :
 Jose Luiz Fiorin, “Linguística e pedagogia da leitura”, Scripta, Belo Horizonte, v. 7, 14, pp. 107-117,  2004.

Por afinidade teórica e, assim, seguindo o raciocínio acima, também ideológica, acreditamos partilhar dos interesses por uma semiótica que assume seu compromisso com o mundo — o que, no nosso caso, se traduziria em buscar compreender o que faz com que os sentidos sejam lidos numa dada direção, num dado momento, e, mais especificamente, na medida em que isso possa interessar a uma pedagogia da leitura3.

4 :
 Salientamos o dia da semana porque nos domingos se concentravam as manifestações pró-impeachment, isto é, ir para as ruas não (...)
5 :
 Há, evidentemente, mais nomes a citar se considerarmos a guinada conservadora e neoliberal que se espalha pelo mundo.    

Para ilustrar essa orientação, trazemos aqui a análise de uma situação de interação entre sujeitos num fórum de Internet, na rede social Facebook, constituído por comentários em torno de um post que discorria sobre as manifestações a favor do impeachment/golpe da então presidenta brasileira, Dilma Rousseff, num domingo de março de 20164. Interessa-nos particularmente para observar o que determina que vejamos o mundo sob diferentes perspectivas, isto é, que os sentidos sejam constituídos diferentemente apesar do efeito de evidência (o mesmo real para todos) que se pretendeu produzir pelo recurso a fotografias que registravam a ordem dos acontecimentos. Há duas questões aqui então que se conjugam : i) O que essas interações/interdições nos ensinam enquanto pesquisadores que se ocupam do sentido ? ii) O que essas interações/interdições nos ensinam enquanto sujeitos que precisam dar sentido para as transformações sociais ou políticas em curso, sejam as que culminariam no Michel Temer ou no Donald Trump5 ?

6 :
 Cf. J. Fontanille, Sémiotique et littérature : essais de méthode, Paris, PUF, 1999, p. 245.

Compartilhando da perspectiva de uma semiótica de “olhar comprometido”, já deixamos evidente que não guardamos a devida distância preconizada por um fazer positivista. A esse respeito, ressaltamos que participávamos do referido fórum, compartilhando nossas perspectivas em relação às manifestações políticas pró e contra impeachment. Como não é possível não dar sentido ao vivido, ainda que submetidos a uma multiplicidade de eventos que certamente poderiam ser catalogados sob a designação de forma de vida do absurdo — excesso de significante articulado a uma indigência de significado6 —, principiamos desde aquele momento (no aqui-agora da enunciação partilhada) a tentar compreender como pesquisadora da linguagem o que concorria para que se reiterassem nos fóruns de natureza política a luta pelos sentidos sobre o acontecimento.

2. As armadilhas do Facebook

7 :
 Cf. “Regimes de espaço”, Galáxia, 29, 2015.

O Facebook, como se sabe, é a rede social mais utilizada no mundo. Dando-se como missão tornar esse mundo mais interligado e conectado, ilustra o funcionamento semiótico do espaço rede teoricamente descrito por Landowski7. Selecionamos alguns aspectos que mais de perto nos interessam para tratar das dinâmicas interacionais.

8 :
 www.facebook.com/about/privacy, acessado em 18 nov. 2016.
9 :
 Cf. E. Landowski, “Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne”, Carte Semiotiche (Annali), 4, 2016.

Em sua “Política de Dados”8 — com a qual o sujeito deve concordar para integrar a rede —, o portalesclarece a respeito da coleta de informações que são transmitidas pelos usuários, a partir dos conteúdos que cria ou compartilha, as mensagens que envia, sua localização, os tipos de conteúdo visualizados, a frequência e a duração das atividades. Isso inclui ainda considerar a coleta de informações a respeito das conexões que são estabelecidas com outros sujeitos (que comentam, compartilham fotos e conteúdos) e grupos dos quais o usuário participa. O sujeito alimenta, portanto, um enorme banco de dados sobre si e suas conexões de “amizade”, submetendo-se a uma contínua exposição do que faz, do que quer, do que pensa9.

Todas essas conexões devidamente registradas no sistema determinam, por fim, o modo peculiar de atualizações do feed de notícias de cada usuário, no sentido de que não se têm acesso a todos os conteúdos publicizados na rede (há rotas previamente disponíveis) e a navegabilidade fica então condicionada às regularidades das conexões já estabelecidas, previstas pela edificação de um perfil particular. Há que se considerar ainda que os usuários abastecem a rede com textos advindos de portais, notícias de jornais online, fotos, vídeos, etc., ampliando exponencialmente o volume de dados, que por sua vez vai ser mais facilmente visualizado por aqueles com que se explicita uma maior cumplicidade (os que com maior regularidade manifestam-se em relação ao que é postado, indicando suas posições em relação ao que foi partilhado mediante o click em um dos emojis ou pelos comentários.

