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Construction linguistique du point de vue dans un texte journalistique anglais sur l’immigration

Linguistic Expression of Point of View in an English Journalistic Text on Immigration

Raluca Nita
Maître de Conférences
FoReLL, EA 3816, Université de Poitiers, France
raluca.nita@univ-poitiers.fr

Publiée en ligne le 05 mars 2012

Cet article prend comme support un texte journalistique sur l’immigration pour analyser les marqueurs linguistiques – lexicaux, syntaxiques, énonciatifs – et leur interaction dans une approche pédagogique visant à expliquer et justifier la construction du point de vue.

Based on a journalistic text on immigration, this paper deals with the way in which linguistic markers combine and overlap to account for the textual construction of point of view.



Texte intégral

La question de l’immigration dans le discours des médias offre un terrain particulièrement propice à l’étude des mécanismes linguistiques et textuels de la construction du point de vue. Les ressorts sociaux, politiques, culturels et humains de l’immigration supposent de la part des intervenants à chacun de ces niveaux une prise de position. Orienté vers le compte-rendu de la réalité, le discours des médias doit nécessairement porter les traces linguistiques de ces prises de position. Lorsque, dans un genre particulier comme l’éditorial, le journaliste même est censé donner son avis sur l’actualité, sur les opinions qui y sont véhiculées, on peut supposer que ni la langue ni la construction textuelle dans l’ensemble ne restent neutres.

C’est sur le point du vue que nous avons orienté notre étude des médias et de l’immigration, en choisissant l’analyse des marqueurs linguistiques et de l’organisation textuelle dans un éditorial de Yasmin Alibhai-Brown, The Siege of Britain, publié dans The Guardian en 1995. La journaliste, d’origine ougandaise, a elle-même immigré en Grande Bretagne en 1972. Dans ses articles, l’intégration des immigrés est un sujet récurrent, traité à la fois de la perspective d’une ancienne immigrée connaissant la situation de cette population, et d’un citoyen britannique concerné par l’attitude de son pays face à cette population. The Siege of Britain met en scène d’une part la société britannique pétrie de préjugés à l’égard des réfugiés et en lutte contre cette population envisagée comme ennemie, et d’autre part, la double peine des réfugiés, victimes de guerre dans leurs pays d’origine, et victimes d’intolérance dans leur pays d’accueil. En 1995, date de publication de l’article, la politique du Premier Ministre conservateur, Michael Howard, vise à limiter le nombre d’immigrés et de demandeurs d’asile, ce qui entre en conflit avec le devoir moral d’accueil des réfugiés. C’est précisément cet écart que dénonce la journaliste dans son article en confrontant les opinions et les attitudes des Britanniques aux réalités méconnues de la vie des réfugiés.

Notre but est de proposer une grille de lecture des mécanismes linguistiques et textuels qui construisent l’image des Britanniques et des réfugiés, leur rapport conflictuel et la prise de position de la journaliste en faveur d’une société plus tolérante.

Nous privilégierons dans notre analyse une approche pédagogique en identifiant la façon dont les marqueurs se font écho à travers le texte et en explicitant les opérations linguistiques derrière ces marqueurs qui construisent les ressorts argumentatifs du texte. Nous souhaiterions ainsi que cette étude puisse avoir une application pédagogique rapportée à l’exercice d’analyse linguistique en licence, où la difficulté principale rencontrée par les étudiants est de reconstituer les mécanismes linguistiques de construction du sens notamment en identifiant le faisceau de relations entre les marqueurs à travers un texte suivi. Cette étude s’appuie sur la Théorie des Opérations Enonciatives d’Antoine Culioli, dont l’application à l’analyse linguistique dans le domaine de l’anglais pour les étudiants et les spécialistes a été illustrée notamment par J. Bouscaren et J. Chuquet dans Grammaire et textes anglais. Guide pour l’analyse linguistique, livre que nous utilisons pour l’analyse textuelle.

I. Construction du texte

1 :
 Les trois niveaux d’énonciation sont signalés dans le texte en fin d’article : le récit est en vert, les séquences de (...)

Du point de vue de la structure énonciative, le texte combine séquences de récit au prétérit (l.1 asked, l.36 was, came, l.46 threw), discours rapportés (l. 1 I asked, l. 3 were convinced that, l.14 advocated that, l.23 sobbed over the phone, l.25 told me that, l.58 put it like this, etc.) et commentaires de l’énonciateur fortement modalisés (l.2-3 The antagonism… was shocking, l.11 But these days so contaminated are…that…, etc.)1. Nous montrerons de quelle façon chaque niveau d’énonciation a une fonction dans l’argumentation, et comment leur imbrication contribue à construire un plaidoyer en faveur d’une prise de conscience des Britanniques quant aux dangers de dégradation morale de la société en raison de la haine cultivée à l’égard des réfugiés.

Les différentes formes de discours rapporté, discours direct et indirect, apportent les témoignages des Britanniques et des réfugiés, permettant de confronter ainsi les croyances et préjugés des uns à la réalité cruelle de la vie des autres. Le discours rapporté sert aussi à faire passer le message de tolérance de la journaliste à travers la parole des personnalités (l.57-61 Rabbi Dr Jonathan Magonet of the Leo Baeck College), alors que le rapport officiel des autorités Britanniques (l.62-71), faisant l’éloge de la diversité culturelle, sert à dénoncer les dangers de l’hostilité promue sur le terrain (l.19-20).

