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Nouveaux jalons pour une sémiotique des objets (design et robotique).
Présentation

Eric LANDOWSKI

publié en ligne le 30 juin 2018

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Texte intégral

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La conduite d’une revue de style traditionnel comme les Actes Sémiotiques ressemble beaucoup, encore aujourd’hui, en attendant le jour de sa mise « aux normes » (celles des revues « scientifiques » à la page), au pilotage à vue d’un petit avion, modèle de préférence acrobatique. Certes, un minimum de belles programmations définissant les objectifs, les procédures réglementaires et les échéances ne peut faire aucun mal, avant l’envol. Mais ensuite, aviateur ou rédacteur, tenir le cap qu’on s’est fixé (en l’occurrence assurer en même temps la rigueur conceptuelle, l’ouverture au monde et la lisibilité de la publication) relève bien moins du respect de règles apriori et de l’esprit procédurier qui en découle que d’un art diplomatique au jour le jour combinant mille gentilles petites manipulations à de délicats ajustements mutuels, tant intellectuels qu’organisationnels, entre la rédaction et les auteurs. Et pourtant, si concertés soient ces processus de gestation qui se trament en coulisse, leur résultat — le sommaire de chaque numéro, seul visible pour le lecteur — dépend toujours, pour une bonne part, d’autre chose encore : tout bêtement de l’imprévu — des « heureux accidents de la recherche », comme disait Greimas. D’où l’ouverture de la présente rubrique.

« Choses diverses », dit le dictionnaire, les miscellanées seront le réceptacle de textes imprévus, qui, par accident, parviennent ensemble à la rédaction à un moment donné, les uns plus tard que programmé, les autres plus tôt (cela arrive aussi !), et qui, de plus, par coïncidence, présentent entre eux davantage de points communs que les articles commandés ou proposés un à un puis travaillés pour les rubriques Recherches (à vocation théorique) ou Analyses (à visée plus ponctuelle), sans pour autant, une fois rassemblés, atteindre la masse critique suffisante pour constituer des « Dossiers » thématiques à proprement parler.

Deux micro-ensembles de ce genre, qui se prêtaient à être regroupés en un seul bloc, ouvrent aujourd’hui cette nouvelle rubrique. Le premier a trait au design : d’abord à ce qu’on appelle, en donnant à ce terme une acception très large, le « design de projet », ou « design d’interaction », problématique très en vogue dont les bases théoriques et les implications pratiques vont ici être mises en question d’un point de vue sociosémiotique (M. Scoz) ; ensuite au design d’un type spécifique d’objets, à savoir les livres, en l’occurrence envisagés comme des produits sémiotiques syncrétiques, à composante esthésique en même temps que cognitive (M. Bogo) ; et enfin à une forme particulièrement sophistiquée sinon paradoxale de design, qui vise non pas à optimiser l’« affordance » des objets mais au contraire à les vider de tout signifié préétabli afin qu’ils puissent devenir le support, la matrice ou le ressort de contenus inédits qui ne résulteront que de leurs interactions avec les usagers (J.-P. Petitimbert).

Le second ensemble concerne la robotique. Avec une hauteur de vue et un sens critique peu répandus parmi les technophiles, une première contribution interroge les fondements de cette discipline, la situe dans son contexte scientifique et, moyennant une analyse d’une impeccable rigueur, en fait ressortir les inquiétantes implications idéologiques et politiques (P.Aa. Brandt). L’article qui suit cherche à démêler la complexité des interférences entre les différents régimes de sens et d’interaction qui entrent simultanément en jeu dans les rapports entre les robots humanoïdes et leurs usagers (A. Moutat). Enfin, une troisième étude, concernant elle aussi la cohabitation risquée entre les êtres « bios » et les créatures « mécas », décrit ce qu’on pourrait appeler les Nouveaux Malheurs de Sophie, racontés non pas par la comtesse de Ségur mais par le metteur en scène Steven Spielberg dans un film sans doute techniquement un peu vieilli mais au titre plus que jamais d’actualité, Artificial Intelligence (D. Tsala).

Design et robotique : deux champs de recherche distincts mais qui — la proximité des références théoriques convoquées dans les deux groupes d’articles l’atteste — s’inscrivent dans le cadre d’une problématique plus générale déjà largement explorée en sémiotique : celle de la production du sens dans nos rapports avec les choses — choses familières et d’usage courant, ou artefacts issus des technologies les plus avancées. En sorte qu’en fin de compte, si le « quasi-dossier » qui suit pose, à ce qu’il nous semble, quelques nouveaux jalons utiles, c’est sur le chemin d’une sémiotique des objets, en interaction à la fois entre eux et avec leurs partenaires humains.

Pour situer ces apports dans le contexte de recherche qui les englobe, nous ajoutons in fine une bibliographie de portée aussi large que possible, bien qu’à coup sûr non exhaustive.

Pour citer ce document haut de la page

Eric LANDOWSKI «Nouveaux jalons pour une sémiotique des objets (design et robotique).. Présentation», Actes Sémiotiques [En ligne]. 2018, n° 121. Disponible sur : <http://epublications.unilim.fr/revues/as/6131> (consulté le 19/11/2018)