Essa estruturação se confirma pelas informações encontradas na página de “Suporte”, no item relativo ao Feed de Notícias. Lá, em linguagem simples (frases curtas, ordem direta), a rede se antecipa a uma dúvida do usuário na seção que recebe o título “Como o Feed de Notícias decide quais histórias mostrar”. Posicionando o “Feed” como sujeito da oração principal no título da seção, a rede esclarece ao internauta que há uma instância de “decisão” que escapa ao campo de controle do usuário, tendo em vista um algoritmo que organiza o modo de funcionamento da exposição das postagens e, por isso mesmo, o que poderá ou não ver ali atualizado :

As histórias que aparecem no Feed de Notícias são influenciadas por suas conexões e atividades no Facebook. Isso ajuda você a ver mais histórias que sejam do seu interesse, compartilhadas pelos amigos com quem você mais interage. O número de comentários e curtidas recebidos por uma publicação e o seu tipo (foto, vídeo, atualização de status) também podem torná-la mais propensa a aparecer no seu Feed de Notícias. Caso você ache que não está vendo histórias que gostaria de ver ou que está vendo aquelas que não gostaria de ver no seu Feed de notícias, é possível ajustar suas configurações. (https://www.facebook.com/help/327131014036297/)

A despeito dessa organização prévia, é possível “ajustar as configurações”, mas haverá então nova ordem, jamais a deriva. Cada atualização acaba por circunscrever um lugar no contínuo do grande fórum, produzindo efeito de fechamento diante dos interlocutores que para ali convergem.

10 :
 As interações arriscadas, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.
11 :
 Cf. Luiza H.O. da Silva, “Fóruns digitais em tempos de eleição presidencial : em torno dos conceitos de formas de vida e regimes de (...)

Cada sujeito organiza dentro da rede dispersa (mas finita) a sua rede particular, a depender dos amigos que agrega ou exclui. No caso das exclusões, dependendo, por exemplo, das posições ideológicas assumidas pelas postagens, o usuário pode optar por “parar de seguir” um dado amigo (não ver mais o que ele posta) ou mesmo suprimi-lo de sua rede particular. Em momentos de tensão política, como os que envolveram no Brasil tanto a eleição presidencial de 2014 quanto os movimentos contra e a favor do impeachment (2015 e 2016), esses mecanismos combinados favoreceram mais a homogeneidade dos grupos do ponto de vista ideológico do que a heterogeneidade e, nesse sentido, pôde-se verificar o funcionamento de uma espécie de afunilamento crescente : não se podiam ler mais, a não ser como crítica, o que os opositores partilhavam, o que tornava inócuas as tentativas de buscar adesão pela manipulação, visando a convencer o outro a mudar seu ponto de vista ou seu candidato, por exemplo. Falava-se, assim, aos mesmos, com semelhantes posicionamentos políticos, com raras intromissões que denunciavam a impossibilidade de interações que rompessem com o que se poderia compreender como programação10. Mediante tal processo, pode-se pensar em uma narrativa na qual a heterogeneidade vai convergindo para a homogeneidade, o dissenso para o consenso, enquanto que, simultaneamente, a polarização se intensifica e a multiplicidade dá lugar a posições sedimentadas e inegociáveis. Estratégia de luta política em um momento dado, tem efeitos precisos sobre modos de interação, verificados nas eleições e reproduzidos no período do impeachment11.

12 :
 Sobre essas noções e, mais geralmente, a problemática semiótica do ritmo, cf. Luiz Tatit, Musicando a Semiótica : Ensaios, São (...)

Com essa dinâmica do funcionamento, contínuas subdivisões operam para circunscrever o que o usuário vê e quem o vê na rede. A extensidade da rede se contrapõe à intensidade das trocas, o mesmo acontecendo em relação ao par aceleração (ver muito sem ler ou sem abrir os links para se apropriar melhor do que é sinalizado nos posts) e desaceleração12 (indicada pelos comentários e a leitura pressuposta). Desse modo, o fato de ter algumas centenas de amigos do Facebook não significa necessariamente que com todos se possa efetivamente interagir na rede e, embora sob o simulacro da mistura, o que temos são processos crescentes de triagem.

13 :
 Cf. Claude Zilberberg, Elementos de semiótica tensiva, São Paulo, Ateliê Editorial, 2011.
14 :
 Cf. Diana L.P. de Barros, “Estudos discursivos da intolerância : o ator da enunciação excessivo”, Cadernos de Estudos (...)