Le récit, au prétérit, évoque notamment l’expérience de la journaliste en tant qu’immigrée (l.36-37, 41-43, 46-51) et donne l’occasion à un parallèle avec la situation actuelle (l.43-44) montrant ainsi l’absence d’évolution de la société britannique.

Les séquences de commentaires sont les plus difficiles à délimiter de façon stricte à l’intérieur du texte : nous avons signalé des marqueurs, comme les connecteurs ou les formes aspectuelles, ou quelques rares suites d’énoncé l.37-40, car en réalité, le point de vue de l’énonciateur se construit, comme nous allons le montrer, dans l’ensemble du texte à l’intérieur même des niveaux discursifs censés correspondre à un effacement de l’énonciateur, comme le discours rapporté et le récit.

Le point de vue de l’énonciateur se révèle dans la construction même des différentes stratégies de mise en scène des Britanniques et des réfugiés – à travers les époques, grâce à la séquence récit, et à travers leurs opinons, grâce aux discours rapportés. La force argumentative de ces transitions – transitions énonciatives, récit-discours rapporté, et temporelles, présent-passé – repose sur la démultiplication de l’identité de l’énonciateur. Le Tableau I Les identités de l’énonciateur regroupe les marqueurs linguistiques selon le statut qu’ils construisent à l’énonciateur. Selon le contexte, les pronoms I et we changent de valeur : de I/ we renvoyant au statut de réfugié (l.36 I was a refugee, l.41 we came here, etc.), à we renvoyant aux Britanniques responsables du sort injuste réservé aux immigrés (l.55 we let them rot and misuse them). L’effacement énonciatif, par l’emploi du générique you, n’est qu’une stratégie d’objectivation, car en réalité, à travers le you renvoyant à la classe des réfugiés, l’énonciateur se met en scène en tant que membre de cette classe (l. You do not scrounge).

Tableau I : Les identités de l’énonciateur

Statut

Type d’énoncé

Pronom personnel, déterminant possessif

Réfugié

Enoncé spécifique

I
l.36 I was a refugee, I came
l.46 In 1972 I remember being spat at; l.48 where I was studyingwe
l.41 we came here; telling us

Enoncé générique :
- marqueurs de parcours : présent de propriété (l.39 do not scrounge, l.40 want), adverbes (l.37 never, l.38 forever)

you, your
l.38 what you do, 39 you do not scrounge, l. 39, 40 you want,
l.37 your country, your home, 39 your self-respect, 40 your life

Britannique

Enoncé spécifique

we, our
l.53 our culture
l.55 we let them rot and misuse them

Citoyen à l’écoute de l’histoire

Enoncé générique :
- déterminant zéro (l.52 history), déterminant indéfini (l.53 a country)

us
l.52 History has taught us

Nous montrerons de quelle façon le texte construit l’image négative des réfugiés auprès des Britanniques, et en même temps la critique par l’énonciateur des rapports conflictuels instaurés par les Britanniques.

II. Etat de belligérance

Les syntagmes nominaux qui mettent en place la référence aux Britanniques et aux réfugiés correspondent à des descriptions neutres, qui rendent compte du statut social et politique des protagonistes. Une relation conflictuelle va cependant se dessiner à partir de la mise en rapport des notions dans l’énoncé : systématiquement, les groupes nominaux renvoyant aux Britanniques se retrouvent dans un rôle sémantique d’Agent tandis que les groupes nominaux renvoyant aux réfugiés dans celui de Patient.

Les syntagmes nominaux se remarquent par la diversité des désignations des Britanniques dont l’identité se décline selon leurs différences sociales et géographiques, ou selon leur statut politique (autorités ou, de façon générale, le peuple). Alors que ces syntagmes sont co-reférentiels dans la mesure où ils renvoient aux Britanniques, ils permettent d’envisager des sous-classes de populations à l’intérieur de la classe des Britanniques dans leur ensemble. Cette diversité référentielle apparaît comme une donnée textuelle essentielle par rapport au sémantisme des verbes avec lesquels les noms se combinent et qui désignent des actes spécifiques dont la particularité est d’être tous dirigés contre les réfugiés. Comme nous le montrerons plus loin, l’énonciateur dénoncera ainsi un comportement généralisé dans la société britannique.

Le Tableau II La référence aux Britanniques repère les différents cas de figure dans la désignation des Britanniques et les mécanismes linguistiques de la construction de la référence.

Tableau II : La référence aux Britanniques

2 :
 Représentants du Parti Conservateur en lutte contre l’immigration en 1995.
3 :
 Il s’agit de Michael Howard, cité auparavant.