Triagem e mistura correspondem a duas grandes operações da sintaxe extensiva, relativa ao “estado de coisas”13. A mistura corresponde aos processos de mestiçagem, de heterogeneidade, que compreende os “valores do universo” enquanto a triagem remete aos “valores do absoluto”, consistindo em seleções que correspondem a processos sucessivos de “pureza”, num projeto de redução da heterogeneidade. Levada a extremos, serve no plano das práticas aos discursos de ódio e intolerância, conforme assinalam os muitos trabalhos de Barros14.

3. Do dia em que a babá foi à passeata

O fórum que selecionamos para análise é de 13 de março de 2016, quando ocorriam em centenas de cidades do país manifestações pró-impeachment (golpe) de Dilma Rousseff, acusada pelos opositores de “pedaladas fiscais”. Não está em questão aqui a discussão das razões de sua defesa ou acusação, mas a observação de um modo de funcionamento da interação e a produção de sentidos sobre os acontecimentos, considerando a possibilidade de negociações entre sujeitos com perspectivas distintas (manipulação ou ajustamento), ou a impossibilidade de qualquer mudança quanto à previsibilidade do dizer (um dever dizer X, configurando o regime da programação, mediante filiações do sujeito a uma formação discursiva Y num momento de acirramento das oposições políticas no país).

3.1. Uma postagem

O fórum tem início com a postagem abaixo (Fig. 1) precedida por um pequeno enunciado que evoca os enunciatários privilegiados para a leitura de seu post : “A@s amig@s [...] e tantos outros que olham o Brasil com mais crítica...”. Em decorrência da marcação dos nomes dos 17 sujeitos, aparece na respectiva página destes o post assinalado, o que contribui para ao menos estes 17 necessariamente vissem a postagem.

Fig. 1
Print da postagem inicial do fórum de 13 março de 2016 às 15h24, tendo como privacidade “Público”.
Autoria identificada pelo pseudônimo “Manoel”.

15 :
 A ponto de a babá da foto evidenciar em entrevista seu desconforto pela forte exposição alcançada pelas redes sociais, tendo sua (...)

Embora sem restrições para o acesso ao post (privacidade não circunscrita aos amigos da rede particular), a enumeração atua como uma espécie de circunscrição, que se efetiva com o emprego da oração subordinada adjetiva restritiva logo a seguir “... e a tantos outros que olham o Brasil com mais crítica”. Os “outros”, portanto, são tantos, mas não todos. Considerando o que entende como uma obviedade, a não demandar o uso de palavras, conforme o enunciado que acompanha as duas imagens (a foto na parte superior e a charge na parte inferior), o enunciador conta com a adesão imediata dos enunciatários eleitos explícita ou implicitamente, prefigurando a existência de um grupo com perspectivas ideológicas afins e para os quais as imagens já diriam tudo, considerando o efeito de realidade produzido. Como é comum em textos nesse espaço, não conseguimos identificar a autoria do arranjo de fotografia, charge e frase e, assim também a autoria tanto da foto quanto da charge se desfaz na multiplicação dos compartilhamentos. Ambas as imagens se reproduziram rapidamente em jornais e portais de Internet em função da forte repercussão gerada pela cena15.

16 :
 Não foram computadas as respostas aos comentários (quantitativo não indicado pelo Facebook), que serão, contudo, consideradas na (...)

A postagem inicial na página analisada contou com 7 compartilhamentos e 70 manifestações pelos emojis : de adesão (curtir), decepção (triste), indignação(grr), conforme as indicações na Fig. 1. Contou ainda com 22 comentários16, o que denota um relativo sucesso diante da aceleração que marca as reações mais comuns, haja vista que, na maioria das vezes, a reação do internauta se dá apenas mediante a seleção de um dos 6 emojis que são dispostos numa barra horizontal logo após as postagens. Nesse sentido, consideramos que comentar implica uma desaceleração e, assim, um interesse maior em enunciar os efeitos de sentido produzidos na interpretação. Seria uma espécie de “parada” provisória numa ilha com sujeitos afins (ou antagônicos), como introdução de uma descontinuidade no contínuo de textos que se multiplicam sem cessar no feed.

A charge utilizada nesse arranjo (fotografia, charge e frase) tinha sido amplamente partilhada poucos dias antes desse domingo, como uma crítica relativa às distinções de classe. Diferentemente do que ocorria durante os demais dias da semana, nas manifestações de domingo amplamente cobertas pela mídia televisiva, estariam mobilizados sujeitos das classes mais altas, sendo a presença dos mais pobres ali marcada tantas vezes por aqueles que se conformavam ao papel temático de figurantes (adjuvantes), como se via, por exemplo, nas fotos de trabalhadores que aproveitavam a aglomeração de pessoas para vender água, camisetas, bonés, bandeirolas etc.