Référent

Syntagme nominal

Construction de la référence

catégories sociales : les Britanniques moyens

a) l.1 shoppers in a suburban mall in Ealing, West London
b) l.2-3 the majority of them; c) l.3 they; d) l.5 only four people out of sixty
e) l.9 the people I was talking to

Le déterminant zéro et le pluriel (a) renvoient à la classe construite à partir de la notion shopper et spécifiée par le syntagme prépositionnel qui modifie le nom (in…). Les reprises de ce référent par le pronom (them, they) impliquent l’extraction d’un ensemble d’individus par rapport à la classe à travers des quantifieurs (b) the majority of, (d) only four people out of sixty. Le syntagme nominal (d), co-référentiel à (a), reconstruit la référence à la classe shoppers à travers la spécification de people par rapport à l’énonciateur (I was talking to).

l. 46 a weedy taxi driver

- le déterminant indéfini a construit un élément de la sous-classe weedy taxi driver repéré par rapport à la situation spécifique de l’énoncé (in 1972).

categories géographiques

l.41 the city of Leicester

- Construction de la référence par métonymie.

officiels

l.19 Michael Howard, Peter Lilley2 and colleagues

- Noms propres par rapport auxquels se construit la référence du nom commun colleagues. : il s’agit de l’ensemble des conservateurs.

l.26-27 one of the officers

- le déterminant the marque une reprise textuelle (l. 24-25 at the immigration office in Croydon) et spécifie ainsi le référent du nom officers.

l.29 the Home Secretary3

- Le déterminant the est la trace d’un fléchage situationnel et construit le référent du nom propre par renvoi à la situation d’énonciation.

peuple britannique

l. 41 when we came here, people stood with posters

- Le déterminant zéro renvoie à la classe des Britanniques à un moment spécifique passé défini par la subordonnée temporelle repère de la principale.

l.55 we

- Le pronom we construit l’ensemble de la population britannique dans laquelle l’énonciateur s’inclut.

Les syntagmes nominaux renvoyant aux réfugiés permettent d’envisager ceux-ci de façon générale en Grande-Bretagne par leur statut (refugees, asylum-seekers) et de les particulariser en fonction de leur situation (those denied refugees,etc.), leur nationalité (a Kurdish man), etc. La construction de la référence passe également par les déterminants, et des postmodifications des noms noyaux. Une seule occurrence renvoyant aux réfugiés est construite à travers une description subjective, l.48-49 distraught people huddled together ; elle est due à l’hypostase particulière dans laquelle se met en scène l’énonciateur dans cette séquence, celle de réfugié. Nous résumons dans le Tableau III. La référence aux réfugiés les différents cas de figure dans la désignation des réfugiés.

Tableau III : La référence aux réfugiés

Référent

Syntagme nominal

Construction de la référence

les réfugiés

l.38-40 you

Pronom générique dont le renvoi à la classe des réfugiés se fait en contexte.

Les réfugiés en Grande-Bretagne

l.31 refugees

Le déterminant zéro renvoie à la notion refugee, asylum seeker instanciée par des éléments de la classe (veleur du pluriel). Ce qui est particulier, c’est le choix du déterminant zéro, alors qu’il s’agit d’éléments particuliers de la classe repérés par rapport à la situation d’énonciation (voir dans le contexte le déictique this l. 2/62 refugees in this country, l.31 this endless… assault on refugees, et l’aspect have-en l. 16 the hostility… toward refugees has been deliberately fostered). Dans le rapport conflictuel avec les Britanniques, la construction des réfugiés par renvoi à la notion refugee amplifie le caractère dénonciation de l’attitude discriminatoire des Britanniques.
Les déterminants quantifieurs many, most, et le syntagme nominal, the majority of, opèrent une restriction quantitative sur la classe.

l.2 refugees seeking asylum in this country

l.16 refugees, particularly from the non-white world

l. 62 the majority of refugees in this country

l.6, 65 many asylum seekers, l.63 most asylum seekers

l.11 those in need

Le référent des pronoms those et du nom people est spécifié par postmodification à travers un syntagme prépositionnel, ce qui permet de distinguer entre la classe des réfugiés en général, et des catégories particulières identifiées par le biais du sémantisme (denied refugee status) ou de l’aspect (have come here, are being processed)

l.20 those in search of an asylum

l.54-55 the people who have come here

Réfugiés individualisés

l.8 those denied refugee status

l.21 for those whose applications are being processed

l.21-23 Salima, a Somali student of mine whose husband was killed in the war and who has four children

Le référent des noms propres est spécifié par des appositions.

l.25 Hawa, another Somali widow seeking asylum,

l.43 those very immigrants

Le déterminant those et l’adverbe very marquent la reprise anaphorique qui permet de spécifier contextuellement le référent de « immigrant ».

l.44-45 Uganda Asians

Le pluriel (associé au déterminant zéro) et le déterminant indéfini sont la trace d’une opération d’extraction et construisent respectivement le renvoi à tous les réfugiés ougandais opposés à d’autres nationalités et à un individu parmi d’autres qui donne une hypostase de la situation spécifique des réfugiés (burnt himself).

l.26 a Kurdish man

l.36, 37, 46 I
l.41 we

Les pronoms renvoient à l’énonciateur à une époque passée, en tant que réfugié.

4 :
 « le participant animé humain déclencheur conscient et volontaire de l’événement » (Khalifa, 2004 : 32).
5 :
 « participant subissant l’événement » (Khalifa, 2004 : 32).