Na charge (que doravante denominaremos como I1), uma mulher vai à frente, com seu cartaz que tem como enunciado a frase “Justiça para o Brasil”. A primeira é seguida pela babá negra e uniformizada, empurrando o carrinho de bebê. A mulher da frente encontra-se de short e camiseta verde, salto alto, cabelos soltos, enquanto a de trás se apresenta de roupas mais sóbrias que remetem a um uniforme, sapatos baixos, cabelos presos, configurando a oposição entre lazer e trabalho. A diferença de alturas na representação (a mulher do cartaz bem mais alta que a babá) e a oposição anterioridade versus posterioridade (a mulher do cartaz à frente ; a mulher babá atrás) remetem à oposição semântica relativa às divisões de classe (patroa versus empregada ; classe média/alta versus classe trabalhadora). Na escolha das cores amarela, azul, verde e branca, a bandeira nacional está aí representada, lembrando-se de que esta será amplamente utilizada pelos manifestantes pró-impeachment como um símbolo do nacionalismo, contrapondo-se à predominância do vermelho das manifestações de esquerda que defendiam a continuidade do governo Dilma e compreendiam o impeachment como um golpe de Estado. Nessa configuração, a frase do cartaz ecoa como enunciação irônica : para os mais ricos, a justiça equivaleria à manutenção das distinções e privilégios de classe.

Quando um dado fotógrafo captura a cena agora atualizada por um casal na passeata e a joga na rede social, a foto (doravante denominada I2) é viralizada pelos usuários de esquerda, o que torna possível enunciar a frase que lemos em Fig. 1 : “Não são necessárias palavras !”.

Em I2, um dos muitos ângulos que registram a cena, temos a reprodução de I1 com variações, como o acréscimo da figura masculina. O casal colocado à frente se veste de maneira similar, com camisetas listradas de verde e amarelo (na evocação do nacionalismo, a que já aludimos) ; a segunda mulher que empurra o carrinho se mantém atrás, agora vestida totalmente de branco como uniforme de trabalho. O casal é surpreendido num momento de parada, quando parece se ocupar dos dois bebês do carrinho (em I1, havia um bebê), ambos vestidos de camiseta amarela. De novo a distinção de cores, de posições e ocupações faz revelar a diferença entre quem opta por bradar sua posição política num dia de domingo (querer) e quem está lá presente por força do trabalho (dever).

17 :
 Salientamos a aproximação com Marcha da família com Deus em favor da liberdade, que antecedeu o golpe militar de 1964.

No contexto dos embates políticos entre grupos mais à direita ou mais à esquerda que ganharam as ruas do país e as redes sociais, a presença do casal acompanhado dos filhos atualiza o discurso da defesa da família (na perspectiva tradicional, heteronormativa etc.), que estaria sendo ameaçada pelo governo petista ao incorporar pautas advindas dos movimentos sociais e grupos minoritários. Assim, pais e filhos do modelo de família ideal marchavam juntos, postando foto ao lado de simpáticos policiais, enquanto as manifestações de esquerda não contavam com a mesma simpatia por parte do aparato policial (ou das redes de TV e imprensa)17.

3.2. Um fórum

18 :
 Nessa nova foto, a câmera registra os personagens por trás, registrando seus movimentos em fila indiana : na frente encontra-se o (...)

Os sete primeiros comentários, que aderem e confirmam a postagem, ocorrem logo após a publicação. São eles : cinco frases ; um link referente à página Jornalista livres que trata sobre racismo nas manifestações ; uma fotografia do mesmo casal da postagem, então em ângulo diferente18. As frases foram :

(1) “é de doer !”
(2) “Devem fazer parte do clube que proíbem babás sem uniforme”
(3) “Ai, ai...”
(4) “Mudar para continuar do mesmo modo, na mesma toada...”
(5) “como já comentarem em outro post, a babá ainda é obrigada a ir engrossar uma ‘luta’ que não é dela e que, se pudesse escolher, lá não estaria certamente... trágica e emblemática mesmo a crítica ‘desenhada’ na medida certa”.

Esses primeiros comentários de adesão evidenciam a filiação a uma mesma perspectiva ideológica e relações contratuais entre os parceiros de interação. São todos ali docentes de ensino superior, que atuam em diferentes universidades situadas em diferentes localidades (inclusive no exterior) e com elos de amizade que se consolida pela partilha de posicionamentos políticos. Comungam de ideias afins que garantem o pertencimento a um mesmo grupo no ciberespaço, não definido por restrições explícitas (não circunscritos a um grupo fechado, uma das possibilidades da rede). O interesse pelo fórum ali constituído, contudo, se dá justamente pela quebra dessa homogeneidade, pela intromissão de uma perspectiva dissidente e antagônica. Os primeiros enunciados vão desde o emprego de frases simples, de sanção negativa (1) e (3) a esboços de análise do momento : “continuar do mesmo modo” (4) ; “proíbem babás sem uniforme” (2) ; “a babá ainda é obrigada a ir engrossar uma ‘luta’ que não é dela” (5).

A indicação do link de Jornalistas Livres segue com uma nova foto, na qual dois homens se situam lado a lado, risonhos, fazendo pose frente à câmera. À esquerda, o sujeito é negro (a pele tingida) e vestido com uma roupa plástica que simula um saco de lixo escuro amarrado à cintura. Segura com a mão direita um tábua de madeira em posição vertical, na qual se lê grafado em letras pretas e em caixa alta o enunciado incompleto “INCONFIDENTE BRASIL”. Este homem tem ainda uma grossa corda no pescoço, como numa referência a Tiradentes, codinome de um dos líderes da Inconfidência Mineira e que morreu enforcado em 1792. O homem a seu lado, de camiseta amarela da CBF e calça de ginástica azul marinho, segura com as mãos sobre a cabeça a bandeira do Brasil e também a corda que circula o pescoço do “enforcado”. Sob a imagem recolhida da mesma passeata em São Paulo, encontra-se o post que lê a cena como exemplo de manifestação racista, referindo-se aos “coxinhas” (qualificação pejorativa atribuída aos defensores do golpe) como semelhantes aos racistas norte-americanos da Ku Klux Klan. O tom de denúncia se acentua pelo emprego da repetição das palavras urgente e racismo, em caixa alta.

Até esse momento temos, portanto, a confluência de manifestações convergentes, acentuando-se o tema do racismo figuratizado nas cenas com a babá e o falso mendigo. Se no primeiro caso o racismo pode ser compreendido como não verbalizado (mas mostrado por um espectador que se intromete para fazer o registro, sendo a foto um enunciado de sanção negativa), no segundo caso os sujeitos assumem explicitamente um discurso que implica tanto a rejeição aos pobres quanto aos negros, condenando-os simbolicamente à morte ou ao menos é esse o sentido evocado pela chamada dos Jornalistas Livres, que orienta a apreensão da imagem.

A homogeneidade quanto aos sentidos lidos para o post inicial é contudo interrompida por uma manifestação divergente (6), apresentada por uma jovem que denominaremos arbitrariamente como Kátia, que dá origem a uma intensa discussão registrada em 34 comentários em resposta. Nesses comentários todos que se seguem, encontram-se postagens de 10 usuários que argumentam contrariamente a Kátia, tomando-a como interlocutora privilegiada. Apesar dessa concentração de forças (10 x 1), esta se mantém inabalável em suas convicções até que o diálogo se esgota.

(6) “Quanto sensacionalismo, ser babá agora é errado ? É feio ? E se ela estava lá não foi obrigada e está ganhando para isso. Num país onde tudo está absurdo de caro e o índice de desemprego está altíssimo temos mais é que dar um jeito de aumentar a renda”.

Já nesse primeiro post evidencia-se um outro ângulo para a leitura de I1 e I2. Se até então a discussão se orientava para as distinções de classe social, poder e cor, denunciando privilégios que se perpetuam no país, um primeiro deslocamento se dá por pressupor que os demais enunciadores estariam desqualificando a ocupação profissional de babá, configurando uma leitura enviesada dos comentários.

19 :
 O termo é constantemente usado para desqualificar discursos com pautas sociais (como os do feminismo, dos direitos das minorias etc.).

Kátia credita aos demais a perspectiva de “sensacionalismo” (ou “mimimi”19, como dirá adiante) e traz à tona o discurso da crise econômica que subsidiaria as manifestações anti-Dilma para confirmar sua adesão às manifestações : “tudo está absurdo de caro e o índice de desemprego está altíssimo”. Para ela, não há problema na cena registrada durante a passeata na medida em que a jovem da foto “está ganhando para isso”, há, ao contrário, um valor negativo : “não foi obrigada” ; “está ganhando para isso” ; “aumentar a renda”. Kátia recusa os sentidos atribuídos pelos comentários anteriores e lança mão de hipóteses que acenariam para outras possibilidades de compreensão, mas que não podem ser identificados como expressos ou pressupostos nem em I1, nem em I2 : “E se...”, artifício que recupera logo em seguida (7) com seus “talvez”, “quem sabe”, “imagina” :

(7) “Talvez prq ela preferiu trabalhar ? E quem sabe ela também não seja a favor das manifestações ? E quem sabe ela realmente quisesse estar ali mesmo trabalhando ? Imagina manifestante e trabalhando que bom hein... [...]”

Além de negar os sentidos lidos até então para a foto, acenará para a possibilidade de que se trate de uma falsa prova, pois se trataria de uma ilusão produzida intencionalmente (8) :

(8) “Será que vc não percebe que é isso é montagem ? Até uma criança saberia disso. Não entende pergunte a um especialista da área”.

20 :
 No Facebook é comum o uso de montagens (como em colagens de imagens com recontextualizações e na atribuição de falas a sujeitos por (...)