Ni le rapport conflictuel entre les deux groupes, ni le positionnement de l’énonciateur par rapport à ceux-ci ne transparaissent dans la construction de la référence, mais se mettent en place en contexte par le biais d’un schéma sémantico-syntaxique récurrent, dont les exemples et les explications sont classifiés dans le Tableau IV Les rapports Britanniques – réfugiés. Les syntagmes nominaux renvoyant aux Britanniques ont un rôle sémantique d’agent4, tandis que ceux renvoyant aux réfugiés, un rôle sémantique de patient5. Ces rôles se construisent syntaxiquement autour d’un nom d’action ou d’un verbe d’action, au passif ou à l’actif, connotés négativement : hostility, assault, punitive action, assault, outcry, axe, spit, rot, misuse. Les Britanniques sont présentés dans une position de perpétuelle agression, psychologique ou physique, à l’égard des réfugiés.

Tableau IV : Les rapports Britanniques – réfugiés.

Référence à une action

Exemple

Connotation négative de l’action

Construction de la référence à l’Agent/Bénéficiaire et au Patient implicite(s)

Action dénotée par un nom

l.11-12 these days socontaminated are public attitudes towards refugees

Valuation négative du nom attitudes en raison :

- de la qualification par le groupe adjectival so contaminated, focalisé dans la structure attributive par l’inversion sujet-attribut ;

Attitude dénote un état d’esprit et le comportement qui en résulte. Ce comportement est attribué aux Britanniques :

- par le biais l’adjectif public qui qualifie le nom d’action ;

l.56 Ø suchattitudes Ø

- de la relation anaphorique avec rot et misuse (l. 55), valués négativement, que le déterminant such reprend et reporte sur le nom.

- par le biais de such qui reprend les relations prédicatives we let them rot or misuse their skills.

l.2-3 the antagonism expressed by the majority of them Ø

Valuation négative portée par le sémantisme des noms antagonism, outcry, hostility, intolerance.

L’état d’esprit antagonism a comme cible “refugees seeking asylum in this country”. Antagonism résume du point de vue de l’énonciateur la réponse des Britanniques à la question formulée en contexte « what they felt about refugees seeking asylum in this country ».

l.12 Ø there is an outcry when a tiny proportion of lottery money is given to an Eritrean refugee centre

L’agent de outcry est implicite : la référence aux Britanniques est construite à la fois situationnellement à partir de la prédication d’existence there is et contextuellement, la prédication d’existence apparaissant dans une subordonnée de résultat, ce qui implique un repérage contextuel de outcry par rapport au syntagme nominal public attitudes toward refugees et son attribut so contaminated.

l.16 Ø The hostility and intolerance toward refugees

Les déterminants the et this en tant que marqueurs de fléchage construisent la reprise des comportements et des actions construites dans le contexte (respectivement l.12 outcry et l.21 were axed, l.27 joked, etc.). L’agent de ces actions renvoie aux Britanniques et est implicitement repris à travers l’opération de fléchage dénotée par the et this.

l.31 Ø this endless and vindictive assaulton refugees

Valuation négative portée par les noms assault et siege appartenant au champ sémantique de la guerre et par la combinaison avec les adjectifs endless et vindictive.

l.34 Ø this siege mentality Ø

Action dénotée par un verbe au passif

l.46 I remember being spat at by a weedy taxi driver

Valuation négative contenue dans le sémantisme des verbes (spit, axe) et renforcée dans le cas d’axe par ses arguments, les notions axe income support et axe housing benefits ayant socialement une valeur négative.

Agent et Patient explicites.

l.20-21 income support and housing benefits were axed for those whose applications are being processed Ø

Les immigrés sont les bénéficiaires de support et benefits, et deviennent ainsi les victimes de l’action axe. L’agent implicite d’axe est construit à partir des arguments support et benefits et il s’agit des autorités britanniques.

l.32 even those who have a right to be here are treated as feckless dependants on a country which is already under pressure

Valuation négative de l’action du verbe construite contextuellement :

- par la qualification péjorative feckless dependants;

L’agent du verbe treat renvoie aux autorités, notamment le Home Secretary (l.29) dont la position stricte à l’égard des immigrés, évoquée dans le discours rapporté qui précède (l. 29-31), est commentée explicitement (Cf. which means) et de façon subjective par l’énonciateur.

Action dénotée par un verbe à l’actif

l.26-28 one of the officers joked about the smell of kebabs

- par le complément du verbe joke : about the smell of kebabs faisant allusion à l’immolation d’un immigrant kurde (l.26).

L’attitude dénotée par joke prend comme cible un immigré, dont le référent est construit contextuellement par allusion culturelle (kebbab > l.26 Kurdish man, smell of kebabs > l.26 burnt himself).

l.41 people stood with poster at airports telling us to go home

Valuation négative du verbe tell construite contextuellement par l’hostilité caractérisant people, sujet de tell (people stood… the city.. placed advertisments) et par le contenu du dire (not welcome, to go home). Les rôles sémantiques d’agent et de patient sont explicités à travers le schéma syntaxique sujet – objet. On notera la variation référentielle du pronom de première personne pluriel dénotant respectivement les réfugiés (l.41, 42) et les Britanniques (l.55).

l.42 the city of Leicester placed advertisments in newspapers telling us we were not welcome

l.46-47 a weedy taxi driver who threw my money back into my face and cursed me

Valuation négative contenue dans le sémantisme des verbes

l.55(we) misuse their skills

l.55 we let them rot and Dans le schéma causatif avec le verbe let, we est l’instigateur de l’action rot. Le sujet de rot, them, est le siège de l’action qui se fait ainsi au détriment des réfugiés.