Como se pode ler em (8), além de desqualificar a veracidade da fotografia denunciando-a como “montagem”20, Kátia também desqualifica o interlocutor, que seria menos competente que uma criança para perceber o engodo. Atribuindo a si autoridade, emprega o verbo no imperativo — “pergunte” — impondo ao enunciatário um dever fazer. Atinge, desse modo, expressamente a face do interlocutor e multiplica as razões que a motivam a defender a manifestação de 13 de março. A ela retrucam os demais com argumentos que remetem a sua incapacidade de compreensão quanto ao que estaria, em sua perspectiva, efetivamente em questão. Reiteram que não desqualificam a trabalhadora (9) e, como estratégia persuasiva, trazem mais 4 registros fotográficos, distribuídos pela sequência do diálogo, além de uma montagem (Fig. 1).

(9) “A questão não está em ser babá, Kátia. A questão, se me permite, está em outra ordem, se não compreende, que pena !”
(10) “Entenda por outra imagem.”

Essa “outra imagem” é uma postagem em que há um homem de costas, trazendo na camisa amarela a inscrição “A Dilma não foi eleita por pessoas que leem jornais, mas pelas quais se limpam com ele. Fora Dilma”. Nesse caso, a agressiva frase atribui a qualificação de ignorantes aos eleitores de Dilma, não leitores de jornais, desinformados, com hábitos culturais distintos. O tom passional da enunciação serve para caracterizar as distinções entre os grupos que se filiavam a interpretações antagônicas, chegando a níveis inadmissíveis de intolerância e confronto : segregação como discurso ; segregação como prática efetiva.

O mesmo usuário apresenta outra imagem, em primeiro plano, acha-se um homem negro, sem camisa, sentado numa calçada, registrado também de costas, tendo a sua frente uma multidão de manifestantes que circulam com roupas em verde e amarelo e bandeiras. Nessa segunda imagem, mais em evidência, estaria recolocada a questão racial e social e a distinção entre quem está dentro das manifestações, na condição de protagonistas (brancos, mais ricos) e os que estão fora, como plateia ou como trabalhador em serviço (negros, mais pobres).

Na Fig. 2, a imagem é uma reprodução de uma tela do pintor francês Jean-Baptiste Debret (1768-1848), com as inscrições “E no dia 13” e, como discurso direto atribuído por um balão a um dos atores da cena, “Quero meu país de volta”. Essa releitura de Debret não tem autoria identificada e pode ter sido produzida para problematizar o 13 de maio, data em que se comemora no país a abolição da escravatura e reatualizada no contexto da manifestação de 13 de março. Nessa direção, a gravura remete à continuidade da exploração e dos privilégios de classe que fazem com que o fim da escravidão seja lido como engodo. Dentro do contexto das manifestações de março, acentua a crítica aos que queriam destituir a presidente, porque teria diminuído privilégios das elites e aumentado o poder das minorias. Assim, o homem do centro da imagem figurativizaria a posição dos que criticam as políticas sociais de Rousseff e seu antecessor, Lula : o poder precisa voltar para os senhores da casa grande e proprietários das contemporâneas senzalas.

Fig. 2
Montagem com tela de Debret compartilhada no Facebook.

Depois de dezenas de posts de discussão, uma nova usuária retoma com uma pergunta o posicionamento de Kátia, evidenciando que desconsidera tudo o que foi ali escrito, como que espantada diante das críticas atribuídas à cena em I1/I2 :

(11) Qual o problema em TER ou SER babá ? Um ou outro é crime ?

Essa retomada de ponto inicial acentua a impossibilidade de mudança de perspectiva de sujeitos que interpretam os acontecimentos assim como as leituras dos textos que tematizam os acontecimentos. Não há como produzir um consenso que atenda a uns e outros, uma vez que há na verdade dois consensos em disputa, que podemos simplificar chamando-os de esquerda e de direita. Num momento de forte tensão política acentuada desde as eleições de 2014, apagam-se as tensões internas a esses dois grupos, a heterogeneidade e sentidos em disputa que os constituem para que seja possível a resistência conjunta, cada qual de seu lado no embate das ruas ou naquele que se reproduz nas vielas do digital.

Por força da figuratividade e do efeito de realidade das produções icônicas, temos a presença de fotos e charges que apelam para o “real”, como suprema estratégia de persuasão, mas o real não é jamais o mesmo, como se não partilhássemos do mesmo ângulo de visão, ou da mesma luz :

21 :
 E. Landowski, Presenças do outro, São Paulo, Perspectiva, 2002, p. 46.