En rouge : les occurrences qui font référence aux Britanniques ; en bleu : les occurrences qui font référence aux réfugiés ; surlignage gris : les noms ou verbes qui renvoient à une action et construisent un rapport sémantique agent-patient. Ø signifie « agent/patient implicite, déterminable en contexte. »

III. Les prétextes du conflit

Les sentiments des Britanniques à l’égard des immigrés sont mis en scène à partir d’une situation de dialogue construite à travers ask : I asked shoppers… what they felt about refugees seeking asylum in this country. Les réactions sont explicitées par les adjectifs convinced et outraged, dénotant respectivement l’opinion et l’attitude émotionnelle. Ces adjectifs régissent des complétives : la complétive de convinced reprend les propos des Britanniques, alors que la complétive de outraged construit les faits qui ont été à l’origine de la réaction. La pertinence de cette mise en scène se révèle à partir du décalage entre les opinions, qui constituent une interprétation personnelle de la réalité, et l’attitude par rapport aux faits tragiques attestés par des chiffres, l.7 an average of 154 days, et des rapports, l.7 recorded cases.

L’image des réfugiés dans les croyances des Britanniques est celle d’une population malhonnête qui envahit la Grande Bretagne. Les adjectifs qui qualifient les réfugiés et leurs actions sont tous connotés négativement : l.3 bogus, l.4 grasping, l.4 implausible, l.4 sob. Dans le discours attribué aux Britanniques, les verbes dont le sujet réfère aux réfugiés sont tous des verbes d’action, l.4 flood, l.5 enter, l.5 get, les deux derniers figurant dans une subordonnée de but. L’aspect lexical et la construction syntaxique montrent les réfugiés menant des actions délibérées de mise en danger de la Grande-Bretagne. Le registre sémantique de la guerre, qui sera utilisé dans la suite de l’article par la journaliste pour caractériser le comportement des Britanniques, prend sa source dans l’imaginaire de ceux-ci : la quantification, thousands of, associée au sujet grasping people, et le sémantisme du verbe flood, ont un effet hyperbolisant, montrant les réfugiés comme des envahisseurs.

Le contraste est saisissant avec la réalité de l’existence des réfugiés qui est présentée aux Britanniques interviewés. Les actions associées aux réfugiés leur sont défavorables, voire nuisibles (l.5-8). Many asylum-seekers est bien le sujet d’un verbe d’action, incarcerate, mais celui-ci est utilisé au passif avec un circonstant de manière négativé, without hearing, ce qui fait des réfugiés les victimes d’une action injuste des Britanniques. Si les réfugiés sont bien à l’origine de certaines actions, celles-ci, dénotées par des noms – self-mutilation et suicide – ne sont pas menées contre les Britanniques comme le laissait entendre le discours des interviewés (enter, get at…), mais bien contre eux-mêmes, montrant ainsi le désarroi de cette population. Les éléments de l’analyse des contrastes entre les croyances des Britanniques et les réalités des réfugiés sont résumés dans le Tableau V et seront repris par la suite.

Tableau V : Résumé des contrastes entre les croyances des Britanniques et les réalités des réfugiés

Les réfugiés selon les croyances des Britanniques

La réalité de l’existence des réfugiés

L’opposition

l.3 bogus, l.4 implausible sob (stories), l.5 ‘safe’

l.25 widow, l.22 was killed, l.22 war

malhonnêteté soupçonnée (adjectifs) ↔ réalité tragique

l.4 grasping people

l.37 to lose (your country and your home), exil, without a country

intention de nuire (adjectif) ↔ état de perte (négations)

l.36-37 I came here because I had to

acte délibéré à valeur négative (visée to) ↔ contrainte

l.4 were flooding in order to enter and get at our council houses and benefits

l.39 to reclaim your self-respect, l.39-40 you want to regain control of your life… to succeed, l.40 in order to feel safe again

l.49 how they were going to get started again, and how they were going to exploit any tenuous connections

acte délibéré à valeur négative (visée to) ↔ acte délibéré à valeur positive (visée want to, in order to, were going to)

l.4 grasping people, l.32 fecklessdependants, in order to enter and get at

l.43 the same city has been regenerated by those very immigrants, l.44 My people have created 30,000 jobs, l.44-45 Ugandan Asians are making their mark, l.53 our culture has been enriched by the Jewish refugees.

image négative (adjectifs) ↔ actions positives attestées (aspect)

Tout au long du texte, les croyances des Britanniques seront opposées d’une part à la réalité difficile de la vie des réfugiés révélée par des témoignages, dont celui de la journaliste même, et d’autre part à des actions attestées des réfugiés au profit de la société britannique.

On peut relever une série de contrastes. Les adjectifs qui construisent l’image des réfugiés agissant de façon malhonnête dans le discours des citoyens britanniques, bogus, implausible sob stories, ou des officiels, ‘safe’, (l.29 the Home Office contends that countries such as Algeria and Nigeria aresafe’), s’opposent à des noms ou verbes qui évoquent la réalité tragique des faits à l’origine de l’immigration : l.25 widow, l.22 was killed, war.