(...) é provável que o espaço social “real”, enquanto espaço de interação no seio do qual os sujeitos se percebem, se conhecem e se reconhecem uns aos outros, não tenha a transparência que lhe atribuímos implicitamente. Não apenas porque os mesmos objetos ou as mesmas configurações mudam o aspecto em função do ponto de vista a partir do qual os observamos. É também, mais radicalmente, porque o “poder ver” não é jamais dividido uniformemente entre os participantes : como se a própria luz (sem o qual ninguém poderia identificar a posição de outrem, nem dar uma imagem determinada de si mesmo) não fosse em nenhum caso a mesma para todos.21

A semiótica vai evidenciando a impossibilidade de se pensar um leitor universal e a produção de um sentido unívoco seja para os textos, seja para o real que se mostra/se esconde para os sujeitos inseridos na luta pelos sentidos do mundo. Como nos disse também via Facebook uma amiga pesquisadora recentemente, ficamos com a impressão de que habitamos universos paralelos, na medida em que as imagens (compreendidas como efeitos) que produzimos sobre o mundo revelam compreensões inegociáveis. Talvez também a luz não seja democraticamente repartida para todos em igual intensidade ou sejam nossas experiências — com o mundo e outros sujeitos — que fazem significar diferentemente o que a mesma luz potencialmente revela.

4. Compreender, resistir

Como teóricos, pensamos na necessidade de dizer o acontecimento, vencendo a dimensão do espanto, talvez buscando o que de algum modo a arte parece dar mais conta do que a teoria. Por isso mesmo, retomamos versos de Geraldo Vandré que sinalizam a possibilidade de resistir no sentido e na luta política : “Quem sabe faz a hora, não espera acontecer”. Ocupar as ruas e compreender, entre outros, o espaço digital são, enfim, duas formas de existir e resistir. Por isso também escrevemos este texto. Do ponto de vista da análise dos dados, há certamente ainda muito que poderia ser explorado, mas acreditamos que trouxemos aqui elementos para os problemas centrais que nos dispomos a retomar e que traduzem ao menos um modo como tentamos fazer uma semiótica implicada.

No oceano de textos, o fórum — exemplar enquanto organização discursiva — pode ser pensado como uma ilha provisória abrigando interlocutores vencedores temporários de alguns processos de triagem que os circunscrevem a certos limites como os predefinidos por suas afinidades ideológicas. Como num texto conversacional constituído por vozes que se aliam e se confrontam, o fórum se edifica como espaço plural, mas nem tanto, espaço democrático, mas nem tanto e, a despeito das estratégias de busca de manipulação, esgota-se pela indisponibilidade para qualquer negociação e jamais ajustamento.

Do ponto de vista de uma semiótica aplicada a problemas de ensino de leitura, importa compreender que coerções impõem limites para o que ler nos textos, mas também no mundo. Sua análise poderia contribuir para compreender como se organiza um corte que separa o país ao meio, prenunciando nesse contexto de disputas pelos sentidos um golpe de Estado.

Referências bibliográficas haut de la page

Barros, Diana L.P. de, “Estudos discursivos da intolerância : o ator da enunciação excessivo”, Cadernos de Estudos Linguísticos (UNICAMP), 58, 2016.

Fiorin, Jose Luiz, “Linguística e pedagogia da leitura”, Scripta, Belo Horizonte, 7, 14, 2004.

Fontanille, Jacques, “Territoire : du lieu à la forme de vie”, Actes Sémiotiques, 117, 2014.
Sémiotique et littérature : essais de méthode, Paris, PUF, 1999.

Landowski, Eric, “Le regard impliqué”, Revista Lusitana, 17, 1998 ; tr. port., “O olhar comprometido”, Galáxia, 2, 2001.
Presenças do outro, São Paulo, Perspectiva, 2002.
— “¿Habría que rehacer la semiótica ?”, Contratexto, 20, 2012.
As interações arriscadas, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.
— “Regimes de espaço”, Galáxia, 29, 2015.
— “Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne”, Carte Semiotiche (Annali), 4, 2016.

Silva, Luiza H.O. da, “Fóruns digitais em tempos de eleição presidencial : em torno dos conceitos de formas de vida e regimes de interação”, IX Congresso da ABRALIN, Belém, 2015.

Tatit, Luiz, Musicando a Semiótica : Ensaios, São Paulo, AnnaBlume, 1997.

Zilberberg, Claude, Elementos de semiótica tensiva, São Paulo, Ateliê Editorial, 2011.

Notes - document 12 haut de la page

1  Acentue-se, a esse respeito, o que problematiza Fontanille ao expor que é próprio da fronteira a noção de deslocamento e negociação. Cf. Jacques Fontanille, “Territoire : du lieu à la forme de vie”, Actes Sémiotiques, 117, 2014.

2  Cf. “O olhar comprometido”, Galáxia, 2, 2001 (“Le regard impliqué”, Revista Lusitana, 17, 1998) ; id., “¿Habría que rehacer la semiótica ?”, Contratexto, 20, 2012.