La négation, construite sémantiquement (l.37 to lose [your country and your home], exile), syntaxiquement (préposition : l.38 without a country), morphologiquement (préfixe négatif : insecure), renvoie à la souffrance des réfugiés, loin de l’état d’esprit qui leur est attribué par les Britanniques (l.4 implausible sob stories).

Le contraste le plus saisissant s’établit entre l’immigration vue comme acte délibéré et sournois selon les Britanniques (l.4 were flooding in order to enter and get at our council houses and benefits) et l’immigration comme contrainte telle qu’elle est vécue par les réfugiés : l.36-37 I came here because I had to.

Aux actions préméditées de pillage in order to enter and get at…, s’oppose la recherche de la sécurité et du regain de l’estime soi : la visée construite par le marqueur to s’associe à des occurrences qui dénotent la volonté – le verbe psychologique want, la périphrase be going to, ou la conjonction de but in order to – et porte sur des procès connotés positivement, dont l’agent, les réfugiés, est aussi bénéficiaire sans que l’action se fasse au détriment des Britanniques : l. 39 to reclaim your self-respect, l. 39-40 you want to regain control of your life… to succeed, l. 41 in order to feel safe again, l. 49 how they were going to get started again, and how they were going to exploit any tenuous connections. On constate dans le textes que des occurrences qui se font écho : en passant de la visée (ci-dessus) à des relations prédicatives stabilisée, il est fait référence à la réussite desréfugiés dont les Britanniques sont les bénéficiaires. Les marqueurs qui font écho aux occurrences de la visée sont les aspects (present perfect de bilan, présent progressif renvoyant à une situation en cours), le sémantisme des verbes, et les rôles d’agent des réfugiés et de patient-bénéficiaire de l’action des Britanniques. L’opinion négative des Britanniques est ainsi battue en brèche et implicitement critiquée : l.43 the same city has been regenerated by those very immigrants, l.44 My people have created 30,000 jobs, l.44-45 Ugandan Asians are making their mark, l.53 our culture has been enriched by the Jewish refugees.

IV. Positionnement de l’énonciateur

Dans la mise en scène du conflit, se construit la prise de position du journaliste – critique à l’égard des Britanniques, solidaire avec les réfugiés. Nous montrerons quels sont les moyens linguistiques qui construisent cette prise de position alors même que les séquences de commentaire où l’énonciateur se met explicitement en scène sont limitées.

A. Contrastes

Nous avons déjà montré le rôle important du lexique dans la mise en place d’une confrontation entre les deux camps. Il se révèle en tant que marqueur de point de vue de l’énonciateur au niveau des syntagmes nominaux par lesquels celui-ci résume les actions et les attitudes des Britanniques, et au niveau des adjectifs qui les qualifient dans des structures attributives ou en tant qu’épithètes. Ces marqueurs sont repris dans le Tableau VI.

Tableau VI : Lexique évaluatif dans la construction du point de vue de l’énonciateur

Noms avec des connotations négatives

Adjectifs évaluatifs

the antagonism
this assault
hostility
intolerance

- attributs
shocking
so contaminated
unforgivable
economically wasteful, destructive

- epithets
endless, vindictive
increasingly desperate, cheap
appalling

La détermination nominale contribue à construire le point de vue. Le déterminant this, par sa valeur de reprise, donne au nom la valeur de résumé d’une attitude précédemment construite dans le texte ; par sa valeur déictique, il marque l’actualisation de cette reprise par rapport à l’énonciateur qui prend en charge la construction de la référence et se pose ainsi explicitement comme origine subjective. Le déterminant indéfini some joue un rôle particulier dans le commentaire de l’énonciateur par sa valeur qualitative : il définit une occurrence sous l’angle qualitatif des propriétés <punitive action>, mais sans spécifier cette occurrence de sorte qu’une valeur dépréciative s’associe au référent dont les propriétés sont ainsi focalisées.

Les connecteurs yet et but permettent de mettre en scène explicitement le point de vue de l’énonciateur. L’opposition déjà relevée entre les opinions (convinced) et la capacité d’empathie (outraged) des Britanniques est davantage développée par une autre mise en opposition explicitée à travers les connecteurs :

l.5-8 “Only four people out of sixty were outraged that many asylum—seekers are incarcerated without a hearing, for an average of 154 days, and that there have been a number of recorded cases of self—mutilation and suicides among those denied refugee status.”

l.9-11 “And yet the people I was talking to would see themselves as caring, compassionate folk, who believe in justice and fairness and who even express pride that this country has always been a sanctuary for those in need.”

La conjonction de coordination and en début de paragraphe souligne la continuitédans l’argumentation, notamment l’accumulation des contradictions, yet venant expliciter celles-ci et marquant le contraste entre la faible réaction de compassion – critiquée dans l’évaluation négative only four out of sixty – et les propriétés positives que les Britanniques s’attribuent (emploi de see comme verbe d’opinion the people… would see themselves as…). Les adjectifs qualifiant les Britanniques caring, compassionate, et les groupes nominaux faisant référence à l’image positive du pays justice, fairness, sanctuary for those in need font écho de façon ironique aux occurrences qui indiquent le sort affligeant des réfugiés au contact des Britanniques: incarcerated, self-mutilation, suicide, those denied refugee status. Le décalage entre l’image que les Britanniques ont d’eux-mêmes et leurs réactions est repris à travers une nouvelle opposition construite par la conjonction but :

l.11-13 “But these days so contaminated are public attitudes towards refugees that there is an outcry when a tiny proportion of lottery money is given to an Eritrean refugee centre.”

La même conjonction ainsi que la préposition instead of (l.54) mettent en opposition le bénéfice de l’intégration des immigrés et leur mise à l’écart par les Britanniques. Ceux-ci étant nommés par le pronom de première personne we, référant à l’énonciateur également, l’opposition prend une valeur fortement critique à l’adresse des Britanniques.

Cette position critique est encore accentuée dans une structure où but s’associe au modal may à valeur concessive permettant de relever les contradictions :

l.34-36 “This siege mentality may be politically useful in the short term but the damage it is inflicting on the ideals of this country and on those who have had to make their lives here is unforgivable.”

Dans un premier temps, l’énonciateur reprend la position de répression affirmée par les Britanniques et semble concéder son bien-fondé : may be useful. Cependant, la qualification « siege » laisse entrevoir la position critique de l’énonciateur, alors que le circonstant « in the short term » confirme les limites de cette position. Surtout, le modal may par sa valeur de parcours pose la propriété <not be useful> comme choix possible à côté de la propriété explicitement avancée. L’introduction de but confirme que le point de vue de l’énonciateur est contraire à la valeur reprise. La qualification dans la structure attributive, « unforgivable », explicite la critique alors que le lexique vient renforcer le contraste construit par le modal et la syntaxe : useful > damage, politically > ideals.

B. Désassertion et commentaires

Différents moyens linguistiques dénotent une prise de distance de l’énonciateur par rapport aux propos et aux attitudes des officiels britanniques, constituant ainsi un commentaire et un positionnement subjectifs.

La mise en doute de la véracité des propos rapportés attribués aux Britanniques se construit par :

  • le sémantisme du verbe introducteur qui qualifie les propos rapportés, l.29 contends ;

  • une incise à l’intérieur d’un énoncé rapporté contredisant le contenu rapporté, l.29-30 where there is currently appalling political repression ;

  • un marqueur épistémique, l.30 are supposed not to be at risk ;

  • l’emploi des guillemets à l’intérieur du discours indirect, l.3 ‘bogus’, l.30 ‘safe’ attirant l’attention sur le signifiant comme pris en charge par l’énonciateur rapporté et par là même mis à distance par l’énonciateur journaliste.

D’autres commentaires de l’énonciateur sont une critique ouverte à l’adresse des Britanniques : une structure comparative-hypothétique dénonçant ironiquement la duplicité du gouvernement concernant le traitement des données sur les bénéfices apportés par les immigrés : l.62 it is not as if…, ainsi que l’adverbe de phrase à valeur appréciative, l.64 unsurprisingly, dans un commentaire signalé par les parenthèses.

C. Marqueurs aspectuels

Le soutien de l’énonciateur à l’égard des immigrés apparaît de façon implicite comme résultat de la position fortement critique par rapport aux Britanniques ou à travers des citations évoquant l’immigration comme un fait culturel et social positif, comme celle de Rabbi Dr Jonathan Magonet (l.57-61) ou celle d’un rapport du Ministère de l’Intérieur (l.62-71), dont le poids se mesure par rapport à l’attitude opposée évoquée auparavant (hostile, intolerance, etc.).

La prise de position explicite en faveur des immigrés revêt finalement la forme d’assertions affirmatives avec un marqueur aspectuel privilégié, le perfect, associé à des verbes à connotation positive. Le bilan du passé par rapport au moment de l’énonciation apporte une illustration et une preuve à l’effet bénéfique de l’immigration :

l.43 The same city has been regenerated…
l.43-44 My people have created
l.53 our culture has been enriched by...

Conclusion

Notre analyse a visé de proposer un regroupement des marqueurs textuels selon les résonances et les correspondances qu’ils peuvent avoir dans un texte, explicitement ou implicitement, et d’apporter ainsi un décodage et une justification aux prises de position et aux mises en scène textuelles. Notre interprétation des faisceaux linguistiques qui sous-tendent le texte n’est pas la seule possible et est loin d’être exhaustive. Elle se veut être une piste d’analyse qui puisse suggérer une approche pédagogique du décryptage linguistique d’un texte, souvent problématique pour les étudiants.

Le thème de l’immigration suscite un intérêt de la part du public fortement empreint de subjectivité qui ne manque pas de se refléter dans les constructions linguistiques. Il nous a semblé pertinent de traiter cette thématique afin de voir dans quelle mesure l’expression linguistique peut maîtriser ou, au contraire, mettre à jour l’expression de la subjectivité.

Références bibliographiques

Bouscaren, J., Chuquet, J., & Danon-Boileau, J. (1987). Grammaire et textes anglais. Guide pour l’analyse linguistique. Gap : Ophrys.

Khalifa, J-C. (2004). Syntaxe de l’anglais – Théories et pratique de l’énoncé complexe au concours. Gap : Ophrys.