3  Jose Luiz Fiorin, “Linguística e pedagogia da leitura”, Scripta, Belo Horizonte, v. 7, 14, pp. 107-117,  2004.

4  Salientamos o dia da semana porque nos domingos se concentravam as manifestações pró-impeachment, isto é, ir para as ruas não implicava para um determinado segmento social comprometer a produção e o trabalho. As manifestações a favor de Dilma não privilegiavam dias específicos da semana. Como pretendemos mostrar neste artigo, os internautas acompanhavam tais manifestações, produzindo postagens e comentários sobre elas em redes sociais, o que era um outro modo de também se manifestar, num outro espaço, mediante outra estratégia. Pode-se ainda considerar que o sujeito podia estar simultaneamente em ambos os lugares (nas ruas e nas redes sociais), porque era indispensável abastecer a rede de fotos e vídeos com imagens do movimento, como forma de combate que implica vencer principalmente no plano do discurso.

5  Há, evidentemente, mais nomes a citar se considerarmos a guinada conservadora e neoliberal que se espalha pelo mundo.    

6  Cf. J. Fontanille, Sémiotique et littérature : essais de méthode, Paris, PUF, 1999, p. 245.

7  Cf. “Regimes de espaço”, Galáxia, 29, 2015.

8  www.facebook.com/about/privacy, acessado em 18 nov. 2016.

9  Cf. E. Landowski, “Pièges : de la prise de corps à la mise en ligne”, Carte Semiotiche (Annali), 4, 2016.

10  As interações arriscadas, São Paulo, Estação das Letras e Cores, 2014.

11  Cf. Luiza H.O. da Silva, “Fóruns digitais em tempos de eleição presidencial : em torno dos conceitos de formas de vida e regimes de interação”, IX Congresso da ABRALIN, Belém, 2015.

12  Sobre essas noções e, mais geralmente, a problemática semiótica do ritmo, cf. Luiz Tatit, Musicando a Semiótica : Ensaios, São Paulo, AnnaBlume, 1997.

13  Cf. Claude Zilberberg, Elementos de semiótica tensiva, São Paulo, Ateliê Editorial, 2011.

14  Cf. Diana L.P. de Barros, “Estudos discursivos da intolerância : o ator da enunciação excessivo”, Cadernos de Estudos Linguísticos (UNICAMP), 58, 2016, pp. 7-24.

15  A ponto de a babá da foto evidenciar em entrevista seu desconforto pela forte exposição alcançada pelas redes sociais, tendo sua fotografia “viralizado” durante e depois do protesto, chegando aos jornais (cf. http://www.metropoles.com/brasil/politica-br/baba-clicada-em-foto-polemica-defende-manifestacoes-mas-e-contra-o-impeachment-da-presidente, acessado em 14 nov. 2016. O mesmo se deu com relação ao empresário capturado pela fotografia, levando-o a redigir um texto como resposta (http://www.pragmatismopolitico.com.br/2016/03/familia-de-foto-com-a-baba-e-as-criancas-nas-manifestacoes-rebate-criticas.html, acessado em 14 nov. 2016).

16  Não foram computadas as respostas aos comentários (quantitativo não indicado pelo Facebook), que serão, contudo, consideradas na análise, porque representam as interações mais significativas, com réplicas e tréplicas.

17  Salientamos a aproximação com Marcha da família com Deus em favor da liberdade, que antecedeu o golpe militar de 1964.

18  Nessa nova foto, a câmera registra os personagens por trás, registrando seus movimentos em fila indiana : na frente encontra-se o homem, seguido pela mulher acompanhada por um cachorro preso a uma coleira e, no final, a mulher que empurra o carrinho com os bebês.

19  O termo é constantemente usado para desqualificar discursos com pautas sociais (como os do feminismo, dos direitos das minorias etc.).

20  No Facebook é comum o uso de montagens (como em colagens de imagens com recontextualizações e na atribuição de falas a sujeitos por balões com efeito de humor ou crítica, como na Fig. 1) além de abrigar pelas postagens links de sites especializados em notícias falsas ou pouco confiáveis. Há que se destacar, contudo, que mesmo a mídia tradicional não está isenta de explícita posição partidária e publicações de caráter duvidoso e que as relações entre textos e imagens podem também ser compreendidas como montagens (diagramação, edição). Observe-se por exemplo que, pelas escolhas enunciativas, muito frequentemente notícias se confundem com editoriais.

21  E. Landowski, Presenças do outro, São Paulo, Perspectiva, 2002, p. 46.

Pour citer ce document haut de la page

«Sémiotique et engagement», Actes Sémiotiques [En ligne]. 2017, n° 120. Disponible sur : <http://epublications.unilim.fr/revues/as/5816> (consulté le 24/05/2017)