Annexes

The Siege of Britain

The Guardian, 25 October 1995

Recently I asked shoppers in a suburban shopping mall in Ealing, west London, what they felt about refugees seeking asylum in this countryThe antagonism expressed by the majority of themwasshocking.They were convinced that most applications were ‘bogus’, and that thousands of grasping people were flooding into Britain using implausible sob stories in order to enter and get at our council houses and benefits. Only four people out of sixtywere outraged that many asylum‑seekers are incarcerated without a hearing, for an average of 154 days, and that there have been a number of recorded cases of self‑mutilation and suicides among those denied refugee status.

And yet the people I was talking towould see themselves as caring, compassionate folk, who believe in justice and fairness and who even express pride that this country has always been a sanctuary for those in need. But these days so contaminated are public attitudes towards refugees that there is an outcry when a tiny proportion of lottery money is given to an Eritrean refugee centre. These attitudes are appearing elsewhere too: the European Commission recentlyadvocated that governments should engineer ‘an evolution of public and political perceptions of immigration and asylum issues’.

The hostility and intolerance towards refugees, particularly from the non‑white world, has been deliberately fostered by an increasingly desperate government in search of cheap political gain. And over the next few months we are likely to see an acceleration of this. Michael Howard, Peter Lilley and colleagues barely let a week go by these days without some punitive action against those in search of asylum. This summer, income support and housing benefits were axed for those whose applications are being processed.Salima, a Somali student of mine whose husband was killed in the war and who has four children, sobbed over the phone: ‘These people can feel sorry for the cows and the goats but not for people like us.’

Hawa, another Somali widow seeking asylum, told methat she was at the immigration office in Croydon when a Kurdish man burnt himself to death. She recalled how one of the officers joked about the smell of kebabs. And, she said, she had thought she was coming to a civilised country.

Now the Home Secretary contends that countries such as Algeria and Nigeria — where there is currently appalling political repression — are ‘safe’, where refugees are supposed not to be at risk. This endless and vindictive assault on refugees means that even those who have a right to be here are treated as feckless dependants on a country which is already under pressure.

This siege mentality may be politically useful in the short term but the damage it is inflicting on the ideals of this country and on those who have had to make their lives here is unforgivable. I was a ‘refugee’ from Uganda. I came here with other Ugandan Asians, because I had to. It is never easy to lose your country and your home, to live in exile, forever insecure and having to be grateful. But what you do when you find yourself without a country is to reclaim your self‑respect. You do not scrounge. Quite the opposite. You want to regain control of your life. You want to succeed in order to feel safe again. Look at the Ugandan Asians: when we came here, people stood with posters at airports telling us to go home. The city of Leicester placed advertisements in newspapers telling us we were not welcome there. Today the same city has been regenerated by those very immigrants. My people have created 30,000 jobs in the Midlands. In medicine, science, the City, Ugandan Asians are making their mark.

In 1972, I remember being spat at by a weedy taxi driver who threw my money back into my face and cursed me when I told him I was from Uganda. Visiting some of the refugee camps near Oxford where I was studying, you could see groups of distraught people huddled together, talking about how they were going to get started again, and how they were going to exploit any tenuous connections they had with people who were already settled here.

So it is with most refugees. History has taught us how much they can and do contribute to the life of a country — from books to business, our culture has been enriched by the Jewish refugees who arrived in the 1940s. But these days, instead of using the talents of the people who have come here, we let them rot or misuse their skills.

Such attitudes are not just economically wasteful for the country and destructive for the individual refugees. In the end they destroy the soul of a country. Rabbi Dr Jonathan Magonet of the Leo Baeck College put it like this: ‘Allowing the gere [stranger] to contribute to society is to offer them the chance to express their own self‑worth and dignity … We are defined as a human society precisely by the way we treat the ones who don’t belong to us.’

It is not as if the government didn’t have the evidence close to hand.A Home Office report published this spring showed that the majority of refugees in this country have substantial work and educational experience. (Unsurprisingly, it is a report the government was reluctant to publicise.)Most asylum‑seekers, the research study noted, face ‘a high rate of physical and psychological suffering, largely consequent upon the past experiences that led individuals to seek asylum, and because of separation from their families’.

Its conclusion: ‘The celebration of distinctive cultures makes a positive contribution to the richness of modern British life. Intolerance and bigotry are best combated through personal relationships across ethnic and cultural boundaries: through, that is, the sharing of cultural difference.’

Come the Queen’s Speech, perhaps someone will mention this to Her Majesty.

Yasmin Alibhai Brown

Notes

1  Les trois niveaux d’énonciation sont signalés dans le texte en fin d’article : le récit est en vert, les séquences de commentaires sont en orange, les discours rapportés sont soulignés.

2  Représentants du Parti Conservateur en lutte contre l’immigration en 1995.

3  Il s’agit de Michael Howard, cité auparavant.

4  « le participant animé humain déclencheur conscient et volontaire de l’événement » (Khalifa, 2004 : 32).

5  « participant subissant l’événement » (Khalifa, 2004 : 32).

Plan

Pour citer ce document

Raluca Nita. «Construction linguistique du point de vue dans un texte journalistique anglais sur l’immigration», DIRE [En ligne]. 2012, n° 1. Disponible sur : <http://epublications.unilim.fr/revues/dire/118> (consulté le 24/09/2018)

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